C’est officiel, le cardinal-archevêque de Tegucigalpa Oscar Rodriguez Maradiaga s’apprête à recevoir les insignes de Docteur « Honoris Causa ». Un homme dont le curriculum vitæ et les méthodes ne s’inspirent guère des principes évangéliques. Le second récipiendaire, son alter ego laïc en quelque sorte, sera l’ancien directeur général du Fonds monétaire international. Double hommage qui ne laisse pas d’étonner, prévu le 24 novembre 2009 à l’Institut catholique de Paris... en présence d’André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris, et du vice-président de la Conférence des évêques de France, Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand.
Non, vous ne rêvez pas... Le cardinal-archevêque de Tegucigalpa et l’ancien directeur général du Fonds monétaire international seront faits Docteurs Honoris Causa à l’Institut catholique de Paris. Le premier est lié à une actualité très récente qui a provoqué l’éviction de Manuel Zelaya, président élu du Honduras, destitué par le putsch militaire du 28 juin 2009 et expédié par avion au Costa Rica voisin. Depuis plusieurs semaines, les principales institutions du Honduras - Parlement, justice, armée, Eglise catholique - ainsi que les Eglises évangéliques, accusaient Manuel Zelaya de violer la constitution. En faisant mine de s’appuyer sur le fait que celui-ci avait appelé les Honduriens à se prononcer par la voie d’une consultation populaire, le 28 juin justement, sur la convocation d’une Assemblée nationale après les élections du 29 novembre 2009. Assemblée qui aurait pu élaborer une nouvelle constitution.
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Porte-parole de la Conférence épiscopale hondurienne, Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga se prononçait dès le 4 juillet en faveur du putsch et du gouvernement de facto de Roberto Micheletti, et faisait entendre sa voix depuis la radio et la chaîne de télévision nationale sur fond de drapeau hondurien. « Nous pensons qu’en ce moment une action précipitée, comme le retour au pays, pourrait déclencher un bain de sang », déclarait le cardinal-archevêque à l’adresse de Manuel Zelaya avec une papelardise éprouvée. Le titre du communiqué de la Conférence épiscopale, Edifier à partir de la crise, est en lui-même une véritable mystification qui tente de maquiller un coup d’Etat. « Les trois pouvoirs de l’Etat sont en vigueur, en accord avec la constitution de la République du Honduras », souligne le document qui affirme qu’au moment où Zelaya a été capturé par les militaires, il n’avait plus la charge de président de la République. Rejoignant un discours complaisamment répandu sur une soi-disant lettre de démission de Zelaya que celui-ci a démentie. On peut supposer que le nouveau gouvernement aura su marquer sa reconnaissance, selon une tradition bien établie.
La complicité de Maradiaga se manifeste de façon éclatante, puisque celui-ci n’a, à aucun moment, dénoncé ni même évoqué les assassinats, les arrestations massives, les tortures rapportés par des membres d’organisations des droits de l’homme, des avocats et la presse internationale. Les chiffres avancés : 12 syndicalistes tués, 500 blessés, 1000 détenus. On a pu voir sur les murs du Grand Séminaire de Tegucigalpa, tracés en lettres noires : Cardenal golpista, cardinal pro-coup d’Etat. La nuit, la terreur règne au Honduras, et nul ne sait combien de personnes sont agressées, rançonnées, humiliées, violées. Rien non plus, de la part du cardinal-archevêque, sur la suppression des libertés civiques ou la fermeture des médias qui n’avaient pas fait allégeance aux putschistes, comme Radio Progreso animée par des Jésuites. Ajoutons les menaces de mort contre les journalistes, les écoutes téléphoniques et le blocage d’accès à internet. Une fois de plus on retrouve l’empreinte de l’Opus Dei qui s’est consolidé sous la protection de Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Fujimori au Pérou. Mise en avant par Maradiaga, l’Œuvre a fait une entrée en force dans le gouvernement et les milieux d’affaires, malgré l’opposition constante de Manuel Zelaya.
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Le 24 novembre, ce sera donc Hippolyte Simon, vice-président de la conférence des évêques de France qui prononcera la laudatio d’Oscar Rodriguez Maradiaga. La référence aux paroles de circonstance prononcées par ce dernier en 2008 lors d’une audience papale - « Sans solidarité et justice sociale il est difficile d’apporter la paix » - suffira-t-elle à gommer le parcours d’un arriviste passablement corrompu, qui n’a dans son cercle de relations aucun charpentier, ni galiléen ni hondurien. Et qui a au surplus dénoncé, dans les années 1980, « ses » prêtres sympathisants des luttes des peuples salvadorien et nicaraguayen, ce qui entraînait torture, mort ou expulsion. Le second récipiendaire n’est autre que Michel Camdessus. Présenté comme « un chrétien fervent père de six enfants », cet ancien président du Fonds monétaire international (1987-2000) a brillamment participé à l’impérialisme économique qui saigne à blanc le tiers-monde et l’écrase sous le poids de la dette. Il n’est pas sans rien, puisqu’il préside depuis octobre 2008 la nouvelle société de refinancement des activités des établissements de crédit. Il est même président du jury du Prix pour la prévention des conflits lancé par la Fondation Chirac. Mieux encore, Michel Camdessus est, depuis le 25 août 2009 chargé par Nicolas Sarkozy de surveiller les bonus versés aux traders.
Pour compléter la mascarade qui s’annonce à la « Catho » de Paris, le panégyrique de Michel Camdessus sera prononcé Jean-Paul Trichet, président de la Banque centrale européenne. Selon l’Express, sa rémunération est de 345 252 € plus sa résidence de Francfort et les frais de représentation. Il est titulaire de près d’une dizaine de distinctions honorifiques étrangères et de plusieurs titres de Docteur Honoris Causa décernés par des universités. Des bons points en quelque sorte, échangés entre personnes du même monde et qui savent être généreuses pour qui les sert. Les 163,9 millions de dollars octroyés par le Fonds monétaire international au gouvernement de Micheletti, venus à point nommé, referment un peu plus le cercle restreint de ceux qui en ce monde ont droit aux premières places.
On peut légitimement se poser des questions sur les raisons profondes qui ont poussé l’Institut catholique de Paris et son recteur Pierre Cahné, le vice-président de la Conférence des évêques et l’archevêque de Paris à se prêter à ce qu’il convient d’appeler un sommet de l’hypocrisie. Paris a condamné le coup d’Etat et continue de reconnaître le président Zelaya. Le visa d’entrée en France devrait donc être logiquement refusé à un prélat considéré comme putschiste par le gouvernement légal hondurien. Ce qui aurait en outre l’avantage d’éviter une honte encore plus cuisante aux personnes impliquées dans cette cérémonie qui tient du mauvais théâtre.
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