Le rabbin David Dalin, auteur du livre "Pie XII et les Juifs, le mythe du pape d’Hitler", est un spécialiste de l’histoire juive américaine et des relations juives et chrétiennes. Edité aux U.S.A. en 2005, le livre avait été précédé en 2001 par un article sur le sujet qui avait déjà fait grand bruit car il s’en prenait au mythe de Pie XII, Pape d’Hitler : le Pape, ancien nonce à Berlin, aurait été profondément germanophile et son silence devant les crimes nazis serait la signe d’une sagesse coupable. Il se serait alors contenté de protéger les catholiques. Il s’agit d’une réponse à une campagne d’opinion tout particulièrement illustrée par le livre très controversé de John Cornwell « le Pape d’Hitler ». L’ouvrage du rabbin David Dalin est aussi devenu le livre alibi pour nombre de catholiques qui volent aujourd’hui au secours du pape Benoît XVI, après sa décision de reconnaître les "vertus héroïques" du pape Pie XII ; dernière étape avant un éventuel procès en béatification. Golias présente ci-après un décryptage critique de l’ouvrage de David Dalin.
Chapitre 1 : le mythe
L’auteur situe la naissance du mythe en 1963, cinq ans après la mort du Pape : la pièce de théâtre « le Vicaire » en est un fait marquant ; à l’origine des accusations il y aurait tout d’abord la propagande communiste, elle sera rejointe ensuite par l’attitude des catholiques progressistes, contre les traditionalistes, puis par elle de certains évangélistes anti-romains. Il s’agit d’une attaque en règle contre la personne du Pape et contre le catholicisme. Toute une littérature en naît dont l’auteur stigmatise le peu de sérieux voire la malhonnêteté historique.En réponse à cela, livres et articles, en particulier émanant d’auteurs juifs, ne manquèrent pas pour rétablir sérieusement la vérité, mais on ne leur réserva pas la même publicité tant le mythe était puissant. Le chapitre se clôt sur l’annonce de ce qui fera le dernier chapitre du livre : la dernière et véritable cause du mythe est l’antisémitisme islamiste.
Chapitre 2 : des papes qui défendirent les juifs
Si l’antisémitisme fait partie de l’histoire de l’Europe dite « chrétienne », c’est un fait que Rome a été la seule puissance à prendre la défense des juifs et à ne pas les chasser.Suit alors un survol historique, de Grégoire le Grand (590-604) à Pie XI et Pie XII, soulignant les déclarations pontificales en faveur des Juifs, et réglant au passage la question des légendaires crimes rituels commis par les juifs contre des enfants chrétiens, ainsi que les condamnations des pogroms antisémites qui ne manquèrent malheureusement pas tout au long de l’histoire.
Chapitre 3 : le futur pape
Ce chapitre reprend l’histoire du futur pape en insistant à la fois sur sa carrière ecclésiastique, son destin familial, et sur le fait que dès sa jeunesse il eut des relations avec le monde juif de Rome, relations qu’il entretient à toutes les étapes suivantes, et que les détracteurs de Pie XII se sont bien gardés de mentionner ; un certain nombre de noms et de faits précis sont alors cités.
Chapitre 4 : un juste parmi les nations : Pie XII et la Shoah
En mars 1939 les cardinaux élurent un diplomate plus encore qu’un spirituel et cette élection fut saluée par tous les pays européens à l’exception de l’Allemagne : pour les nazis le nouveau pape était un ennemi de leur peuple et un ami des juifs. Dès avant son élection il avait commencé à sauver les intellectuels juifs qu’un décret de Mussolini avait bannis de leurs postes. Son désaccord avec Hitler et les nazis était notoire. Nombre de citations de textes ou de faits montrent que l’attitude du Pape fut interprétée sans ambiguïté tant du côté des Alliés que de celui des nazis. Aurait-il du excommunier Hitler ? Les précédents historiques ne furent pas heureux. Le Vatican fut à deux doigts d’être occupé par les nazis, et le Pape d’être déporté. Le clergé et nombre de catholiques se rallièrent à la position du Pape dans la défense des juifs, et pas seulement à Rome ; nombre d’évêques reçurent des consignes non ambiguës et l’auteur conclut par un plaidoyer pour que Pie XII soit inscrit dans la liste des « justes des nations ».
