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 TOUS LES CHEMINS NE MENENT PAS AUX ROMS
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 09h15 le neuf-quinze : BETTENCOURT, ET SES MICRO-PAIEMENTS
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 PAKISTAN : Des centaines de musulmans saccagent
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-Analyse (en archives)

Le catholicisme français a perdu bien des batailles. Sa force de proposition et encore plus de contrainte a connu au vingtième siècle une érosion indiscutable. Les courants les plus intransigeants ne s’en sont jamais consolés. Quant aux évêques, certains d’entre eux se laissent gagner par de vieux et tristes relents de nostalgie.

L’affaire du Téléthon ne peut pas servir vraiment positivement l’image des cathos en France. En effet, si les dons restent inchangés malgré la pression épiscopale, le courant catholique conservateur aura fait la preuve de son impuissance.

Dans le cas inverse, l’épiscopat aura sans doute fait la preuve de son pouvoir de nuisance, mais le moins que l’on puisse dire est que cela ne le rendra pas pour autant très sympathique. Doux euphémisme !

Les évêques de France sont d’ailleurs fort partagés sur la question. Un certain nombre d’entre eux a rejoint la croisade du sieur Arduin, un laïc du diocèse de Fréjus Toulon, de sensibilité d’extrême droite.

En particulier Mgr Maurice de Germiny, évêque de Blois, mais également, ce qui est particulièrement consternant, l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois.

On retrouve aussi parmi les plus intransigeants, ô triste surprise, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, un prélat pourtant réputé social et ouvert.

Du côté des évêques gênés ou irrités par cette campagne anti-Téléthon, on doit évoquer Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, qui a réagi le plus vivement.

En moins clair, Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen, se prononce en ces termes : « ce boycott est regrettable. Même si on pourrait envisager la possibilité d’une affectation ciblée des dons ».

La récente, prudente et tardive mise au point du cardinal Ricard, Président de la conférence épiscopale, témoigne, si besoin était, de la prise de conscience par les évêques de l’ambiguïté d’une démarche de reconquête de l’autorité morale perdue sur la société française.

On se demande pourtant s’il ne s’agit pas d’une ultime concession (car le Président de la République lui-même est entré dans l’arène) avant de succomber au charme d’un néo-intégralisme de plus en plus arrogant.

Or, Benoît XVI est intellectuellement, conceptuellement très cohérent d’une logique parfaite. Son action se déploie en premier lieu dans un domaine regardé trop souvent à tort comme secondaire : la liturgie avec pour élément central l’Eucharistie devenue dans le langage courant la Messe. Il a suffi d ‘une relativement courte durée – du début de ce qu’il est convenu d’appeler notre ère aux années 313-320 après jésus Christ pour que l’Eglise cesse d’être l’assemblée de la transgression universelle par la Parole incarnée, crucifiée, res-suscitée – des frontières de l’espace et même du temps.

Si l’Eglise a opéré progressivement cette mutation, c’est afin de copier, plagier son protecteur qui, par voie d’échange de méthodes dirigeantes, la consacre monarchie pontificale. C’est ainsi qu’au fil des siècles, même dans le passage historique de l’Empire de Rome à la multiplicité des royaumes barbares , la régime préféré de l’Eglise catholique romaine a été la monarchie absolue de droit divin.

Qui pouvait mieux que le visible roi terrestre représenter l’Invisible seigneur du ciel et de la terre ?

Si je pars à la découverte de mes souvenirs chrétiens et catholiques, ma mémoire n’a pas besoin de remonter très haut et loin dans le passé pour trouver avant la Concile de Vatican II sous Pie XII, mes premiers essais d’intelligence critique de la foi monarchisée. Avec le Père Liégé, lui aussi dominicain, nous diffusions partout notre maître-mot : non, Dieu ne peut pas être Louis XIV dans les cieux. Et pourtant, je ne pouvais pas de ne pas voir la ramanisation, la monarchisation non seulement de l’Eglise mais de Dieu comme Seigneur des Seigneurs, Roi des Rois. De la sorte, Eglise, catholicisme, christianisme, foi, Dieu, étaient rangés difinitivement dans la sphère, la zone d’influence du pouvoir.

« Dieu est le seul Etre qui, pour régner, n’ait pas besoin d’exister »

J’ai toujours présente à l’esprit la définition de Dieu par Baudelaire : « Dieu est le seul Etre qui, pour régner, n’ait pas besoin d’exister ». Au regard du monde déiste et, à son sommet monothéiste, au dessus de l’existence, il y a le Règne. L’existence, la vie même sont plébéiennes, vulgaires, communes. Le règne lui est supérieur, racé, transcendant, exceptionnel. La Fait du Prince.

Exactement comme à un roi, il faut une cour, à l’Etre suprême tout-puissant, il faut un culte dont l’exécution minutieuse et réglementée sera le rite. Le rituel, le protocole.

Que le pape Benoît XVI autorise pour la célébration de la messe une coexistence pacifique des deux rites, l’un élaboré au Concile Vatican II, de Paul VI, en langue vernaculaire, c’est à dire vivante, l’autre en langue latine morte néanmoins dominatrice ne serait-ce qu’à titre solennellement posthume, fait déjà problème.

Mais l’acte pontifical de bénir, d’accueillir l’abbé Laguérie, dissident ultra du corps d’armée intégriste représente un pas en avant, c’est à dire de fait en arrière dans les gages donnés à l’ennemi déclaré, officiel anti-conciliaire Vatican II de l’ouverture d’Eglise au monde.

Parce que l’abbé Laguérie et ses troupes ne s’en tiendront pas là. Leur but affiché devient toujours davantage le refus jusqu’à l’élimination complète de la Messe enfin un peu compréhensible, attractive, parlante, signifiante de la Pâque, passage de tous les humiliés, de la servitude, de l’esclavage à la libération, de pire que la mort, de la vie mortelle à la vie res-suscitée donc éternelle.

Voilà pourquoi les oppositions dans le domaine de la liturgie débordent à l’infini la question liturgique. Elles sont expressives ou bien de la pire des restaurations du Dieu Grand Inquisiteur ou bien de l’universelle résurrection de l’homme. Dieu à l’œuvre dans le soulèvement des vivants et des morts. Disons-le en vérité avec plus de crudité : nous sommes réellement menacés d’une réédition, d’une reconstitution du passé impérial de l’Eglise romaine substituée au mouvement du Peuple des res-suscités à mordant insurrectionnel.

Je me rappelle d’intense mémoire le vieux monsieur moins âgé que moi aujourd’hui et qui – affolé par la radicalité de mes mises en question des vérités les mieux établies, m’interrompt vivement : «  Mais enfin mon Père, il y a des vérités qui ne souffrent pas la discussion, le débat. Il y a Dieu le Père, le Fils, le Saint Esprit. Il y a la Vierge Marie, il y a l’Eglise, il y a le Pape, le Très sAint Père ». Cher Monsieur, réponds-je comme dirait San Antonio, vous allez tout de suite me comprendre .Il y a une seule vérité que je ne mets jamais, jamais en question, c’est l’universelle mise en question d’absolument tout. Pour faire bref, je l’appelle Dieu.

Selon que Dieu est le principe d’autorité, la caution des pouvoirs constitués ou le créateur contagieux d’une créatrice mise en question, nous disons le même mot mais chargé de sens radicalement opposés. L’alternative n’en est que toujours plus forte et n’importe quel organisme individuel ou institutionnel a la capacité de la voir : ou on se met en question, ou on met les autres à la question – ce qui fait l’Inquisition. Eh bien ! c’est à la glorification du Dieu Pouvoir que veut nous ramener la liturgie Laguérie en langue morte de l’Empire romain défunt qui ne demande qu’à être ré-animé dans l’institut du Bon Pasteur sacré Empereur .

Il est temps de clamer le sens politico-théologique du retour à la messe tridentine (Concile de Trente) du rite Saint Pie V , hélas ! dominicain , dont l’exploit historique reste Lépante, la victoire militaire des papistes sur les turcs.

Ce que l’on mesure encore mal, c’est la signification politique de l’attitude d’un clergé eucharistiquement conservateur, littéraliste, immuable, le célébrant de la Messe doit comme jadis se tourner vers Dieu et donc tourner le dos au peuple – mais ce dernier sent par trop encore le populaire avec son odeur suspecte de révolte, de barricade. Mieux vaut alors parler des fidèles sans lien entre eux.

Mais dans les milieux chrétiens bien au-delà des blocs intégristes, le terrible préjugé subsiste : Dieu serait d’autant plus Dieu que l’homme serait moins homme, moins humain, moins d’humanité.

Donc, liturgiquement, impossible d’être en même temps face à Dieu et face au peuple. C’est –opinion très habituelle- dans la stricte mesure où je range le faux semblant, le faux fuyant du peuple pieusement ratatiné en « maigre cheptel bigot », disait Bernanos que, moi prêtre simplement canal indigne d’une transcendante grâce divine, je peux de tout mon pouvoir sacerdotal, faire descendre mon Dieu Christ Prêtre Eternel – sur l’autel non table commune, hostie non pain partage – du Saint Sacrifice de la messe.

Le voilà le mot pestiféré, le hideux mignon, travesti du verbe qui ne fait jamais d’inflation verbale et ne dit jamais l’ignoble « Je me sacrifie » puisque sa Parole irrécupérable et irréductible à la sacralisation, c’est : ma vie on ne me la prend pas, je la donne. Le don devance la prise. Mais il faut reconnaître que nous venons de loin, de très loin, du passé le plus passéiste des ténèbres cléricalo-préhistoriques antérieures religieusement d’acte barbare sacrificiel à l’histoire du Verbe de Dieu donc à la création. Nous observons porté au paroxysme chez Laguérie le guerrier catho-romain du Dieu monarchique, à la fois ce qu’il empoisonne, gangrène dans les zones d’orthodoxie pontificale et ce qui l’a préparé au cœur de la piété traditionnelle.

Je n’ai garde d’oublier mon émerveillement quand, jeune frère prêcheur orateur du Verbe fait chair, je faisais mienne, personnelle, la trouvaille d’Eglise du caractère pascal de la liturgie, de la Messe.

Je proclamais ivre, fou de joie : nous célébrons en Festival d’un repas d’allure universellement conviviale l’actualisation du grand événement, la Pâque. Non ce n’est pas un repas, ce n’est pas une fête, c’est un sacrifice, l’immolation du Christ Sacrificateur et Victime, rugissaient nos vieilles brutes dogmatiques d’ordre de la sainte Inquisition rejointes aujourd’hui par les dernières jeunes recrues dominicaines.

La caste sacerdotale a banalisé la Messe Je le parle haut et fort : même si nous parvenons à bannir la supercherie Laguérie, sous sa forme la plus grossière, il nous faudra un travail épuisant et jubilatoire d’innombrables Prométhées du Verbe subversif pour dé-poussiérer, dé-terrer la parole res-suscitée re-crucifiée religieusement sacrificiellement par le gang clérical qui a fait main basse sur elle. Car, j’en suis le témoin depuis plusieurs années après mon ordination au pain partagé le 25 mars 1947, la caste sacerdotale a banalisé la Messe. Du coup, celle-ci n’a plus été le Sacrement, le signe sensible de la Pâque. Il m’est dit de tous côtés que l’on s’y embête comme des rats morts à en crever la bouche ouverte sans pouvoir trouver son dernier mot historique – Pas un seul gag – Pas la moindre surprise : Elle pue la mort, la Messe. Elle, l’Ancien sacrement de la Vie à profusion jusqu’à la mort et plus loin encore, se traîne en simulacre, d’une Passion oubliée comme résurrectionnelle d’inimaginable insurrection. Ce n’est pas Dieu possible et pourtant, c’est la vérité que l’Eglise romaine ait tourné le dos liturgiquement au chef d’œuvre théâtral, cinématographique, chorégraphique et peut-être quoiqu’avec une puissance d’innovation, télévisée, dont le titre sera : la casseur Père et Fils dans leur souffle commun , de tous les cachots et de tous les tombeaux. Cette grande œuvre interdite par le pouvoir depuis la nuit des temps, il faut la jouer, l’interpréter, la créer d’urgence.

Le contre-Evangile de Laguérie

Alors, amis dispersés, frères éparpillés, au féminin et au masculin d’humanité trahie, gaspillée, niée, re-niée, rassemblons-nous en un front commun sans précédent ; et vite, au plus tôt, puisque demain ce sera trop tard. Nous n’irons plus d’ennui en Laguérie suivi du retour classique au même ennui avec ou sans Laguérie, pour la raison enfantine que voici : bénir ou simplement subir Laguérie, c’est re-nier Jésus Christ.

Parce que, ne l’oublions pas, Lagérie a reçu du pape le droit à une « critique constructive » ce qui veut dire négationniste, du Concile Vatican II dont le crime reste toujours, selon les nostalgiques des croisades et de la sainte Inquisition, d’avoir voulu, disait Jean XXIII que l’Eglise Catholique se regarde dans le miroir de l’Evangile et non dans le rétroviseur du Césaro-papisme. En refusant malgré le pape, le contre-Evangile de Laguérie, nous partirons du plus beau des fous-rires aux larmes d’où fusera le mot immortel qui ne vaut pas que pour Lagardère : Si tu ne vas pas à Laguérie dont c’est l’unique Loi, Laguérie ira-t-a-toi.

Bien sûr que le laisser-faire Laguérie re-nie Jésus Christ .

Parce que celui qui dit qu’il faut tourner le dos à son prochain pour célébrer le mystère divin caricature la liturgie, Acte du peuple, en cérémonial, en étiquette, en préséances, en protocole de la cour du Roi Soleil et donc fait de Dieu le lointain, le Souverain, le Prince de ce monde mondain, le Grand Inquisiteur, la fléau cosmique, le Pouvoir, le Démon, le Diable.

