Depuis quelques mois de nombreuses révélations sur des faits de pédophilie agitent l’Eglise Irlandaise. Loin de nous, bien sûr, l’idée que tous les prêtres seraient en Irlande ou ailleurs des pervers. Non, la majorité d’entre eux n’a aucun reproche à se faire sur ce sujet. Et la plupart des prêtres souffrent de ces affaires et sont, comme leurs fidèles, scandalisés.
Toutefois certains catholiques peuvent se poser des questions. Les prêtres et religieux pervers seraient-ils plus nombreux en Irlande qu’ailleurs ? L’Église d’Irlande est-elle la plus dévoyée des Églises européennes ? Serait-il possible qu’un tel scandale soit un jour révélé en France ?
Les médias, pour tenter de nous expliquer l’ampleur de ce scandale, nous parle du poids de l’Église dans la société irlandaise. Selon la plupart d’entre eux cela suffit à expliquer le nombre, la durée et l’importance des faits révélés. Cette explication bien que vraie n’est pas suffisante.
Il nous parait donc opportun d’observer ces faits sous un autre angle à savoir celui du « délai de prescription ». En Irlande le rapport Murphy étudie les cas de 46 prêtres accusés de pédophilie sur 320 enfants à partir de 1975 (La Croix 26.11.09). En France le délai de prescription est tel qu’il serait impossible d’étudier des plaintes relatives à des faits aussi anciens.
Pour être plus clair, imaginons un adolescent né en 1970 et qui aurait subi de la part d’un prêtre un attouchement sexuel ou un viol à l’âge de 12 ans soit en 1982. Cet enfant est majeur en 1988, le délai de prescription le concernant se finit 10 ans après sa majorité soit en 1998. Dans ce cas là, passé ce délai la plainte de cette victime n’est plus recevable.
La loi française avec son délai de prescription permet donc de sauver ce prêtre de la prison et laisse à notre victime un grand sentiment d’injustice…
Revenons à l’ Irlande le rapport Murphy nous parle de cas s’étant produits après 1975, le rapport Ferns s’étale des années 60 aux années 80, le rapport Ryan remonte aux années 40 (La Croix- 08.12.09). Est-il possible de faire de telles enquêtes chez nous ? La réponse est non, si quelques cas similaires ont eu lieu en France rien n’autorise à les étudier.
En effet, notre loi est telle que, pour les victimes mineures de moins de 15 ans au moment d’un viol, seules celles nées après le 10 mars 1976 peuvent à l’heure actuelle encore déposer plainte. Le délai de prescription de 20 ans à partir de la majorité de la victime existe uniquement depuis la loi n°2004-204 du 9 mars 2004, il était avant de 10 ans.
Pour les attouchements sexuels le délai étant seulement de 10 ans, la victime, de moins de 15 ans au moment des faits, doit être née en 1982 ou après pour que sa plainte soit recevable.
Quant aux évêques qui auraient changés de diocèse un pédophile sans en avertir leur confrère, seraient-ils répréhensibles ? Si à première vue l’article 223-6 de notre code pénal à propos de la « non-assistance à personne en danger » parait sévère. « Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. »
L’adverbe « volontairement » amoindrit la portée de cet article. En effet il faudrait alors pouvoir prouver que la mise en danger à été faite volontairement par le responsable de la mutation, autant dire que cela relève de la quasi impossibilité.
Alors les prêtres irlandais plus pervers que d’autres ? Nous ne nous risquerons pas à répondre. Ne jetons pas la pierre aux irlandais et reconnaissons que notre loi française avec son « délai de prescription » a bien des avantages pour tous les pédophiles qu’ils soient prêtres ou non.
Le courageux Mgr Martin, archevêque de Dublin , en rompant avec la pratique du secret et du double langage a fait preuve de bonté aussi bien pour les victimes qui ont besoin de reconnaissance que pour les coupables qui doivent être pris en charge.
Que sa clairvoyance évangélique fasse des émules en Europe et ailleurs, qu’elle inspire les évêques qui seraient concernés par ces sortes d’affaire, toute l’Église y gagnera.
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