Nos amis belges sont inquiets à juste titre de la nomination prochaine de Mgr André Mutien Léonard, évêque de Namur, à la tête du siège primatial de Malines-Bruxelles. De fait, si l’information n’est pas encore officielle,Golias confirme que c’est bien Mgr Léonard qui succédera au cardinal Danneels.
Il faut savoir que Rome et le Pape, en particulier, portent un jugement assez sévère sur l’héritage libéral du cardinal Danneels qui aurait mené à l’implantation – selon certains cercles conservateurs du Vatican – à une Église « libérale » et « déliquescente ».
Agé de 70 ans, Mgr Léonard est connu pour ses vues très conservatrices et son tempérament très autoritaire. Cet évêque qui se démarque volontiers de ses confrères et cultive la provocation entend resserrer les boulons. Il a d’ailleurs fait venir dans son diocèse de Namur des groupes de prêtres très marqués pour leur sensibilité traditionnelle. Mgr Léonard s’en prend également sans ménagement aucun aux prêtres qui ne sont pas de son bord.
Mgr Léonard ne tient pas compte non plus des nombreuses contestations émanant du Peuple de Dieu, tout préoccupé qu’il est par son entreprise de « reconquête », réponse à la déchristianisation de l’Europe. Son combat, pompeusement appelé « nouvelle évangélisation », a pour troupes de choc les membres de « communautés nouvelles », qui s’infiltrent peu à peu dans la vie des paroisses, et qui présentent souvent des fonctionnement sectaires avec de très graves dangers collatéraux. Le diocèse de Namur compte à lui seul plusieurs communautés de ce type. Plusieurs d’entre elles font partie du Renouveau charismatique, un courant spirituel catholique inspiré du pentecôtisme protestant.
La promotion d’un évêque réactionnaire et autoritaire suscite déjà des protestations anticipées. Rome a tranché au risque de faire peser le péril d’un schisme rampant entre les deux tendances du catholicisme belge, libéral et intransigeant, après le consensus malgré tout maintenu par le cardinal Danneels, contre vents et marées, et au prix parfois de sa santé.
Mgr Léonard est connu pour ses idées conservatrices, ses postures morales discutables, son tempérament fort autoritaire et son gouvernement épiscopal pour le moins autocratique. Mais à l’occasion, il sait aussi reprendre le triste flambeau de la haine homophobe...
On se rappellera en effet qu’en 2007 dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Télé Moustique, sur différentes questions de société, Mgr Léonard a exprimé ce jugement : « Les homosexuels ont rencontré un blocage dans leur développement psychologique normal, ce qui les rend anormaux ». Il y voit une fixation anormale à « un stade imparfaitement développé de la sexualité humaine qui contredit sa logique intérieure ».
Le même prélat estime d’ailleurs que de tels propos pourraient lui valoir la prison dans quelques années au vu selon lui de projets de loi contre l’homophobie. Il estime en même temps ses propos non pas rétrogrades mais avancés. Contrairement, pense-t-il, aux manifestations homosexuelles : « La promotion de l’homosexualité au travers des gay prides signe le retour à l’Antiquité gréco-romaine. Glorifier l’homosexualité, c’est une récession de vingt siècles. »
Au sujet de l’utilisation du préservatif pour prévenir la contamination par le virus du SIDA, Mgr Léonard le conteste fortement : « Le préservatif est une roulette russe ». Ce qui est évidemment une très grave contre-vérité avec de très graves conséquences à l’heure où, hélas, de plus en plus de personnes minimisent imprudemment les risques de contamination et commettent de grosses imprudences en négligeant le préservatif. Nier l’efficacité de ce moyen de prévention c’est favoriser un tel relâchement, et c’est criminel. Mgr Léonard n’en a cure !
Le très populaire cardinal de Malines-Bruxelles quitte donc son poste de primat de Belgique. En fait, fatigué, et de plus en plus exaspéré par l’orientation qui se dessine d’un pontificat très restaurateur, Mgr Danneels va pouvoir jouir enfin d’une retraite bien méritée.
C’est en effet dès 1979 que Karol Wojtyla l’avait choisi comme successeur du célèbre cardinal Suenens à la tête de l’Eglise de Belgique.