Mais brusquement au milieu des ténèbres et non drôles pitreries d’inextricables polars bâclés qui font la trame de nos sociétés mondialisées, c’est-à-dire anonymes, privatisées sur le Tout-Marché, jaillit, fulgure la Lumière. Insolite. En 2006-2007 plus actuelle que jamais ; Elle banalise, sénilise toute les pseudo-nouvelles jusqu’à la dernière en date d’un faux An Neuf, l’élection d’un Président monarque de la République, couronné selon une reprise du rite de Vichy, chef de l’Etat français. Contre ces incorrigibles vieilleries résonne, vibre la clameur de nos poitrines et cœurs réunis : je vous annonce une nouvelles fantastique qui sera immense, inépuisable joie pour tout le peuple. Vous entendez bien pas Minuit Chrétien c’est l’heure solennelle où l’Enfant Dieu descendit parmi nous comme le Para divin., pour effacer la tache originelle … Non, pas du tout çà .

Mais l’Heureuse infiniment Bonne Nouvelle avec pour destinataire tout le peuple, toute l’humanité, tout l’univers : un Sauveur, un Libérateur, votre salut Public, la cordialisation de la vie publique vous est née. Et je vais vous dire le signe auquel vous la reconnaîtrez. Pas du tout le Roi, l’Empereur sur son char, sur son trône, pas du tout le Président Directeur Général à son bureau, l’incarnation du pouvoir exécutif dans le grand fauteuil de l’Elysée…

Non . Mais la parole naissante faite chair parce qu’elle en a assez , elle n’en peut plus d’être prise pour un mot en l’air. Oui, l’inattendu, l’imprévu absolu, l’unique signe auquel est reconnu Dieu tout nu, le premier de ses gags ininterrompus : le tout petit, le gosse, le bambin, le gamin, le Kid, un nouveau-né emmailloté, dans une mangeoire à bestiaux.

Alors, devenons-le tous, le Nouveau-né, le Fils de l’Homme né de la Femme, l’humanité ce beau nom féminin singulier de l’homme, l’Enfant de la Libération, de la Création.

Et foutons dehors à grands coups de pieds dans son Faux Cul, sa caricature, l’antique Papa Noël mercantilement fabriqué, le Vieux de la Consommation !

Notons simplement que le général reçut sur son lit d’agonie la visite du cardinal Francisco Javier Errazuriz Ossa, archevêque de Santiago du Chili.

Lorsqu’il prit le pouvoir après l’assassinat du Président Salvatore Allende, en 1973, Pinochet se heurta frontalement à une hiérarchie majoritairement humaniste et soucieuse de justice sociale, sous la houlette du Cardinal salésien Raul Silva Henriquez, détesté par le dictateur qui voyait en lui l’un de ses ennemis personnels les plus irréductibles.

Le Vicariat pour la solidarité constituait même un contrepoids apprécié. Au fil des années, le Nonce Angelo Sodano, en poste à Santiago de 1977 à 1988, réorienta l’épiscopat dans une autre ligne.

Devenu cardinal et Secrétaire d’Etat, Mgr Sodano continua toujours à appuyer, discrètement et parfois ouvertement, Pinochet de Rome.

Un deuxième grand ami de Pinochet fit carrière universitaire puis épiscopale au Chili, avant de gagner Rome et d’y coiffer la barrette rouge. Le cardinal Jorge Arturo Medina Estevez est connu et redouté pour son soutien au dictateur et même pour son amitié avec lui.

Après cela, allez vous étonner...

Le principal artisan de cette « collaboration » fut le cardinal Sodano, l’ex Secrétaire d’État du st Siège et nonce apostolique au Chili durant onze années (de 1977 à 1988).

Ce prélat italien d’influence n’a jamais caché son amitié avec le général Pinochet. Une « blessure ouverte » encore aujourd’hui pour nombre de chiliens mais aussi d’hommes et de femmes (chrétiens ou pas) défenseurs des droits de l’homme. Angelo Sodano racontait en 1998, lors d’une rencontre-conférence avec des étudiants de l’université de Santiago du Chili qu’il considérait ce pays comme sa « seconde patrie ». Il fut l’éminence grise qui organisa la visite du pape Jean Paul II dans la capitale chilienne et dont le point d’orgue fut le scandale – notamment pour l’Eglise chilienne qui avait souffert et s’était à plusieurs reprises exprimé contre la dictature sévissant dans le pays – provoqué par la reconnaissance officielle du couple Pinochet : le pape s’affichant aux côtés du dictateur, au balcon du Palais présidentiel de la Moneda (où fut assassiné l’ancien président démocrate Salvador Allende) pour saluer la foule et légitimer – ainsi – par sa présence auprès de Pinochet, l’autorité de ce dernier sur la scène politique internationale.

Même au cœur du long crépuscule de la dictature, le cardinal Angelo Sodano n’abandonnera jamais « le général » vieillissant. En 1993, le désormais Secrétaire d’État du Vatican fit parvenir aux époux Pinochet deux lettres de félicitations pour leurs noces d’or ! Une missive en son nom propre et une autre signée par le pape en personne : «  Au général Augusto Pinochet et à sa distinguée épouse, la signora Lucia Hiriarde Pinochet  » […] « J’adresse avec grand plaisir ainsi qu’à leurs enfants et famille une bénédiction apostolique spéciale ».

Les lettres, tenues secrètes au début, avaient été révélées à l’époque par Golias, avant que le dictateur les fasse parvenir à un grand quotidien chilien pour montrer au monde en quelle estime le tenait la papauté.

En 1999, lorsque l’ex dictateur fut arrêté à Londres et bloqué pendant plusieurs mois en raison d’un bras de fer entre les pays européens (qui voulaient le juger pour ses crimes) et la Grande-Bretagne qui refusait de l’extrader pour des « raisons de santé », l’incontournable Sodano ne manqua pas d’apporter son soutien au dictateur chilien, « faisant des vœux » afin que prenne fin au plus vite « l’odyssée » d’un « pauvre vieil homme (sic) ».

Or, Golias apprendra dans le même temps que parallèlement à ces bonnes paroles, Sodano demanda à l’Opus Dei, très influente au Chili, de faire agir ses réseaux pour sortir le général-dictateur des griffes de ses « bourreaux » (pour une information complète sur ce dossier cf. Golias n°65 mars/avril 1999). C’est ainsi que le « généralissime » moribond put rejoindre quelques semaines après son Chili natal où il fut élu… sénateur à vie !

Augusto Pinochet a passé l’arme à gauche en faisant un joli pied de nez à la justice des hommes.

Une fois de plus !

Il ne sera donc jamais jugé pour les crimes qu’il a commis et a fait commettre.

La justice de Dieu dont se réclament souvent nombre de hauts prélats en pareilles circonstances, prendra-t-elle le relais ?

Nous l’espérons.

La loi du 18 mars 2003 « sur la sécurité intérieure » avait aggravé les sanctions contre les nomades qui enfreignent les règles d’installations de leurs caravanes, notamment en s’installant sur des terrains privés ou communaux sans avoir l’accord du propriétaire.

En septembre le Sénat a adopté un amendement qui instaure une procédure expéditive pour traiter des difficultés nées de ces infractions.

Désormais ces situations ne sont plus soumises au juge civil mais relèvent de structures de l’ordre administratif .

Qu’on en juge : le maire ou le propriétaire de la parcelle peuvent demander au préfet de sommer les nomades de vider les lieux. Ceux-ci disposent alors de 24 heures pour demander au tribunal administratif d’annuler l’injonction préfectorale. Le tribunal a trois jours pour rendre sa décision. Si le tribunal n’est pas saisi ou si la sommation est validée, les forces de l’ordre peuvent intervenir sans délai et vider « manu militari » les occupants « sans droit ni titre ».

Ce dispositif répressif ne devait toutefois s’appliquer que dans les communes qui respectent la loi Besson de juillet 2000 (sur l’accueil des gens du voyage) ou dans les communes qui n’étaient soumise à aucune obligation par cette loi. Une certaine logique, contestable cependant, pouvait être invoquée à l’appui de ces dispositions.

Mais voilà que par le biais d’un amendement déposé par un autre député de l’UMP le champ de ces dispositions est étendu aux communes " qui , tout en n’ayant pas encore rempli leurs obligations, ont démontré la volonté de s’y conformer ; les communes équipées d’un « emplacement provisoire » agrée par la préfecture sont également visées « (Le Monde du 30 novembre 2006). Ainsi, subrepticement, la quasi totalité du territoire sera désormais concerné par les nouvelles dispositions ainsi glissées dans la loi » sur la prévention de la délinquance « .

Des associations protestent : ATD Quart Monde par la voix de Véronique Davienne s’insurge contre cet » amalgame insupportable entre délinquance et gens du voyage « en soulignant qu’il y a là une justice à deux vitesses puisque les nomades sont immédiatement – et durement – sanctionnés alors que les maires qui n’appliquent pas la loi Besson ne sont pas inquiétés.

D’autre associations demandent le retrait de ces » dispositions anticonstitutionnelles «  » privant les gens du voyage de l’intervention du juge judiciaire dans les litiges touchant aux « libertés individuelles » et au « principe d’inviolabilité du domicile » (Le Monde).

Mesure-t-on combien les points soulevés – et la pratique adoptée qui consiste à « en remettre une couche » sans avoir l’air d’y toucher - sont une menace supplémentaire contre nos libertés ?

Une dernière précision s’impose. La loi Besson date de juillet 2000 . Aujourd’hui ce sont 8.000 places en " aires d’accueil"qui sont à la disposition « régulière » des gens du voyage alors que les besoins sont estimés à 44.000.

De qui se moque-t-on ?

Quelles sanctions ont été prévues contre les maires défaillants ?

Quelles poursuites ont été engagées ?

N’est-on pas fondé à parler de justice à deux vitesses. ?

Nicolas Sarkosi et la guichetière…

Le billet de Pierre Assouline dans le Monde 2 (du 2 décembre ) vaut son « pesant de gratons » comme on dit à Lyon.

Jugez-en plutôt : la scène se passe fin février à Lyon où le ministre de l’intérieur, futur candidat à la présidence, avait réuni ses troupes pour les « tenir en éveil » car on ne connaissait encore « ni le jour, ni l’heure ». Transporté, sans doute, par les regards extatiques de ses féaux, le prophète de la société libérale et de la répression décide de se lancer, de « s’envoler » comme le chante avec quelque bonheur Sardou.

«  Voilà que j’avais préparé un discours, eh bien, je vais le mettre de côté parce que lorsqu’on est avec tant d’amis…on se doit de parler avec le cœur et pas avec un texte. Je vais donc parler très librement »

Au témoignage du chroniqueur, tout se passa bien tant que le futur candidat (c’était en février) s’en tint à l’Europe, à la Turquie, au statut fiscal du Pacs et sans doute à d’autres sujets qui ne pouvaient qu’attirer la sympathie de son public.

Mais hélas, sa Muse le trahit, une mouche le piqua, et la Princesse de Clèves devint sa Bérésina !

« L’autre jour, confia-t-il à son auditoire sans doute ébaubi, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle ! »

Commentaire de Pierre Assouline « On imagine plutôt les rires gras de l’assistance en écho à un tel assaut de démagogie. Car est-il besoin de rappeler que la Princesse de Clèves, modèle d’intelligence et de finesse, est la matrice de la littérature moderne ? A ce titre, ce livre fait partie du bagage culturel de tout honnête homme de notre temps, fut-il attaché d’administration, voire, ’ Horresco referens’, guichetier ! »

Ses interprétations sur les origines possibles d’un tel dérapage ne manque pas de sel jusqu’à la dernière qui suggère qu’il (le candidat) pourrait bien voir en transparence derrière l’admirable figure de la princesse « l a Dame en blanc, alias Zapatera, alias Sœur Sourire, alias… alias…alias celle qui va lui mettre une sacrée claque aux prochaines élections, et ce ne sera pas une apparition. »

Le rire n’est-il pas une des formes de refus devant une telle stupidité ? Mais le mot de bassesse affleure aux lèvres tant les propos tenus par celui qui se targue de vouloir être un jour le premier personnage de l’Etat sentent la démagogie et la plaisanterie de corps de garde. Prenons avec humour – mais aussi avec gravité - cette « proposition » de quelqu’un qui a enseigné la littérature pendant vingt ans à la Sorbonne : « Qu’on interdise à tous les admirateurs de Johnny Halliday ( Sarkozy, Chirac, Raffarin…) de postuler à de hautes fonctions publiques car nous sommes semble-t-il, en droit d’attendre que ceux qui nous gouvernent aient dans tous les domaines un minimum de culture ».

L’homme prête facilement à la caricature et nombre d’humoristes ne sont se pas privés déjà d’ironiser … sur sa taille. Les enjeux sont cependant d’une toute autre dimension. Méfions-nous de ne pas nous laisser prendre au piège ! Derrière un personnage tourné en dérision – qui peut d’ailleurs devenir très vite odieuse – peut se cacher un danger réel.

Souvenons-nous avant tout de cette mise en garde d’un des grands philosophes du siècle dernier : Miguel de Unamuno, lors de sa dernière apparition en public à l’Université de Salamanque au temps de la guerre civile. Il évoquait Cervantès et ce que fut ce créateur de génie : " J’ai entendu tout à l’heure un cri morbide et dénué de sens « Vive la mort ! » Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui ont soulevé l’indignation de ceux qui ne les saisissaient pas, je dois vous dire , en ma qualité d’expert, que ce paradoxe barbare est pour moi répugnant… Le général Milan Astray (celui qui avait crié « Vive la mort !) est infirme. Ce que je dis là n’est pas discourtois. Cervantès l’était aussi… Je souffre à la pensées que le général Milan Astray pourrait fixer les bases d’une psychologie de masses. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle de Cervantès recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui. »

P.S. – La polémique soulevée à quelques jours du Téléthon sur la légitimité des actions menées par cette association et l’impossibilité pour des chrétiens – en fait il vaudrait mieux lire « des catholiques » – de s’inscrire parmi les donateurs, nous semble engagée avec une certaine déloyauté.