Chapitre 5 : médias progressistes et guerre culturelle
Les accusations contre Pie XII auraient été alimentées dans les milieux progressistes par la nouvelle d’une possible canonisation du Pape. En complément de cela une polémique s’était élevée à propos d’enfants juifs sauvés par des catholiques et ayant été éventuellement baptisés à cette occasion, on aurait ensuite refusé de les rendre à leurs familles juives : sauf quelques cas, la thèse n’est pas fondée, bien au contraire…mais on fit courir une vraie légende : le pape en aurait rajouté dans son antisémitisme en voulant soustraire les enfants à leur peuple ! Les médias progressistes traitèrent de la même manière, au mépris de l’histoire, le projet d’enlèvement du Pape par les nazis.
Hollywood n’avait pas attendu la sortie du film « Amen » en 2002 pour s’emparer de la thèse anti-pontificale ; il en alla de même lors de la polémique soulevée autour du film de Mel Gibson « la passion du Christ » qui fut taxé indûment d’anti-sémitisme.
Chapitre 6 : Le Mufti d’Hitler : l’antisémitisme musulman, et l’incessante guerre islamique contre les juifs
On a tenté de faire porter à l’Église catholique un antisémitisme beaucoup plus profond et radical dans l’Islam. L’histoire nous en est racontée jusque dans sa dimension politique contemporaine. C’est cet antisémitisme qui aurait été à l’origine du rapprochement entre le Grand Mufti de Jérusalem et les nazis dès l’origine du nazisme. Elle n’aurait fait que croître et embellir à l’occasion de la Shoah ; le Grand Mufti, réfugié en Allemagne pendant la guerre, échappa à un procès en se réfugiant en Egypte en 1946, et transmit le flambeau à Yasser Arafat. Publications, négationnisme, antisémitisme, sont le fait actuel du monde palestinien.
Chapitre 7 : Jean-Paul II : le pape condamne l’antisémitisme
Dès le début de son pontificat le pape multiplia les paroles et les gestes en faveur du peuple juif, dénonçant sans cesse et en condamnant l’antisémitisme et la Shoah . Il le manifesta particulièrement en condamnant les attentas commis contre les juifs d’Europe. Ceci a été superbement occulté par les médias progressistes qui préféraient plutôt porter aux nues Arafat et ses successeurs ; et l’auteur conclut sa thèse en ayant conscience d’avoir fait œuvre au service de la vérité.
Ce n’est pas assuré. Certes la thèse est courageuse et la documentation abondante ; l’auteur se bat pour le rétablissement d’une vérité historique, face à un mythe qui s’est propagé comme une traînée de poudre et qui demeure vivace. Trop occupé à pourfendre les détracteurs de Pie XII et de la Papauté, il n’a pas éprouvé le besoin de regarder plus ce qui pouvait les motiver ; il n’y a pas de fumée sans feu. Si les papes tout au long de l’histoire, et en particulier Pie XII et Jean-Paul II, se sont prononcés explicitement contre l’antisémitisme, ce n’est pas historiquement aussi simple et les traditions antisémites sont le fait de chrétiens autant que de musulmans et de nazis ; le sujet est beaucoup plus complexe et déborde les limites du livre. En refermant le livre, on reste interrogatif : l’auteur a raison dans la conduite de sa thèse, mais la mariée semble malgré tout trop belle. Au jeu des citations on peut trouver de tout, chez les pro comme chez les anti, tout comme dans les textes pontificaux. C’est cela sa limite.
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