Né en 1933, ancien professeur de théologie sacramentaire, le cardinal de Bruxelles s’impose de plus en plus comme un champion de l’aile libérale modérée de l’Église catholique. En 2005, il fait figure de papabile même si désormais sa ligne ne recueille l’adhésion que d’un petit nombre de cardinaux. Homme de consensus et de compromis, timide malgré tout, il sait conquérir les esprits et les cœurs par un style de prédication très serein et souvent lumineux. Grand travailleur, homme austère, levé très tôt le matin, il fignole ses textes et leur donne cette touche si positive qui convint. En même temps, ce bourreau de travail est estimé de tous pour ses capacités de synthèse.
En 1985, Jean Paul II lui avait d’ailleurs confié le rapport du Synode des évêques censé commémorer les vingt ans de la clôture du Concile Vatican II. A plusieurs reprises, le nom de Mgr Danneels était avancé pour un poste romain, y compris en 1990 pour la charge de Secrétaire d’Etat.
L’aile conservatrice de la Curie lui voue depuis toujours une certaine hostilité, renforcée depuis le début des années quatre-vingt dix en raison des mauvaises relations entretenues avec le Nonce, Mgr Giovanni Moretti. En effet, le cardinal Danneels, un peu comme le cardinal Bernardin au Etats Unis, entendait surtout rassembler tous les catholiques de Belgique autour d’un dénominateur commun. Rome souhaite davantage de fermeté dans les mises au point théologiques, surtout en morale. D’aucuns font grief au cardinal de ne pas vraiment avoir opposé de résistance à l’évolution des mœurs en Belgique, de « ménager la chèvre et le chou ». Et aussi d’avoir laissé faire sans opposer de limites...
Benoît XVI n’est donc pas fâché de voir le cardinal quitter son poste. Le grand favori pour sa succession est confirmée, ainsi que nous l’indiquions dès 2006 : Mgr André-Mutien Léonard, 70 ans, évêque de Namur, un conservateur dur, critiqué également pour son attitude humaine. Mgr Léonard se veut proche du cardinal Ratzinger. Les deux hommes s’inscrivent dans le même courant théologique conservateur comme celui de la revue conservatrice « Communio ». Mgr Léonard est plus que contesté dans l’Église de Belgique.
Le pape Benoît XVI a voulu tourner la page Danneels. D’autant que l’archevêque de Malines et Bruxelles et primat de Belgique faisait figure de résistant inlassable à la restauration en cours. Ce n’est un secret pour personne : il ne s’est réjoui que modérément de l’élection de Benoît XVI en 2005. A bien des égards, l’Église belge demeura encore un îlot de libéralisme doctrinal où une approche audacieuse et éclairée des choses peut encore être cultivée. Les courants les plus réactionnaires de la Curie en prenaient d’ailleurs régulièrement ombrage.
Ainsi, en 2007, le cardinal William J. Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, a mis en garde Mgr Danneels suite à la publication de plusieurs articles dans la revue « Pièces à conviction » du Conseil inter-diocésain des laïcs de Belgique, sorte de parlement officieux des catholiques belges.
Le point d’achoppement reste celui d’une approche positive du pluralisme contemporain, que Rome refuse d’entériner dans l’idée, au contraire, d’une véritable croisade contre le relativisme. Le Vatican s’en prend en particulier à un article du dominicain Ignace Berten , pour lequel les chemins de vérité sont plusieurs et non pas un seul. Le cardinal Levada pointe également du doigt « des propos incompatibles avec la doctrine de l’Église sur l’euthanasie, sur le statut de l’embryon et sur le relativisme moral ».
A l’époque nous indiquions que cette intervention était très significative et promettait des lendemains qui déchantent. L’arrivée de Mgr Léonard à Bruxelles le confirme… Les évêques d’ouverture, même s’ils sont des cardinaux de la notoriété de Mgr Danneels, ne doivent plus, selon Benoît XVI, avoir de telles coudées franches. La restauration semble passer à un stade ultérieur : non seulement un dispositif de recentrage est mis en place mais le Vatican s’attaque aux places fortes de l’adversaire « relativiste » et « libéral ».
Et Bruxelles est une place forte géopolitique « importante » pour Rome, car capitale de l’Europe. La nomination de Mgr Léonard dépasse donc les frontières de la seule Eglise de Belgique. Pour Benoît XVI et de nombreux prélats conservateurs, à la Curie, l’Église de Belgique offre l’image d’un dernier oasis de l’esprit conciliaire à extirper.
Benoît XVI estime en tout cas qu’il est plus que temps de siffler la fin de la récréation conciliaire.
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