Elle fait penser à ces pratiques douteuses qu’affectionnent certains officiers ministériels qui, tout en respectant la lettre de la loi en trahissent l’esprit lorsqu’ils délivrent significations et autres actes extra-judiciaires dans des conditions qui ne permettent pas à celui qui est concerné d’avoir connaissance, en temps utile, des griefs qui lui sont faits.

Les évêques qui sont montés au créneau à la veille du Telethon doivent quand même bien se douter qu’il s’agit là d’un coup bas et que le débat méritait mieux que cette chausse-trappe.

Saluons donc comme il convient l’effort de dialogue et l’esprit d’ouverture de Mgr Michel Dubost ("lui-même frère d’un jeune myopathe mort à l’âge de 15 ans " La Vie du 30 novembre). Il y a des expériences personnelles douloureuses qui conduisent, heureusement, à l’humilité et à la recherche du dialogue.

Ainsi un séminaire théologique s’est-il tenu à Lima, à l’initiative de la conférence des Religieux du Pérou (CONFER), du 14 au 17 août dernier et ce, en vue de la V° conférence de l’épiscopat latino-américain qui se déroulera à Aparecida en mai 2007. Plus de huit cents personnes étaient présentes à ce colloque.

Au programme de ces journées devraient notamment figurer l’intervention du théologien péruvien Gustavo Guttierez, un des pères de la théologie de la libération. Or l’archevêque opusdeiste de Lima, Mgr Juan Luis Cipriani lui interdira de participer à cette rencontre. A la polémique suscitée par une telle mesure, s’en suivra une autre concernant la couverture de l’événement par l’agence de presse latino américaine ACI-PRENSA, proche du mouvement conservateur « Milice de la Vie Chétienne ». Dans la présentation faite par l’agence de presse de la rencontre de Lima, Gustavo Gutierrez est annoncé comme partisan de « l’aile marxiste de la théologie de la libération » ; le religieux marianiste José Mario Arnaiz est lui, accusé d’avoir eu la prétention e « dicter la feuille de route » du pontificat en cours ; quant au bénédictin Simon Pedro Arnold, il est « coupable d’avoir critiqué les nombreux mouvements ecclésiaux » en les situant comme une « alternative trompeuse à la vie actuelle de l’Eglise ». Enfin, toujours d’après l’agence ACI PRENSA, le séminaire des religieux organisé à Lima par la CONFER avait eu le tort de critiquer le document du CELAM (le Conseil Episcopal Latino Amricain), pour la préparation de sa V° conférence en mai prochain. Cependant, au vue du compte rendu de l’ACI PRENSA, l’archevêque du diocèse de Huncayo, le jésuite Pedro Barreto Jimeno, exprima lors des cérémonies de clôture du congrès des religieux péruviens, son « indignation » devant la « désinformation » et la « malhonnêteté de l’agence de presse ainsi que son soutien à Gustavo Guttierrez pour son « incessant témoignage de fidélité à l’Eglise ».

A la protestation de Mgr Barreto, l’agence de presse répondra dans une note du 20 août dernier qu’elle « ne changerait rien à ses positions », s’étonnant même « qu’un évêque considère l’œuvre de Gustavo Guttierez comme catholique », au regard des innombrables « problèmes que celui-ci rencontra avec Rome » au sujet de l’orthodoxie de ses travaux théologiques. Une (nouvelle) polémique révélatrice des grandes difficultés dans lesquelles s’exerce la vie religieuse en Amérique latine aujourd’hui sous le pontificat de Benoît XVI, lier avec Jean Paul II. Cipriani versus Guttierez

Dans cette affaire du séminaire de la CONFER l’agence ACI PRENSA ne fait que relayer les positions du cardinal de Lima, Mgr Cipriani figure emblématique de l’Opus Dei dans le continent latino-américain. Ce dernier ne désarme pas dans sa croisade contre la théologie péruvienne et ce, malgré le « compromis » trouvé à propos de ses travaux avec la congrégation pour la Doctrine de la Foi en 2004. Mgr Cipriani ne pardonne pas notamment à cet ancien prêtre diocésain d’être rentré chez les dominicains, à son arrivée en 1999 sur le siège épiscopal de Lima, laissant entendre qu’il avait fui pour se soustraire à son contrôle. On rappellera que Mgr Cipriani était un proche de l’ex dictateur Fujimori.

A ce titre, il sera épinglé à plusieurs reprises pour « manquements » graves en « matière de défense des droits de l’homme », ainsi que l’atteste le rapport final de la Commission « Vérité et Réconciliation » au sujet des violences survenues à l’époque de la guerre au Pérou contre le terrorisme (du « Sentier Lumineux » et de l’Etat Péruvien).

Mais le trouble apparaît bien vite dans la contradiction des discours de Mgr Bruguès et du Cardinal Ricard : Pour le premier, qui présidait le groupe de travail, « Notre mission était d’approfondir des sujets importants pour nos ministères de pasteurs, de comprendre et de fournir des arguments dans le débat du moment » et sa conclusion est des plus claires : « Mission accomplie : après un an de réflexion sur trois différences structurantes de la vie sociale (homme/femme, père/mère, frère/sœur) le groupe de travail, constitué en novembre 2005, a terminé sa mission » !

Les évêques ont donc désormais compris et peuvent argumenter !

Le président de la Conférence épiscopale tint un langage fort différent, voire contradictoire, puisqu’il avoua dans son discours de clôture que, notamment sur la « théorie du gender », « des approfondissements restent plus que jamais nécessaires : la figure masculine, l’autorité, la fraternité et la filiation, d’autres encore... Pourquoi ne pas intéresser à cette réflexion, vitale pour l’avenir de notre société, des cercles plus larges : des philosophes, des spécialistes des sciences humaines, des responsables politiques... ? La voie de la recherche sera longue. Nous sommes heureux d’en avoir parcouru aujourd’hui les premiers pas » !

L’alternative est donc entre un travail fini et une réflexion interdisciplinaire qui doit se poursuivre...

Et sur ce point, nous suivons le Président des Evêques, non sans souligner, que sur des questions aussi controversées parce que d’une très grande complexité, les responsables de l’Eglise se disent « heureux » de balbutier, puisqu’ils reconnaissent n’avoir fait que « les premiers pas »...

Une Eglise joyeuse d’accompagner l’homme nouveau sans prétendre posséder la vérité...

Mgr Ricard, on a envie de vous faire la bise !

Et bon courage pour la prochaine visite ad limina !

Ajoutons, Dieu merci, que les deux évêques se retrouvent sur la place fondamentale de la Bible... Tout dépend de son interprétation et de la manière dont on travaille : Mgr Brugès s’est réjoui que ses pairs travaillent « vite » !

Mais il a aussi souhaité de ses vœux des lieux de débats et d’échanges avec les responsables politiques "afin de passer du slogan à une œuvre politique"... ce qui sous- entend que le travail de recherche fondamentale pour « formuler des propositions positives, dynamiques, pratiques, qui permettent de construire une parole d’Eglise claire, audible et compréhensible » n’est pas terminée !

On ne peut oublier les tracas dont sont l’objet le clergé catholique et les religieuses. A commencer par le Père Pierre Brunissen, un prêtre du diocèse de Strasbourg.

L’Église est accusée de prosélytisme.

Le discours incendiaire de Ratisbonne, de septembre dernier, dans les milieux islamistes, au moins pour une large part, a suscité une ire vengeresse qui n’est pas encore retombée.

La colère parfois feutrée contre le catholicisme se double alors d’une haine personnelle contre l’actuel occupant du siège de Pierre.

En effet, le cardinal Joseph Ratzinger avait vivement combattu, en première ligne, l’hypothèse d’une entrée de la Turquie au sein de l’union européenne, qualifiée de décision contre l’histoire.

Ainsi le motif religieux est multiplié par une véritable raison politique.

Du 28 novembre au 1er décembre le Pape Ratzinger exécutera pourtant son premier voyage en terre musulmane.

Il rencontrera au moins un dignitaire musulman, ce qui n’était pas prévu au départ, mais est devenu incontournable depuis l’incident de Ratisbonne. En l’occurrence, Ali Bardakoglu, le directeur des affaires religieuses, grand mufti. Les catholiques de la petite communauté locale donneront autant de signes d’apaisement que nécessaires.

Certains, des deux côtés, y voient un petit signe dans le sens d’une reprise du dialogue.

Par contre, le gouvernement, défenseur d’un islam dur, boudera le voyage. Le Premier Ministre Erdogan se rendra d’ailleurs en Lettonie pour le Sommet de l’OTAN.

Manifestement, par son opposition abrupte et jamais démentie au ralliement de l’Europe par la Turquie, Joseph Ratzinger s’est imposé comme un ennemi de cette Nation. Par la suite, il n’a certes pas rattrapé les choses (doux euphémisme !).

Le Parti de la félicité, une formation islamiste, appelle à une grande manifestation.

Les ultranationalistes, pour leur part, accusent Joseph Ratzinger de vouloir « instaurer un mini-Vatican au coeur d’Istanbul ». Ils ont promis un comité d’accueil musulman musclé à Sainte Sophie .

On se souvient de la venue de George Bush en 2004. Selon toute vraisemblance, les risques seront tout aussi grands. On imagine l’ampleur du service d’ordre.

Il y a certes chez Benoît XVI une sorte de volonté, peut-être subconsciente, de provoquer.

En fait, cette volonté n’est que l’expression dans une circonstance particulière d’une pente intransigeantiste.

Une vision totalitaire et idolâtrique de la vérité fait toujours courir aux hommes les plus grands risques.

Ces mots écrit sous le pseudo «  Job  » en disent long sur l’amour de cet internaute pour notre revue puisque, lorsque que l’on ose comparer Golias et le Canard enchaîné, il s’enflamme :

« Golias est plus près dans sa déontologie de Closer ou de Gala que du Canard ! »

Et si quelqu’un s’avise de souligner la pertinence du trombinoscope, sa réponse est cinglante : « ce n’est pas de bons informateurs qu’ils sont mais de bons délateurs ... ce n’est pas la même chose ! »

Nous voilà donc mis au banc des accusés, nous qui pensions faire œuvre non de justice mais simplement d’honnêteté en révélant des informations en notre possession ! Ce qui nous semble être le travail d’un journal ! Pour ce qui concerne le débat d’idée, cela fait bien longtemps que nous l’avons commencé et que nous le poursuivons sans avoir besoin d’une «  affaire  » pour nuire à ce prélat !

Mais on sent bien que ce forum sur Anatrella est plus une occasion de déverser le fiel d’une partie de l’Eglise sur Golias.

Pour preuve, cette petite note qu’aucun modérateur ne démentit : « et dire que ce sont des prêtres.... défroqués ! (ceux de Gollias) » !

Voilà une vraie nouvelle ... pour toute l’équipe de rédaction... Il n’y en a aucun dans les proches collaborateurs ! Mais face à ces désinformations, c’est pourtant nous qui sommes « un papier assez puant (...) Une enquête est en cours et tant mieux. Mais le fait que l’info en question provienne de Golias est (pour moi) un critère négatif sur le plan de sa crédibilité »...

C’est clair que InXL6 est d’une probité et d’une hauteur de vue exceptionnelles !

Il paraît même que nous avons « monté un complot » et qu’il y a eu « de façon presque officielle un appel à "témoin" pour trouver quelqu’un qui accepte de témoigner contre le Père Anatrella ». Et nous voilà considérés comme les « persécuteurs » d’un prélat transformé en « martyr de cette époque qui a pour père le fils du mensonge » ! Mais « Philéas » va plus loin, sans qu’intervienne le modérateur, puisque Golias devient une « secte terroriste »... Nous sommes même qualifiés de « mafieux » !

Les mots ont-ils encore un sens ?

D’autres, il est vrai accuse Christian Terras d’être au CA du réseau Voltaire... Mais les mêmes pensent que le « public est imbécile » ! Qu’ils se retirent donc avec InXL6 de ce monde complexe !

Allez encore une dernière citation pour la route qui sera longue vers la probité : « Il est bien évident que la crédibilité de Golias dans une affaire comme celle-ci est proche de zéro. Qu’on se souvienne que même l’Abbé Pierre avait dénoncé le comportement abject de ce journal. Et surtout, qu’on se demande : "à qui profite le crime ?". En l’occurrence, il est évident que l’affaire profite surtout aux gens qui veulent faire taire la voix d’Anatrella ».

Or Mgr (oui, il l’est même s’il n’est pas évêque !) continue de parler à Rome dans le cadre très officiel de la congrégation dont il est consulteur.

Il faudra nous donner les référence de la dénonciation de l’abbé Pierre !

Et nous voilà coupable de « crime » !

Bravo le modérateur du site... A tout le moins, peut-on dire qu’il y a une grande liberté d’expression sur ce site !

Mais il ne semble pas que l’on se soit livré à quelques calculs relativement simples : s’il n’y avait pas eu par le biais de cette loi, transfert aux différentes collectivités territoriales, de l’Etat aux communes, de la charge d’entretien des bâtiments du culte, il y a belle lurette que l’église de France aurait dû vendre ses « bijoux de famille » sans être sûre pour autant de pouvoir couvrir les dépenses indispensables.

