Je suis touours émerveillé des formules dialectiques logorrho-gargarisantes...et la dernière phrase de cet article en est un merveilleux exemple : "Face au silence déraisonnable du monde, il nous faut pousser un « oui »."
Le tout serait, c’est bien le moins, de préciser déraisonnable "en quoi" et oui "à quoi" ? Mais gageons qu’il y a peu de chance que Camus ait fourni là une réponse claire à une affirmation aussi brumeuse.
La rançon de la gloire c’est qu’elle fait prendre en otage sont qui en sont l’objet, par ceux qui veulent à tout prix les instrumentaliser...C’est une banalité de le dire...
Albert Camus, n’échappe pas à cette règle. Prix Nobel de littérature, philosophe très en vogue à la fin des années cinquante, quelque peu oublié aujourd’hui, il reste infiniment plus lu apparemment (voir les chiffres actuels de vente de ses oeuvres) que l’autre monument de l’époque : Jean Paul Sartre, qui en évitant les accidents de voiture a pu vivre plus longtemps, mais malgré cela est infiniment moins présent dans la pensée aujourd’hui...
Et c’est bien le coeur du sujet : on parle de deux personnages, contemporains, qui ont eu une influence comparable à leur époque de l’après guerre, mais l’un était un marxiste fanatisé, traitant les opposants de salauds, empêtré dans ses combats communistes mais anti staliniens, et qui sombra dans la ringardise avec mai 68 et une sénile conversion au "gauchisme"...(Je me souviens de certains de ses propos particulièrement affligeants, sur les barricades... en totale contradiction avec ce qu’il avait pu développer dans "Les mains sales" en d’autre temps...)
L’autre était un esprit libre, non dogmatique, non politique...qui demanda par exemple la grâce de Brasillach au général De Gaulle...Camus, parce qu’extérieur aux systèmes dans sa pensée, apparaît inclassable...et donc peu utilisable par les poliques d’aujourd’hui quelque soit le bord concerné. Par contre il est moins facilement démodable...Et cela devient un problème de rivalité.
Il y a peu, BHL qui devait avoir besoin de faire encore parler de lui, s’est donné beaucoup de mal pour déterrer Sartre à l’occasion du XXVeme anniversaire de sa mort...et soyons clairs, sauf auprès de quelques nostalgiques de l’existentialisme moribond ou du marxisme agonisant, ce fut un bid retentissant...
Aujourd’hui on célèbre le cinquantenaire de la mort de Camus qui reste bien plus présent que Sartre dans l’univers philosophique estudiantin actuel, et aussitôt toute la bienpensance de gauche, derrière entre autre BHL, se précipite pour crier sus...
Est-ce de la jalousie de sa part ? C’est une hypothèse moins absurde qu’il n’y paraît et qui reste indépendante de l’histoire du panthéon...
Vouloir coller des gens au panthéon devient une obsession politique de Sarkozy : Dumas (parce qu’il était métissé), George Sand (parce que c’était une femme "libérée" pré-féminisante), il n’y a pas d’année où l’on ne propose de nouveaux candidats à l’église Sainte Geneviève qui n’en demande pas tant... c’est un geste politique après lequel tout le monde court...A la seule satisfaction des médias et des instigateurs, car, tout le monde s’en fout, il faut bien le dire...Les bagarres littéraires et sémantiques que cela occasionnent restent dans le sénacle d’un parisiannisme navrant...Mais le public le supporte, car il faut effectivement s’imaginer Sisyphe heureux : ce Sisyphe qu’est chacun de nous condamné jour après jour à accepter de voir disserter sur ces futilités soulevées par des gens qui, parait-il, constituent l’élite de notre pays et en assurent les destinées...
N’ont-ils vraiment rien d’autre à faire ? On finira par le croire. C’est Camus qui doit bien rigoler...
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