Et pourtant il n’y a jamais eu à notre connaissance le moindre geste de reconnaissance à l’égard des promoteurs de cette loi qui est à l’origine de ces vastes transferts de subventions.

« La République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ». Telle est la formule consacrée qui nous a valu depuis un siècle d’être un exemple de cette séparation absolument indispensable entre les deux domaines : celui du religieux et celui de la sphère politique.

Ce ne sont pas les dérapages, ô combien inquiétants, du président Bush qui nous prouveront le contraire.

Voilà un homme qui s’affirme croyant, ce qui est son droit, mais qui au faîte de sa puissance se conduit comme un homme sans foi ni loi.

Voilà un homme qui déclenche une guerre absurde alors que les avis judicieux ne lui ont pas fait défaut mais qui s’obstine dans son erreur dont on ne cesse de découvrir jour après jour les tragiques conséquences.

Voilà un homme qui s’affirme religieux, qui instaure la pratique de la prière dans des réunions officielles et qui se conduit comme le pire des dictateurs. Sa pratique en bien des circonstances s’avère hors de toute justice, hors de toute règle de droit. On sait bien, pourtant, que ces règles pour imparfaites qu’elle soient parfois, sont des garde fous essentiels contre l’arbitraire et les dérives du prince.

Il n’est que de lire le reportage édifiant, et terrible, que publie Le Monde cette semaine sur le bagne de Geuantanamo, pou être convaincu que le pire président que les Etats Unis ont connu depuis longtemps est un escroc quant il prétend être en même temps un homme religieux, un « Craignant Dieu », et un homme politique.

Il est fou d’orgueil, certes, mais il ne possède pas une once de cette humilité si nécessaire aux gouvernants pour les empêcher de sombrer dans cette espèce de délire mystique qui les fait se prendre pour les instruments du divin. Grâces soient rendus à tous égards à ceux qui, en France, ont su après les errements des siècle passés poser cette règle de sagesse qu’une partie du monde peut nous envier : la séparation des églises et de l’état .

Et ce principe est si précieux que toutes les dérives susceptibles de le remettre en question doivent être repérées et, si elles sont confirmées, dénoncées.

Certaines peuvent paraître bénignes mais il ne faut oublier qu’elles peuvent ouvrir la voie à une remise en cause insidieuse du principe de séparation évoqué ci-dessus.

En veut-on des exemples ? (voir plus loin nos articles) .

Cet « abbé » est celui qui avait été exfiltré du Rwanda , affecté dans la vallée du Rhône puis dans le diocèse d’Evreux après qu’il eut été reconnu par certains de ses compatriotes sur un cliché qui le représentait célébrant l’eucharistie.

Golias a porté à la connaissance de ses lecteurs les éléments essentiels de cette affaire. Qu’il suffise de rappeler qu’il était poursuivi dans son pays « pour avoir conduit les assaillants vers le sanctuaire où des enfants innocents, des femmes et des enfants ont été pris et emmenés pour être tués » selon les propos du président de la Cour.

Cette même Cour l’aurait reconnu coupable de plusieurs viols perpétrés dans les locaux de sa paroisse : la sainte Famille à Kigali. Certes il a été condamné par contumace. Il a droit à un procès équitable où l’instruction doit être menée à charge et à décharge. Mais il est singulier que la justice française à laquelle déclare vouloir se référer Mgr Nourrichard, l’évêque d’Evreux, ait été à ce point défaillante dans l’instruction des plaintes déposées contre ce prêtre qui est assuré d’un jugement serein puisqu’il n’existe aucun traité d’extradition entre la France et le Rwanda  !

A qui fera-t-on croire qu’il n’y a pas eu pression de quelque manière pour que cette affaire s’enlise et ne voit jamais le jour ?

Mais il est vrai que c’est un prêtre qui est en cause et que derrière lui c’est tout une institution qui risque d’être mise en cause pour l’aide qu’elle aurait apportée à un criminel.

Pour qu’il n’y ait pas de mise en cause il suffit qu’il n’y ait pas de procès !

Séparation de l’Eglise et de l’Etat disions-nous ?

Un principe précieux mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? (pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture des deux dossiers que nous avons consacré sur ce dossier : Golias n°43 et n°48/49) .

Cédant aux pratiques alors en vigueur qui consistait à couvrir, à camoufler les turpitudes des clercs, à négocier avec les victimes pour obtenir leur silence, les responsables d’alors s’étaient contentés « d’éloigner » ce prêtre qui avait violé et la loi civile et la loi morale en s’attaquant à un enfant pour satisfaire ses pulsions.

Mais rien n’était réglé, hélas. La victime restait victime mais devenait à son tour l’oppresseur de celui qui l’avait blessé. Pour n’avoir pas été au fond des choses, pour n’avoir pas voulu porter le fer dans la plaie et se conformer aux obligations légales et morales qui étaient les siennes l’institution (ecclésiastique) a, en quelque sorte, favorisé l’apparition de deux nouvelles victimes -coupables. Le jeune garçon, abusé par le prêtre qui vient d’être condamné à dix ans de réclusion, a bénéficié pendant quelques années de sommes d’argent relativement importantes. A bout de ressources, peut-être tout autant matérielles que morales, le prêtre qui, entre temps, avait renoué avec ses anciennes pratiques, a fini par porter plainte contre sa victime... qui s’est aussi retournée contre lui.

C’est en final une affaire sordide, dévastatrice pour les protagonistes mais aussi révélatrice du mal et des souffrances qui peuvent naître d’une pratique stupide et condamnable à tous égards.

D’autres procès nous ont appris récemment qu’un évêque ne saurait se retrancher derrière un pseudo secret ... professionnel pour s’affranchir des règles légales qui s’imposent à lui. Mais il y plus grave : il ne suffit pas de vouloir calmer le jeu, de croire qu’on peut d’une manière ou d’une autre acheter le silence et finalement une sorte d’oubli, pour protéger une institution qui n’a rien à gagner au secret qui pourra se retourner un jour contre elle.

C’est un autre plan, c’est un autre domaine que les obligations légales auxquelles chacun doit se soumettre et qui peuvent se révéler un garde-fou efficace.

On peut en effet se demander ce qui se serait passé si l’évêque d’alors avait eu la sagesse sinon de signaler « son » prêtre - encore en avait-il peut-être l’obligation - mais au moins de l’inviter à une démarche de vérité qui l’aurait amené à se constituer prisonnier. Cheminement douloureux sans doute, exigeant d’autant plus qu’il appelait à un accompagnement personnel.

Mais serait-ce irréaliste de penser que l’on aurait, alors, évité le gâchis de deux vies qui n’ont peut-être plus aujourd’hui de quoi se reconstruire.

Notes :

(1) Les vicaires généraux en l’occurrence qui furent à la manœuvre et désinformèrent l’évêque en place, récemment décédé, Mgr Cornet.

(2) La plainte initiée disparut alors magiquement, en le promouvant comme prêtre-modérateur dans une zone importante du diocèse.

Il est indéniable que la personnalité du cardinal Hummes, homme très fin et courtois, philosophe subtil de formation (il rédigea une thèse à la Grégorienne consacrée à Blondel) diffère largement de celle du cardinal Castrillon Hoyos, un homme dur et autoritaire.

Dom Claudio s’est beaucoup intéressé à l’œcuménisme et ne manque jamais une occasion d’y faire référence. Cultivé et dépourvu d’arrogance à titre personnel, c’est un homme charmant et affable, qui n’offre pas prise à la caricature. Il ne dirait jamais, comme un cardinal Antonio Quarracino, défunt archevêque de Buenos Aires, qu’il faut isoler les homosexuels du reste de la société. Il ne tiendrait jamais non-plus des propos à l’emporte-pièce sur des prêtres trop engagés socialement et pas assez religieux comme le fit jadis Mgr Castrillon.

Pour autant, la nomination de Dom Claudio ne signifie nullement que le Pape veuille contrebalancer certaines décisions conservatrices par d’autres dans le sens opposé.

En réalité, Benoît XVI entend bien poursuivre son œuvre de restauration ecclésiale mais de façon intelligente et subtile et non pas en offrant prise à une critique trop facile.

Il faut se souvenir jadis de ses réserves quant à l’intention de Jean Paul II de nommer Mgr Kurt Krenn archevêque de Vienne.

En effet, à la différence de Stanislas, le fidèle et dévot secrétaire, Joseph Ratzinger estimait déjà que certains tournants pouvaient être davantage pris par un prélat modéré, qui ne braquerait pas une majorité contre lui, que par un homme dont il apprécié certes la fidélité doctrinale mais dont le manque de stratégie s’avérerait tôt ou tard contre-productif. Ce qui ne manquait certes pas d’arriver. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, le cardinal faisait preuve de lucidité. D’ailleurs, c’est son poulain à Vienne, Mgr Christoph Schönborn qui l’emporta pour la succession de Mgr Groer en 1995, prélat bénédictin compromis dans des affaires de mœurs.

Nous disposons, donc déjà, de la clé qui nous permettra de mieux décrypter les nominations actuelles et futures. Joseph Ratzinger n’entend pas placer systématiquement tel ou tel « poulain » qui lui serait cher. Il entend au contraire creuser profondément un sillon, en prenant son temps, car il se sent assuré de la victoire. Il préfère donc nommer des personnalités relativement indiscutables qui contribueront à leur manière à consolider l’œuvre de restauration qui, selon lui, participe des desseins de la Providence.

La première nomination significative de Joseph Ratzinger fut, l’année dernière, le choix de son successeur en qualité de préfet pour la doctrine de la foi, Mgr William Levada.

Ce dernier était alors archevêque de San Francisco. Né en 1936, il avait travaillé quelques années à la Congrégation aux côtés du futur Benoît XVI qui l’avait beaucoup apprécié. Doctrinalement conservateur, plus pragmatique pourtant que spéculatif, il avait géré avec une vraie d’habiletés les dissidences théologiques dans son diocèse californien. Fondamentalement proche de la vision intransigeante de Joseph Ratzinger, il sait composer, et trouver des compromis. Ainsi, il a en partie désamorcé la colère des militants gays de San Francisco. Ce choix porte la marque de la « Ratzinger touch ». L’homme saura avec persévérance creuser un sillon dans le sens voulu par le Pontife. En même temps, il prendra son temps, saura bien présenter les choses, n’élèvera pas le ton, et ne se fera pas inutilement des ennemis.

Autre nomination importante : celle du cardinal Ivan Dias comme préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. On peut noter que Joseph Ratzinger a en fait d’abord évincé le jeune préfet précédent, le cardinal Sepe, dont il est notoire qu’il ne l’estimait guère.

Le cardinal Dias a beaucoup collaboré avec Joseph Ratzinger à l’ex-Saint-Office. Sans conteste, il se classe parmi les conservateurs. Très rigoriste en matière de morale sexuelle, Mgr Dias combat les déviances syncrétistes et libérales et a beaucoup participé à la rédaction de l’encyclique « Dominus Iesus ». On chuchote dans les couloirs du Vatican qu’il était en 2005, lors du dernier Conclave, le candidat du cardinal Ratzinger pour la papauté (un cardinal ne peut voter pour lui-même). En tout cas, le choix de faire de lui le « pape rouge » (tant est grande la puissance de ce préfet de congrégation) est hautement significatif.

Troisième nomination hautement significative celle de Mgr Malcolm Randjith Patabendige, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements ("discipline", comme expression on fait mieux).

Né en 1947, ce Sri-lankais avait été choisi par le cardinal Tomko comme secrétaire adjoint de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Ces relations avec le successeur de Tomko, le cardinal Crescenzio Sepe, ne furent pas des meilleures. Mgr Sepe le fit exiler dans une petite Nonciature à Timor Est. Par choix personnel, Joseph Ratzinger le rappela à Rome pour lui confier la tâche qu’il occupe actuellement.

Les deux « R » se sont connus alors que Rome comme l’épiscopat sri-lankais gérait le dossier très délicat du Père Tissa Balasurya, un oblat qui fut d’ailleurs excommunié. Il semblerait que Mgr Malcolm n’ait pas été étranger à cette mesure. Le rigorisme doctrinal de cet évêque a en tout cas beaucoup plu à Joseph Ratzinger qui voulut placer comme « secrétaire de la liturgie » un homme qui jouisse de sa confiance la plus absolue.

D’autant plus, que Benoît XVI joue une partie très serrée.

Sa volonté de restauration traditionnelle de la liturgie - pas forcément de Saint Pie V - se heurte à une opposition déterminée, y compris à la Curie : de Mgr Piero Marini, le cérémoniaire, du cardinal Giovanni Battista Re, également, lequel fut très longtemps substitut et contrôle donc un réseau très puissant à la Curie.

Le Pape écarta en 2005 de la congrégation Mgr Domenico Sorrentino, qu’il exila à Assise. Mgr Sorrentino n’était pas en effet disposé à travailler en synergie avec l’aile restauratrice. Une page est définitivement tournée avec l’actuel Secrétaire, choisi par Joseph Ratzinger.

La quatrième nomination, ô combien importante, est celle du Secrétaire d’Etat. Un canoniste et un théologien, le salésien Tarcisio Bertone, étranger au monde diplomatique. Un homme qui placera l’accent sur la dimension religieuse. Un cardinal doctrinalement conservateur, qui fut le bras droit de Joseph Ratzinger au Saint-Office pendant sept ans. Or, on sait que le nouveau Pape accorde lentement sa confiance et entend s’appuyer sur des personnes sûres.

Or, « favoriser ainsi le choix personnel de telle ou telle manière de faire au gré de ses convictions ouvre la porte non à la concorde que l’on souhaiterait, mais plutôt à la discorde, qui fera crier à beaucoup victoire plutôt que réconciliation » ! Et notre bénédictin (fils spirituel de Dom Guérenger, grand liturgiste)de souhaiter que la réintégration des intégristes fasse l’objet d’une « consultation suffisamment large pour permettre aux évêques d’apporter un avis substantiel sur ces questions, qui touchent de près à la responsabilité de leur ministère », ce qui n’a pas été, loin s’en faut, la démarche adoptée pour la naissance de l’Institut pontifical du Bon Pasteur !

Mais l’auteur fait surtout remarquer que le problème n’est pas celui de l’adaptation du rituel de 1969, ce dernier n’obligeant ni l’abandon du latin ni la position du prêtre « dos au peuple » pas plus qu’il ne justifiait les abus commis en son nom !

La question, autrement plus grave puisque la liturgie est un « lieu théologique », est bien la réception ou le refus du concile.

En effet, « L’Ordo Missae de 1969 met en œuvre en particulier la théologie de la constitution dogmatique sur l’Eglise. ‘Lumen gentium’ présente l’Eglise à la fois comme Corps mystique du Christ et comme Peuple de Dieu réuni au nom du Christ ; ainsi le Concile dit que l’Eglise est « en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » (LG n. 1).

" Face aux dangers de l’individualisme lié à l’évolution des mentalités depuis plusieurs siècles, Vatican II et la réforme liturgique qui en est issue insistent sur le rassemblement ecclésial comme sacrement global. Un tel sacrement se déploie dans la liturgie, mais aussi en relation avec la communion fraternelle à l’intérieur des communautés ecclésiales et entre elles. La communauté par excellence, c’est le Peuple de Dieu réuni en Eglise locale autour de son évêque, chaque membre tenant sa place dans cette unique eucharistie en étroite communion avec tous : assemblée, presbyterium (dont on comprend bien, dans cette perspective, qu’il soit encouragé à la concélébation), diacres et autres ministres ".

Or « la priorité théologique du concile de Trente était autre (même si l’aspect ecclésial y était présent) : mettre en valeur la réalité de la présence du Christ dans le pain et le vin eucharistiés et le rôle sacramentel du prêtre, contre la Réforme protestante. C’est pourquoi l’action sacrée du prêtre y est tant valorisée. Les paroles qu’il prononce ‘in persona Christi’ permettent la transsubstantiation du pain et du vin en Corps et Sang du Christ. Certes, dans le Rituel de 1969, les ministres gardent bien un rôle essentiel dans ce domaine, mais l’insistance porte aussi sur le fait qu’ils agissent comme ministres de la communauté ecclésiale (‘in persona Ecclesiae’), ministres ’ de la Tête et du Corps ’, et notre auteur de conclure : avec l’une et l’autre de ces théologies, des abus sont toujours possibles. Cependant, l’Ordo Missae promulgué par Paul VI, établi sur une relecture approfondie de la tradition occidentale, n’est pas attaquable. »

« Le Saint-Siège a engagé son autorité sur la théologie qui s’y déploie et qu’il a jugée, en communion avec les évêques réunis en concile oecuménique, bonne et nécessaire pour la vie de l’Eglise catholique. Vouloir encourager dans l’Eglise latine le retour à un autre accent théologique par extension de l’Ordo de 1962, c’est générer un trouble très profond dans le peuple de Dieu, dont les membres seront dangereusement livrés aux choix de leur subjectivité selon leurs goûts et leur sensibilité du moment ».

Face à cette tentation de retour en arrière, « il paraît aujourd’hui nécessaire d’affirmer haut et fort les magnifiques développements de la théologie et de la liturgie issues de Vatican II, pour permettre à l’Eglise de développer l’heureux message qu’elle reçoit de Jésus Sauveur dans un monde qu’elle aime et au service duquel elle veut donner sa vie avec amour ».

Nous ne pouvons qu’être en accord avec un tel texte !

A l’évidence, le signe d’une irritation du Vatican face à la grogne des évêques et surtout des cathos de France quant à la légitimation du rite de Saint Pie V, mais aussi l’intention de leur faire comprendre qui était aux commandes désormais.

Le cardinal Arinze a dénoncé sur ton d’une particulière sévérité « la banalisation, la désacralisation et la sécularisation dans la liturgie ». Il s’en prit à ce « maniérisme ouvertement égocentrique que nos assemblées du dimanche sont parfois obligées de subir ».

Le prélat de curie a fustigé « la fausse humilité » qui consiste pour un prêtre à « partager son rôle avec les laïcs ». En tout cas, selon lui, « la sainte liturgie n’est pas un domaine où règne la libre recherche ».

Les évêques et la majorité des prêtres présents semblaient plus que gênés. Même le très ultramontain Mgr Jean-Yves Riocreux, de Pontoise, était dans ses petits souliers.

Le président du colloque, l’archevêque parisien, Mgr Vingt-Trois, a pour uen fois était très offensif dans la défense du concile Vatican II et la critique des intégristes. Bravo !

Au nom de ses pairs, Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, a vivement riposté. Cet évêque a vivement regretté que « Rome soit parfois trop attentive à des courriers venus de France qui relèvent de réelles anomalies ou irrégularités dans les pratiques liturgiques, mais sorties de leur contexte ».

De plus, abordant le sujet épineux resté tacite jusqu’alors, Mgr Le Gall a exprimé sa crainte qu’" en libéralisant l’ancien rituel, le Pape [ne] fasse naître un front de défiance, de tristesse et de découragement vis-à-vis du Saint Siège ".

Le rôle de l’Enseignement catholique serait selon cet évêque de répondre à cette attente supposée, [’enseignement proprement dit n’étant qu’un vecteur parmi d’autres d’une telle mission, mais un vecteur privilégié. A trop vouloir stigmatiser les errements supposés de l’Enseignement catholique actuel, cet évêque s’est sans doute isolé dans sa croisade... on peut au moins l’espérer.

Danger pour les droits des personnels, cet évêque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, s’autorise ainsi une critique virulente de [a politique éducative de l’Enseignement catholique en général et se présente comme leader d’un combat pour sauver la catholicité.

Libre à lui, et ce n’est pas a priori notre affaire, à nous militants syndicaux. Sauf que... cette charte peut menacer directement ou indirectement les salariés des établissements qui relèvent de sa tutelle, car elle attend d’eux, et en particulier des enseignants, qu’ils soient eux aussi les croisés de cette « reconquête ».

Certes, et contrairement à ce qu’il écrit, l’établissement ne peut démettre un enseignant contractuel, mais on imagine à quel point une telle conception de l’Enseignement catholique pourrait rendre la vie impossible aux enseignants et aux autres salariés de ces établissements. Qu’on en juge, à lire les deux extraits suivants parmi cent autres possibles : « La mobilité des enseignants eux-mêmes devra faire partie du contrat d’embauche, afin d’éviter que des enseignants fassent toute leur carrière dans le même établissement », ou encore : « Il faudra veiller, sur la base d’un choix personnel, à ce que l’ensemble des enseignants soit partie prenante du projet, ou accepte de ne pas rester dans l’établissement. La communauté éducative devra être authentiquement cellule d’église ».

Danger pour la liberté de conscience

L’évêque d’Avignon veut donc édicter sa propre loi, mais ce faisant, il va contre la loi commune : celle de la loi Debré d’abord, qu’il récuse comme une loi d’intégration à l’Enseignement public ; contre la loi fondamentale de l’État, c’est-à-dire la Constitution, qui fait de la liberté de conscience une faculté inaliénable de la personne humaine. Si Mgr Cattenoz refuse la loi Debré, qu’il ait alors l’honnêteté de réclamer que l’Enseignement catholique devienne hors contrat et qu’il en assume les conséquences. Car au fond, c’est bien d’écoles religieuses et affichées comme telles qu’il rêve, ce qu’un contrat avec l’État n’autorise pas et heureusement.

Mais c’est bien aux établissements sous contrat avec l’Etat que cet évêque veut imposer sa charte, dans son diocèse et au-delà, si l’on suit les recommandations qu’il prodigue à ses frères évêques...

La loi oblige ces établissements à accueillir tous les élèves, « sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyances » ? Ils le seront, indique cette charte, «  mais à la condition qu’ils acceptent de participer aux cours de première évangélisation et qu’ils participent également à la vie spirituelle et au projet éducatif des établissements, à l’exception de la vie sacramentelle ».

Une conception inacceptable de l’éducation ;

Sur le fond, la Fep-CFDT ne peut que condamner avec la plus grande vigueur la conception de l’enseignement et de l’éducation éveloppée par cette charte. Elle enferme les enfants, les jeunes dans une pensée pré-construite, pas très éloignée du formatage. « Si l’enfant n’est pas encore un adulte, par définition, il est un être humain que l’on doit éduquer à la liberté et à la responsabilité de ses propres choix de vie : c’est la grandeur de notre tâche que de contribuer à une telle éducation des jeunes. Disons le clairement : souscrire à la lettre et à l’esprit de cette charte serait coupable de notre part. »

La conférence des évêques est attelée depuis plus d’un an à une réflexion sur l’Enseignement catholique dans l’Église et dans la société, elle doit conclure ce travail en novembre prochain.

Nous en étudierons le résultat avec la plus grande vigilance.

Xavier Nau, Secrétaire général

L’option intransigeante est déclinée un peu autrement, mais de manière non moins définitive, par les cardinaux Angelo Scola et Carlo Caffarra, tous deux candidats à la succession de Camillo Ruini comme patron de la CEI.

Rappelons, si besoin était, que le Président de la CEI est non pas élu par ses pairs, comme c’est par exemple le cas du Président de la Conférence des Evêques de France mais désigné d’en haut par le Pape lui-même. Lequel pencherait à présent en faveur de Mgr Caffarra. Un nombre non important d’évêques de la Péninsule privilègierait pourtant volontiers un courant plus modéré : sans rupture avec la ligne interventionniste de Ruini mais en plus soft et arrondissant davantage les angles.

Au cours de cette Assemblée de Vérone, un cardinal qui incarne cette voie moyenne est revenu sur le devant de la scène. A 72 ans, Dionigi Tettamanzi est archevêque de Milan depuis 2002. Il a remplacé sur la chaire de Saint Ambroise celui qui incarnait - et qui continue d’une certaine manière d’incarner- une ligne plus progressiste, Carlo Maria MArtini.

Don Dionigi se montre en général assez prudent sur les questions de doctrine et de morale sexuelle. Ce dernier, nonobstant, entend pourtant offrir une alternative à la reconquête musclée des Scola et Caffarra. Ce petit homme doux cultive un peu un profil spirituel à la Jean XXIII.

Il entend associer deux exigences contrastées : fermeté doctrinale mais aussi davantage de pragmatisme, et une approche plus décontractée et beaucoup plus bienveillante. Italianissime, Mgr Tettamanzi avait été longtemps considéré comme un candidat crédible à la succession de Jean Paul II, malgré l’une ou l’autre position jugée trop audacieuse, par exemple sur l’altermondialisme. A bien des titres, Dionigi Tettamanzi semblait susceptible de rassurer ceux qu’une évolution modernisatrice effrayait mais sans le raidissement considérable de Joseph Ratzinger. Le score très maigre du cardinal de Milan lors du dernier Conclave (deux votes en sa faveur, ce qui est ridiculeusement peu surtout en regard des pronostics) sembla un temps signifier sa sortie de la scène. En fait, après plus d’un an du nouveau Pontificat, le cardinal se présente comme un recours possible pour une ligne modérée.

Deux autres noms sont pourtant cités pour reprendre les rênes de la Conférence épiscopale. Les deux « angeli » : Mgr Angelo Bagnasco, 63 ans, depuis peu archevêque de Gênes et Mgr Angelo Comastri, 63 ans, vicaire général de la Cité du Vatican après avoir été longtemps prélat de Lorette. Mgr Comastri est estimé pour son charisme personnel ; on reconnaît ses talents de prédicateurs.

Les deux « Angeli » se situent dans une optique moins politique et plus directement religieuse que Camillo Ruini.

Ils sont pourtant l’un et l’autre sensibles aux accents d’une restauration en marche.

D’une spiritualité très traditionnelle, Mgr Ranjith a également assisté à la soutenance de thèse d’un jeune ecclésiastique d’origine allemande, le Père Uwe Michael Lang, consacrée à la célébration de la messe le dos tourné aux fidèles, une posture que le thésard voudrait réintroduire dans la liturgie catholique romaine.

A plusieurs reprises, l’archevêque sri lankais a également tenu des propos très négatifs sur l’évolution concrète de la liturgie En outre, il se montre catégorique sur un point très discuté : pour lui, le missel de Paul VI n’a aucunement remplacé celui de Saint Pie V.

Au sein de la Curie, Mgr Ranjith se montre très actif pour faire contre-poids aux prélats opposés à une libéralisation trop facile de l’ancienne liturgie et à une complaisance véritablement outrée à l’endroit des disciples de Mgr Marcel Lefebvre.

En effet, un certain nombre de cardinaux (comme Mario Pompedda, Giovanni Battista Re ou Walter Kasper) se montrent bien hostiles à une reconnaissance trop bienveillante et trop hâtive des courants lefebvristes.

Quant au cardinal Francis Arinze, le numéro un du dicastère dont Mgr Ranjith est secrétaire, il souhaitait poser comme condition à la libéralisation de l’ancien rite au cas par cas un nombre de fidèles requérants d’au moins cent.

Si Dieu prête vie à Benoît XVI, il ne fait aucun doute que Mgr Ranjith sera promis à une très brillante carrière.

Peut-être un jour sera-t-il le premier Secrétaire d’Etat venant d’Asie ?

C’est le Pape lui-même qui nous a donné la clé lors de l’audience du mercredi 11 octobre.

Il a invité les catholiques au « courage de la détermination », ayant exprimé sa conviction selon laquelle le dialogue avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne ne devait pas faire oublier le devoir d’affirmer son identité.

Le discours de Benoit XVI se veut une attaque en règle contre les Lumières et le fameux « relativisme », devenu sa bête noire depuis son discours d’ouverture du Conclave.

Le Pape entend bien poursuivre un combat. Qu’il n’est pas difficile d’identifier.

Les évènements de ce Pontificat n’ont rien d’anecdotique.

Mgr Fellay a été réélu en juillet dernier à la tête de la Fraternité Pie X .

Sa première lettre adressée à ses fidèles, annonçant un projet ambitieux (sic), présente ainsi ce qui peut être considéré comme ses priorités : « ... Dans cette même ligne, il (le Chapitre) me charge de vous communiquer un projet ambitieux : La Fraternité a l’intention de présenter au Souverain Pontife un bouquet spirituel d’un million de chapelets pour la fin du mois d’octobre, le mois du Rosaire. Les chapelets seront récités aux intentions suivantes :

1. Obtenir du Ciel pour le pape Benoît XVI la force nécessaire afin qu’il libère totalement la sainte messe de toujours dite saint Pie V ;

2. Pour le retour de la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ.

3. Pour le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

C’est donc à une véritable croisade du Rosaire que nous vous appelons... »

Voilà donc, telles qu’elles sont été exprimées lors de son Chapitre de juillet 2006, les grandes préoccupations actuelles de la Fraternité. Le tout, offert au pape avec un gros, un énorme bouquet de rosaires, qui tient à la fois de la croisade et de la pétition. Il est donc intéressant d’examiner ces préoccupations, plus particulièrement la deuxième qui nous paraît être la plus révélatrice du cœur théologique de l’intégrisme catholique.

Car la première demande, la libération totale de la messe « dite » de Pie V, est bien connue, trop connue même, car c’est l’arbre qui cache la forêt. Comment, d’ailleurs, peut-elle être appelée « la messe de toujours », ne serait-ce que par respect pour la liturgie des quinze siècles qui l’ont précédée ? Passons, nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir.

Quant au troisième objet de la demande, elle est suffisamment obscure pour que nous en soyons réduits à des questions : que peut bien être « le triomphe du Cœur Immaculé de Marie » ? Triomphe sur qui ? sur quoi ? sur le matérialisme ? sur le démon ? sur le modernisme ? sur les mauvais chrétiens qui aiment bien la messe en français ? Et pourquoi seulement le Cœur ? Avec ce Rosaire, les fidèles sont invités à s’adresser à Marie pour lui demander, entre autres, le triomphe de son Cœur, en récitant des « Je vous salue, Marie... » où il n’en est nulle part question.

D’ailleurs Marie, dans l’Evangile, n’apparaît nulle part triomphante, ce n’est pas son genre... Elle exulte, mais c’est Dieu qui triomphe, des puissants et des riches...

Dans l’attente d’éclaircissements qui ne manqueront pas de venir, passons à la revendication la plus intéressante des tradis de Pie X et qui, elle, n’est pas du tout obscure : Les membres de Pie X souhaitent le retour de la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ.

La Royauté de Jésus !...  ? ? ?

Sur elle, l’Evangile n’est pas particulièrement bavard. La seule fois où la foule a voulu faire de Jésus un roi, il a fui. Son seul moment triomphal fut l’entrée à Jérusalem, mais c’était sur un âne, monture généralement assez peu « royale ».

Il n’a été appelé « roi » qu’une seule fois et c’était plus ou moins par dérision, sur la Croix, ce qui provoqua d’ailleurs une polémique entre les prêtres juifs et le romain Pilate.

Quitte à faire accuser Golias de fondamentalisme, (ce qui ne manquerait pas de sel) nous tenons tout de même, de temps en temps, à remonter aux textes qui fondent notre foi. Même la Tradition ne saurait les oublier.

La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ.

La Royauté de Jésus, pour les tradis de Pie X, doit être sociale, le mot a son importance. Il ne s’agit pas d’une royauté spirituelle, surnaturelle, mystique, que des croyants reconnaîtraient à leur sauveur sur leur vie personnelle. Dans ce cas, elle pourrait se comprendre et ne regarderait qu’eux seuls. Non, il s’agit bien d’une royauté sociale, qui concerne donc toute notre société, la société civile, celle de vous, de moi, de Madame Tartempion et de Monsieur Machin, celle des chrétiens, des croyants autres, et aussi celle des non-croyants. Cette royauté s’imposerait donc à tout le monde...

Merci beaucoup aux « intégristes » de montrer ainsi le bout du nez de leurs convictions au discret parfum de théocratie. Cette royauté sociale s’affirme comme un refus de la laïcité et la démocratie, piliers actuels de notre société. Le pouvoir civil, selon eux, ne peut avoir de légitimité, et donc d’autorité contraignante, que dans sa soumission à la loi de Dieu.

Dieu, pourtant, a choisi de rester toujours discret et ne vient jamais s’expliquer à la télévision. Ce sont donc ses clercs qui seraient chargés d’interpréter sa volonté...

Seulement, cette revendication qui n’est pas du tout neutre politiquement pose quelques petits problèmes.

Les Catholiques, pour imposer la royauté sociale de Jésus, ne sont plus majoritaires, et de plus beaucoup d’entre eux, heureusement, ne la souhaitent pas. La sécularisation et « l’esprit républicain » ont fait leur chemin dans la foi de beaucoup de chrétiens d’aujourd’hui en France.

Mais, surtout, il y a « les autres », (l’enfer ?) qui ne sont pas croyants et qui risquent de ne pas apprécier cette soumission sociale à un Dieu dont ils contestent l’existence.

Le problème est encore compliqué par la présence sur notre terre de tradition catholique d’un nombre important de croyants d’autres religions, et en premier lieu de l’Islam.

Comment, au nom de l’égalité des citoyens, pourrait-on accorder aux uns ce qu’on refuserait aux autres ? D’autant que les musulmans, par leur Tradition aussi, sont moins portés à faire la distinction entre le social - politique et le religieux. Pour eux aussi Dieu est un Absolu et a une « Volonté », et un certain nombre d’entre eux pense que seule sa loi, la charria, est légitime dans la société (c’est la forme musulmane de la royauté sociale de Dieu !).

L’expérience faite dans certains pays musulmans montre les limites de ces formes de théocratie et renforce encore, chez beaucoup de citoyens, y compris chez des musulmans, le rejet de cette intrusion directe du religieux dans le fonctionnement des sociétés humaines. Qui peut bien rêver d’une France catholique fonctionnant sur le modèle de l’Iran ou de l’Afghanistan des Talibans, même avec des formes différentes pour des raisons d’héritage historique (de tradition !).

Dans notre Europe d’hier, les dictatures de Salazar et de Franco, où Dieu et ses clercs étaient en bonne place, n’ont pas laissé que de bons souvenirs...

Les difficultés pour l’instauration du Règne social du Christ rendent donc vaines les espérances des tradis. Il n’y a pas, au moins pour le moment, de risque politique de ce côté-là. Ces difficultés sont amplifiées par les divergences à l’intérieur même de ce monde tradi. Qui va être en capacité de dire ce que Dieu veut exactement ? La référence à un même Dieu n’a jamais été un gage de paix sociale...

Comment dans de telles conditions et devant tant de barrages, Mgr Fellay peut-il, sans se ridiculiser, vu la minorité qu’il représente, réclamer la Royauté sociale de NSJC ?

Faire des catholiques des croisés.

Ce que vise en réalité le patron de la fraternité Pie X et, à travers lui, ses groupes tradis, c’est de faire de tous les chrétiens des « croisés du Christ-Roi », menant combat contre l’IVG, la contraception, la laïcité, la liberté d’expression, la « liberté » de la femme, l’homosexualité, la liberté de penser, l’œcuménisme, le respect de toutes les religions...Et tout cela au nom de Dieu.

On connaît la position des tradis sur ces sujets et on a déjà vu leurs commandos à l’œuvre. Faussement naïfs, ils posent la question, surtout en période électorale : quel est le parti qui défend le mieux ces valeurs d’une société humblement soumise à son Dieu - Roi ? Suivez mon regard qui se dirige vers l’extrémité de ma droite...

Marginalisés dans une Fraternité qui reste confinée dans ses prieurés, ses écoles et ses églises squattées, les disciples de Mgr Lefebvre veulent revenir dans l’Eglise pour en faire la citadelle de la reconquête cléricale du monde. Tous espèrent beaucoup dans l’évolution de l’épiscopat et du clergé : Les conciliaires sont en voie d’extinction et les nouvelles générations d’évêques et de prêtres sont davantage proches, au nom de la visibilité de l’Eglise, de certaines de leurs idées. Et ils espèrent beaucoup dans Benoît XVI qui a donné des signes d’intérêt pour certaines de leur positions...

Les chrétiens de France doivent le savoir : le retour de Tradis s’accompagnera de l’arrivée de prêtres (souvent jeunes) qui sous leur soutane transportent une vision très cléricale de l’organisation et de la gestion politique théocratique de notre monde.

Non, décidément, si nous récitons notre chapelet, ce ne sera pas pour demander le retour de la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ.

Nous prions plus à l’aise et agissons aussi pour que les chrétiens, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, construisent une société où l’on puisse retrouver, tant elles sont naturellement et universellement humaines (amour, partage, justice, dignité, égalité des fils d’un même Père...) les valeurs fondamentales de l’Evangile.

La querelle autour de l’interdiction effective de l’usage de l’ancien missel, de sa légitimité et de son opportunité, semble très complexe.

Elle divise liturgistes et canonistes.

Pour certains d’entre eux, le fait que Paul VI ait effectivement promulgué un nouveau missel de remplacement constitue un vraie abrogation de l’ancien. C’est la thèse défendue par exemple par Dom Guy-Marie Oury, liturgiste et théologien du courant de Solesmes (nouvele messe en latin).

Selon d’autres, comme le cardinal de curie Alfons Maria Stickler, l’ancien missel de Pie V n’a jamais été abrogé dans les formes : il reste donc valable encore aujourd’hui.

Certains, comme le défunt Mgr Klaus Gamber, un historien bavarois proche de Joseph Ratzinger, se sont même demandés si le Pape avait seulement le droit d’abolir un rite (de même que le Pape, en bonne théologie, ne saurait, par exemple, supprimer l’épiscopat).

En 1984, pour tenter un rapprochement avec les intégristes, le Pape Jean Paul II avait concédé un indult aux traditionalistes (une autorisation) dans certains cas et avec l’accord de l’évêque du lieu.

Après le schisme de Mgr Lefebvre, Rome avait insisté sur une « application large » de cet indult . Cela valait de façon toute particulière pour des communautés très marquées comme les abbayes bénédictines du Barroux, de Fontgombault ou Randol, ainsi que pour des groupes de prêtres d’un profil analogue comme la fraternité Saint Pierre ou l’Institut du Christ.

Une frange importante de l’épiscopat demeure très hostile à une extension de ce droit.

A la Curie romaine même de très nombreux prélats sont vivement opposés à cette évolution. On sait par exemple que les cardinaux Giovanni Battista Re ou Mario Pompedda combattent vivement la tentative déjà récurrente de mettre sur un pied d’égalité l’ancienne messe et la messe actuelle.

Il est important de souligner que l’opposition à une telle légitimation de la fixation traditionaliste sur les anciens livres liturgiques n’est de loin pas seulement le fait des courants progressistes mais également de bien des prélats d’orientation modérée sinon conservatrice.

En France, ce n’est pas un hasard, c’est l’évêque de Metz, Mgr Pierre Raffin, dominicain de stricte observance, qui est récemment monté au créneau. De même, jadis, Dom Robert LeGal, abbé de Kergonan, devenu depuis archevêque de Toulouse, a -t-il critiqué sévèrement les complaisances du cardinal Ratzinger envers les thèses de Mgr Gamber.

En Italie, l’un des cardinaux les plus hostiles à l’ indult a toujours été Mgr Giacomo Biffi, archevêque ultra-conservateur de Bologne. Ce n’est semble-t-il pas non plus un hasard.

Ironie des choses et des positions, au cours des années soixante dix, la thèse d’une libéralisation de l’ancien messe était plutôt défendue par des théologiens d’avant-garde comme Yves Congar ou Hans Küng. Non en raison de quelque connivence secrète avec leurs contraires mais par esprit de libéralisme.

Ce paradoxe, intéressant à relever, ne saurait nous faire oublier que l’enjeu ultime de l’opposition entre les deux rites est proprement théologique et ne se réduit aucunement à un jeu de contrastes esthétiques ni à une simple querelle de détails.

Nombre de défenseurs de l’ancienne messe, et en particulier les têtes pensantes, comme les hiérarques de la fraternité Saint Pie X, en font une question de principe et de fond. En effet, les textes anciens insistent davantage sur le sacrifice et l’écrasement de l’homme devant Dieu alors que la nouvelle messe se montre plus sensible à la dimension communautaire de repas.

Mgr Marcel Lefebvre réclamait déjà de Paul VI la pleine égalité des deux messes. Le Pape Montini se garda alors de suivre l’avis de son confesseur, le futur cardinal Paolo Dezza qui l’incitait à légiférer en ce sens.

Il se montrait en effet lucide sur la tendance des intégristes à en faire un « drapeau », comme l’écrivit un jour le cardinal croate Franjo Seper.

Trois exemples de notre déception :

D’abord sur la question de la pauvreté , thème central pour le fondateur du Prado, on se demande pourquoi Monseigneur n’a pas cité ces lignes du Véritable Disciple (p 288) : « Et Notre Seigneur exprime très bien en deux mots comment nous devons nous conduire par rapport aux choses de la terre, quand, parlant des rapports des biens qu’il a avec son Père, de cette communauté qui existe entre lui et son Père, il dit : ‘tout ce qui est à moi, est à vous et tout ce qui est à vous est à moi’ (Jn 17,10). Pour entrer dans cette disposition d’esprit, nous devons regarder toute choses comme étant à Dieu et aux pauvres ; nous ne sommes maîtres de rien, propriétaires de rien devant Dieu, nous sommes seulement les économes du bon Dieu et les distributeurs des biens des pauvres » !

C’est cette « première disposition d’âme, ajoute Antoine Chevrier, qui détruit en nous cet esprit de propriété, qui est si opposé à la charité, à la pauvreté, au dévouement et au sacrifice » et qui aurait dû conduire Monseigneur de Lyon à une parole plus claire de solidarité, avec les immigrés par exemple (p 75-76) !

Se rappelle-t-on du symbole fort que constituait la traversée du Rhône pour aller vivre avec les pauvres... C’était un acte plus courageux pour la bonne bourgeoisie catho que de partir en mission au loin !

Qui, aujourd’hui, nous fera « passer aux barbares » ?

Le deuxième point qui nous paraît déficient dans cette lettre concerne la lecture de la Bible dont on sait que l’archevêque de Lyon est un grand apologète. On ne peut que s’en réjouir, mais de quelle lecture s’agit-il ? Il semble qu’on en reste au cœur à cœur (et au par cœur !) dans la prière (Cf. p 47 !). Nulle trace de la nécessité d’une étude au sens moderne du mot alors même que nous sommes invités à lire le texte de près pour en « saisir la pédagogie » (p 50). « Il faut étudier l’Evangile, précise même notre épiscope, mais ce n’est pas un travail purement intellectuel ou rationnel » (p 53).

Certes, mais est-ce une raison pour négliger les études bibliques, surtout à Lyon : les chercheurs en critique textuelle ou en sémiotique, deux disciplines fortement enracinées à l’université catholique, apprécieront !

Enfin, il nous faut aborder la question la prière " pour les vocations " . Nous ne pouvons qu’être en accord avec l’archevêque de Lyon quand il se situe dans la ligne du concile qui a « remis en valeur le sacerdoce commun des fidèles » (p 58) et qu’il rappelle l’impératif du Christ (p 89) mais rien n’est dit sur le type de vocations pour lesquelles nous devons prier.

Il semble que ce soit pour les prêtres tels que nous les connaissons, mâles et célibataires à vie...

Cette prière pour les vocations enfermera-t-elle Dieu dans nos carcans et notre Eglise sera-t-elle assez libre pour susciter d’autres types de ministères pour « distribuer les biens du Père » (p 90) ?

Prier ou faire l’éloge des diacres ou des laïcs en responsabilité suffit-il à résoudre la dramatique absence de ministres ordonnés ?

« Avance au large » ! C’était l’ordre de Jésus à Pierre, rappelé par Jean Paul II à l’aube du troisième millénaire.

Mais qui tiendra la barre pour nous emmener vers les eaux profondes. Comme nous aurions aimé, en cette année de la Mission pour le Diocèse de Lyon, et à l’occasion d’une lettre sur l’héritage du Prado, que Mgr Barbarin méditât le douloureux mais passionnant ministère des Prêtres Ouvriers... Leur itinéraire est peut être trop dérangeant !

S’il est bien sûr trop tôt pour dresser un bilan de cette Année de la Mission, le cardinal Barbarin aurait cependant pu nous dire les fruits que le diocèse a retirés du Synode de 1993.

Comment et pourquoi donc l’Eglise est-elle « ébranlée dans son espérance » (p 19) ? On ne le saura pas puisque « nous n’avons pas à faire de bilan » (p 20), puisque « la question qui nous est posée n’est ni quantitative, ni de l’ordre du visible. Elle est d’une autre nature : y a-t-il de l’amour dans notre Eglise ? »(Id)

Voilà qui va rendre le discernement difficile. Mais au fait, ça sert à quoi une lettre pastorale...

Né en 1933, ancien professeur de théologie sacramentaire, le cardinal de Bruxelles s’impose de plus en plus comme un champion de l’aile libérale modérée de l’Eglise.

En 2005, il fait figure de papabile même si désormais sa ligne ne recueille l’adhésion que d’un petit nombre de cardinaux. Homme de consensus et de compromis, timide malgré tout, il sait conquérir les esprits et les coeurs par un style de prédication très serein et souvent lumineux. Grand travailleur, homme austère, levé très tôt le matin, il fignole ses textes et leur donne cette touche si positive qui convaint. En même temps, ce bourreau de travail est estimé de tous pour ses capacités de synthèse.

En 1985, Jean Paul II lui avait d’ailleurs confié le rapport du synode des évêques censé commémorer les vingt ans de la clôture du Concile Vatican II. A plusieurs reprises, le nom de Mgr Danneels était avancé pour un poste romain, y compris en 1990 la charge de Secrétaire d’Etat.

L’aile conservatrice de la curie lui voue depuis toujours une certaine hostilité, renforcée depuis le début des années quatre-vingt dix en raison des mauvaises relations entretenues avec le Nonce, Mgr Giovanni Moretti. En effet, le cardinal Danneels, un peu comme le cardinal Bernardin au Etats Unis, entend surtout rassembler tous les catholiques de Belgique autour d’un dénominateur commun. Rome souhaiterait davantage de fermeté dans les mises au point théologiques, surtout en morale. D’aucuns font grief au cardinal de ne pas vraiment avoir opposé de résistance à l’évolution des moeurs en Belgique, de « ménager la chèvre et le chou ». Et aussi d’avoir laissé faire sans opposer de limites...

On estime généralement à Rome que Benoît XVI ne serait pas fâché de voir le cardinal quitter son poste. Le grand favori pour sa succession demeure Mgr André-Mutien Léonard, 66 ans, évêque de Namur, un conservateur dur, critiqué également pour son attitude humaine. Mgr Léonard se veut proche du cardinal Ratzinger. Les deux hommes s’inscrivent dans le même courant théologique « Communio ». Mgr Léonard est plus que contesté dans l’Eglise de Belgique. Son éventuelle nomination susciterait de très fortes réactions d’hostilité. Golias reviendra d’ici peu sur ce curieux personnage à partir du livre d’entretiens récent de l’évêque de Namur.

Au cas où la désignation souhaitée par le Pape de Mgr Léonard devrait échouer, un excellent candidat de substitution se trouve en lice : Mgr Guy Harpigny, 58 ans, évêque de Tournai. Ce dernier partage sur le fond les idées de Mgr Léonard. D’un tempérament plus light, il susciterait cependant moins d’opposition.

Un troisième nom revient désormais : celui de Mgr Johan Bonny, 51 ans, recteur du Collège belge de Rome et fonctionnaire du secrétariat pour l’unité des chrétiens. Mgr Bonny se montrerait sans nul doute fort loyal avec Rome mais sans surenchère conservatrice.

Cette nomination pourrait échouer car Mgr Bonny est également cité comme président du conseil pontifical pour l’unité des chrétiens (en même temps qu’un Nonce suisse, en poste en Roumanie, Mgr Jean-Claude Périsset, 67 ans, que l’on dit personnellement proche de Joseph Ratzinger).

Les catholiques d’ouverture, en Belgique, se défient un peu de ces trois candidats en proue. Ils misent encore sur Mgr Joseph de Kezel, 59 ans, actuellement auxiliaire de Danneels et réputé progressiste. En fait, flamand, ce dernier aurait peu de chances de remplacer un autre flamand à Bruxelles, Mgr Danneels.

Par contre, Mgr de Kezel pourrait reprendre le siège épiscopal d’Anvers vacant également dans deux ans. Il faut savoir que, selon l’usage, et pour respecter les citoyens des diverses zones linguistiques, une certaine alternance entre un wallon et un flamand semble de mise pour Bruxelles. Ce qui favorise à nouveau Mgr Léonard. Ce qui serait une catastrophe. L’homme ne vient-il pas de dénoncer à Rome le travail du Centre de bioéthique de l’Université catholique de Louvain la Neuve.

Le Père Kurt Gumpel, jésuite allemand, postulateur et très chaud partisan de la cause a beau dénoncer une légende noire, les historiens les plus sérieux (Giovanni Sale, Philippe Chenaux, Giovanni Miccoli, Ferdinand Desmurs), dans des ouvrages publiés ces dernières années, mettent en lumière des zones d’ombre, si l’on peut dire.

Toutefois ; il semblerait qu’une affaire vienne à présent rendre plus délicate la possible béatification de Pie XII.

En effet, le Pape Pacelli n’aurait pas davantage dénoncé les massacres d’italiens perpétrés en 1945 par Tito, près de Trieste. Ignazio Ingrao a soulevé le lièvre dans l’hebdomadaire “Panorama” du 13 juillet dernier.

Dans les Archives Secrètes du Vatican, se trouve un fond de documents jusqu’à présents inédits, relatifs à cette question. Or, certains documents sans équivoque possible sur l’atrocité des évènements portent la mention “vsp” qui atteste que Pie XII était bien au courant de ce qui était arrivé et arrivait. Cette mention veut dire en effet “visto dal Santo Padre” et lorsqu’on connait la minutie scrupuleuse de Pacelli il est impensable qu’elle puisse figurer sans correspondre à rien d’effectif. Ces documents ont été étudiés par le Père Giovanni Sale, un historien très connu de seulement quarante-huit ans, rédacteur à la “Civiltà cattolica”. Pour le Père Sale, ces documents sont de première importance. lls rendent compte de manière très détaillée de ce qui s’est passé juste après la libération de Trieste, le premier mai 1945. Des milliers d’italiens furent massacrés par l’armée de Tito et par les partisans yougoslaves qui ont occupé cette région avec l’intention de l’annexer à la nouvelle République socialiste de Yougoslavie dont un grand nombre fut jeté dans des fosses.

Les historiens spécialistes de cette période, tel Raoul Pupo parlent de 600 à 700 victimes des troupes de Tito en 1943 mais de pas moins de dix mille personnes arrêtées, dont un très grand nombre d’italiens. Près de quatre mille ne retournèrent pas chez eux et furent donc massacrées. Nous savons désormais que la Secrétairerie d’Etat avait été informée de cette épouvantable tragédie. La hiérarchie épiscopale de Vénétie, en particulier le cardinal Adeodato (comme le fils de Saint Augustin) Giovanni Piazza, patriarche de Venise et Mgr Antonio Santin, évêque de Trieste , implora en vain une intervention papale. Qui se fit attendre.

Ce silence du Souverain Pontife semble vraiment bien difficile à légitimer. Certes, au bout d’un certain temps, la Secrétairerie d’Etat demanda-t-elle aux alliés de faire leur possible pour sauver la vie de si nombreux malheureux.

Dans une allocution au Collège cardinalice du 2 juin 1945, il est fait référence à la triste situation en Slovénie et en Croatie. Toutefois, Eugenio Pacelli n’a pas dénoncé cet épouvantable massacre de Trieste. Pour une raison facile à comprendre, qui explique mais bien entendu ne justifie en rien : La crainte d’une déferlante communiste qui menacerait d’autant plus directement le Vatican et les catholiques que le Pape aurait dénoncé de telles exactions.

Andrea Riccardi, historien laïc proche du Vatican, cherche ainsi à disculper au moins en partie le Pape Pie XII : “ l’avancée communiste était à peine commencée et elle mettait déjà en péril la survie de l’Eglise”.

Dans un même but apologétique, le Père Giovanni Sale, pourtant souvent assez critique à l’égard de Pie XII, argumente en ces termes : “ les nouvelles parvenaient souvent au Vatican des semaines après que les évènements avaient eu lieu et alors que la situation politique avait changé. Il est donc compréhensible que le Pape ait hésité à prendre des positions qui pouvaient s’avérer contre-productives ou tardives ”.

Raoul Pupo se montre bien plus critique. Il oppose d’abord l’attitude courageuse du clergé local et celle très frileuse du Vatican. Le débat semble loin d’être clos.

L’opportunité d’une prochaine béatification de Pie XII se trouve néanmoins de plus en plus discutée.

Je me suis dit, pardonne-moi, lecteur, que pour écrire cela, il fallait l’avoir éprouvé... Tant mieux si c’est le cas ; mais alors pourquoi ne pas le dire et l’interdire à ses troupes ecclésiastiques ?

Mais c’est d’un autre passage de cette-même encyclique que je voulais vous entretenir, parce qu’il s’y trouve un texte fondateur de l’Eglise et qu’il me semble biaisé par Benoît XVI. Ce texte, rapporté au paragraphe 21 de l’encyclique, c’est le verset 4 du chapitre 6 des Actes des Apôtres :

« Quant à nous, (apôtres), nous resterons assidus à la prière et au service de la parole »

Dans un article dont la première partie est parue au n° 102 de Golias, sur le « Lien social », j’ai expliqué longuement que Jésus avait institué l’Eucharistie au cours de sa Pâque. Me référant à ce qu’était la Pâque juive, décrite minutieusement dans l’Exode. Je voulais par là démontrer que ce n’est pas aux seuls apôtres qu’avait été dévolu le « pouvoir de faire l’Eucharistie », mais aux personnes présentes : les disciples, et pas seulement les 12 apôtres.

Les disciples présents, étaient hommes, mais aussi femmes et enfants, car la famille accueillante ne pouvait, au mépris de la Loi de l’Exode et de la loi de la politesse, avoir été exclue de ce dernier repas par Jésus lui-même, et n’avoir pas été récipiendaire du « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Ce texte du n° 102 rappelait aussi que la coutume de la primitive Eglise était de « rompre le pain » i.e . de « faire l’Eucharistie » « dans les maisons », et que l’animateur, le responsable de la communauté pouvait être homme ou femme, cf. Lydia à Thessalonique : (Act.16/11-15).

Disons au passage que Jean Paul II déclarant qu’une femme ne pouvait être «  prêtre  », suivait donc, non la coutume de la primitive Eglise, mais une vieille habitude des sociétés machistes dont l’Eglise reste, à notre grand désespoir, l’un des derniers bastions.

Ce texte du n° 102 rapportait enfin, c’est ici notre point litigieux avec l’encyclique, la décision de Pierre de ne pas disperser les Apôtres dans ces multiples tâches : direction et répartition des aides, pour qu’ils se consacrent à ce qu’il estimait être l’essentiel (Act.6/4) :« Quant à nous, (apôtres) nous resterons assidus à la prière et au service de la parole ».

Ce passage des Actes me paraît biaisé par Benoît XVI dans son encyclique «  Dieu est Amour  ». Il présente ainsi ce texte des Actes :6 /4 :

« Les Apôtres auxquels était avant tout confié la « prière » : (Eucharistie et Liturgie) et le « service de la Parole » se sentaient pris de manière excessive par le « service des tables »

Le Pape donne au terme «  prière  » le sens de «  Eucharistie et Liturgie  »

Il veut garder aux 12 apôtres seuls le « pouvoir » de l’Eucharistie, du « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Il ignore ce que fut certainement la Cène, dernier repas de Jésus ; il est en contradiction flagrante avec la pratique de l’Eglise apostolique. Les Actes des apôtres nous présentent de nombreuses fois la « fraction du pain » faite « dans les maisons ». C’était donc, comme pour la Pâque de Jésus, en famille que se faisait l’Eucharistie : ( Lydia de Thessalonique en est un exemple), sous la présidence de la ’matris familiae’, ou du ’patris familiae’, ceux qui, vers le Vème, siècle deviendrons les « prêtres » après avoir été les « presbuteroi » ou « anciens »

Enfin, est-il permis de faire remarquer à un éminent théologien que l’Eucharistie n’est pas une « prière », mais le rappel, le « mémorial », la mémoire de l’engagement de Jésus dans sa mission jusqu’à l’extrême..

On peut donc reprocher à Benoît XVI de glisser sa propre interprétation, ad usum Delphini, i.e. en faveur de son interprétation du pouvoir des prêtres.

Il est vrai que le clergé se voit contraint de laisser petit à petit nombre des prérogatives qu’il s’attribuait puisqu’il ne peut plus être partout. Mais il essaie de se garder ce qui, au cours des siècles, était devenu, par les avatars de la théologie catholique la maîtrise entre ses mains sacrées : l’Eucharistie.

Benoît XVI veut défendre ce pré-carré en insérant dans le texte de l’encyclique son interprétation du mot «  prière  » : Eucharistie et Liturgie.

Il faut reconnaître que la liturgie a déjà glissé des mains du clergé : obsèques, baptêmes, sacrement des malades sont menés par des baptisés. Le baptême, de tout temps du reste, puisque tout baptisé peut en cas de nécessité donner le sacrement du baptême, et la confession des péchés depuis l’apôtre Jacques - Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris - (JC. 5/16).

Restait l’Eucharistie. Si même l’Eucharistie lui échappe, que restera-t-il au clergé ?

Eh bien, la plus importante des choses qui soit : la prière , dont il est souhaitable que tout baptisé se charge aussi, et la parole , i.e. l’enseignement de l’Evangile. Que cet enseignement soit fait par la parole au moins, mais il n’est pas interdit au clergé d’enseigner par l’exemple.

Le premier exemple ne serait-il pas de bien expliquer les textes, sans les biaiser pour les détourner au profit de sa propre caste ?

Oriana Fallaci, bien qu’entretenant un rapport très complexe, de « haine-amour » avec le catholicisme, s’était rapproché sur un certain nombre de points de l’aile conservatrice de la hiérarchie catholique.

Par l’intermédiaire de Mgr Rino Fisichella, évêque auxiliaire de Rome et Recteur du Latran, elle s’était liée au cardinal Camillo Ruini, Vicaire de Rome, et, semble-t-il, les deux protagonistes s’étaient réjoints sur un diagnostic et une évaluation très sévère de l’Islam. Sur ce point comme sur d’autres, Oriana Fallaci avait également eu l’occasion d’échanger avec Benoît XVI lors d’une récente audience qui lui fut accordée.

Né en 1929, journaliste de talent, Oriana se présentait comme une figure irréductible et dérangeante. D’une vive intelligence, elle cultivait à dessein un caractère redoutable. Elle vient de nous quitter.

En apparence, l’esprit outrancier de ses diatribes féroces contre l’Islam semble avoir inspiré quelqu’un d’autre, il y a peu.

Un processus s’est enclenché. Les timides regrets émis par le Pontife dimanche ne suffiront sans doute pas à apaiser la tempête.

Sur le fond, on reste confondu par les propos du Pape. Ce dernier, en effet, n’est pas simplement un universitaire engagé dans des controverses intellectuelles mais un chef d’état et un leader mondial.

Sa parole doit contribuer à faire régner la justice et la paix. Il est entouré de diplomates et d’experts fort compétents. Les textes lus ne sont pas le fruit d’une simple lubie du moment ou des coups de tête. On doit d’autant plus déplorer l’inconscience véritable du Pontife romain dans cette affaire.

En outre, d’un point de vue universitaire, les propos simplificateurs et injustes de Joseph Ratzinger ne sont pas davantage acceptables. En effet, on serait en droit d’attendre d’un intellectuel aussi prestigieux une analyse circonstanciée et nuancée, soucieuse d’honorer les contrastes et de ne pas se prononcer de façon globale.

Il est assez sidérant de voir que Joseph Ratzinger traite l’Islam en bloc alors que l’Islam se constitue de mondes très composites.

En réalité, si l’eau déborde désormais du vase, et si cet épisode n’a rien d’une pauvre goutte, il convient de situer ce qui d’aucune manière ne peut relever d’un dérapage maladroit et excusable, dans un contexte qui lui donne sa portée et son sens.

D’autant que l’inexpérience du pape est apparue au grand jour et ne manque pas d’inquiéter les chancelleries. Le Pape Benoît XVI ne laisse rien au hasard. Il reste fidèle à sa vision des choses, à une théologie intransigeante et à une perspective de restauration et de reconquête, qui se déploie aussi bien à l’intérieur de l’Eglise qu’au dehors.

Le Pape actuel semble rompre avec le style ouvert, mais lucide, de dialogue interreligieux poursuivi et intensifié par son prédécesseur. Une conviction de fond semble surtout l’animer : faire triompher la Vérité catholique plutôt que chercher ensemble avec d’autres croyants et non-croyants, un avenir plus humain.

En ce sens, il tourne le dos aux textes du Concile Vatican II, sur la liberté religieuse (tout homme de bonne volonté et de quelque tradition religieuse dont il se réclame est détenteur d’une parcelle de vérité dans sa quête de Dieu).

Une orientation conciliaire qui reste encore à l’heure actuelle une véritable pomme de discorde au sein de l’Eglise catholique et qui aboutira - entre autres - à la condamnation de nombreux théologiens de l’inculturation et au schisme avec les intégristes de Mgr Lefebvre dont Benoït XVI souhaite aujourd’hui la réintégration.

D’ailleurs dans le texte « Dominus Jesus » portant sur le dialogue interreligieux que, l’alors patron de l’orthodoxie romaine, Joseph Ratzinger, avait rédigé pour feu le pape Jean Paul II , à l’occasion du jubilé de l’an 2000, l’architecture doctrinale et théologique du futur pape est d’une grande clarté : en dehors de l’Eglise catholique, pas de salut ! les autres religions étant sur le chemin de la Vérité...

Or, le Pape Benoît XVI, moins médiatique que son prédécesseur, ne semble pas moins déterminé. Bien au contraire, il cultive pour l’Eglise un projet vaste et fort ambitieux de renouveau...mais dans le sens le plus intégraliste possible.

Certes, il serait également simpliste de voir en lui un intégriste au sens habituel du terme, un pur nostalgique du passé. La théologie personnelle de Joseph Ratzinger résiste à l’évidence à toute tentative de la réduire à une option idéologique. En même temps, Benoît XVI se veut un Pape de reconquête du terrain perdu. Pour lui, le dogme catholique est la Vérité, point final, aux côtés de laquelle nulle autre vérité ne saurait s’imposer comme alternative ou comme concurrente, ni même comme complémentaire ou seulement différente.

Les choix de l’actuel Pontificat, qui prennent de plus en plus forme, trahissent à leur manière cette orientation de fond, cette intention foncière. Le Pape souhaite le triomphe de la Vérité catholique ; pour lui, le dialogue ne constitue aucunement une fin en soi ; il peut seulement parfois éventuellement constituer un moyen toléré, s’il se révèle stratégiquement porteur. On se souvient des réticences de celui qui n’était encore que le cardinal Ratzinger face à la réunion des religions à Assise en 1986, voulue par Jean Paul II.

Le grand péril, selon Joseph Ratzinger, réside en un nivellement des religions. Pour lui, l’ennemi principal, répétons-le, est le relativisme, à savoir la tendance à relativiser toute prétention à une vérité définitive et absolue.

L’esprit des lumières serait grandement responsable d’une situation actuelle déplorée par le Pape, dont l’homme, amputé de sa dimension religieuse, ferait aujourd’hui les frais, et dont l’Eglise, détentrice de la vérité, paierait la note.

Ses récentes déclarations à propos du vingtième anniversaire des réunions interreligieuses d’Assise vont dans ce sens. Benoît XVI pourrait donc se définir surtout comme intransigeant. Ce qui le rapproche véritablement du courant le plus intégriste du catholicisme.

Qui oserait prétendre que la reconnaissance toute récente par Rome d’un quarteron d’ex-sectateurs de Mgr Lefebvre, avec l’octroi d’un statut juridique en or, relève seulement d’une volonté romaine d’accueil et non d’une connivence profonde de pensée et de stratégie ?

Revenons-en à l’intervention de Benoît XVI à Ratisbonne . Pour Joseph Ratzinger, seul le christianisme authentique réconcilie harmonieusement la foi et la raison. La faute du monde moderne est de sacrifier le sens religieux à un rationalisme aveugle et inhumain.

L’Islam, au contraire, célébrerait un Dieu à la volonté arbitraire souvent cruelle, au mépris du respect de la raison. En ce sens, le propos de Benoît XVI se veut éminemment apologétique : il s’agit, comme dans l’Eglise d’il y a cinquante ans et plus, d’établir que le christianisme est la vraie religion et que le catholicisme est le christianisme véritable.

Il convient de rappeler au pape théologien les travaux d’un certain Ibn Rusd qui furent tellement important pour l’Occident chrétien que c’est son nom latinisé qui nous est connu : Averroès. Or cet intellectuel musulman essaya justement d’interpréter le Coran à l’aide de la philosophie et Saint Thomas n’aurait jamais connu Aristote sans lui ! On pourrait aussi parler de l’apport d’Ibn Sînâ, appelé aussi Avicenne, en médecine !

On n’imagine donc pas que le pape puisse ignorer cette culture arabo-musulmane qui a su relire et traduire les grecs mais aussi les perses et les indiens à la lumière du Coran. Benoît XVI est donc, en un sens figuré, animé d’un esprit de croisade. Une croisade pour le triomphe de la vérité catholique ; une croisade contre les moeurs trop libres, les opinions trop discutées ; une croisade qui ne fera pas couler le sang mais qui pourrait finir par broyer les consciences.

Le réquisitoire finalement emprunté contre l’islam n’a donc rien d’un faux pas de clerc, d’une maladresse d’intellectuel peu diplomate.

Il participe, soulignons-le à nouveau, d’une attitude d’ensemble, d’une posture intransigeante, à la fois défensive et offensive. Bref, d’un grand combat que le pape régnant a débuté en éliminant rapidement de l’organigramme du Vatican le président (anglais) du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Mgr Fitzgerald, missionnaire Père Blanc, le meilleur connaisseur de l’Islam dans l’Eglise catholique, suspect d’une trop grande ouverture avec la religion de Mahomet.

Sa tête est tombée dans la plus grande discrétion, au nom de la croisade contre le relativisme religieux. Au-delà pourtant d’une querelle très significative, le spécialiste des religions serait bien inspiré de reconstituer le projet d’ensemble, de discerner le fil du collier qui donne sa cohérence à la juxtaposition des perles. En l’occurrence, la mise en oeuvre patiente mais inlassable d’une restauration conservatrice du catholicisme le plus intransigeant.

Les discours et les initiatives de Benoît XVI deviennent inintelligibles dès que l’on perd de vue ce dessein foncier qui les supporte. C’est pourquoi, un engagement renouvelé contre toutes les formes de fanatisme, transversales aux religions et aux idéologies, une volonté de résistance à ce qui enchaîne l’homme ou lui apprend à haïr son semblable, serait-ce au nom de Dieu ou d’une vérité intangible, une vraie laïcité qui assure une vraie liberté, constituent aujourd’hui des enjeux décisifs.

L’enjeu dernier d’une telle affaire, bien au-delà des simples risques liés à la conjoncture explosive, a été exprimé déjà fort justement dans le passé par Paul Ricoeur en ces termes :

la tolérance n’est pas une concession que je fais à l’autre mais la reconnaissance de principe qu’une part de la vérité m’échappe". Cette irréductible part de l’autre. C’est à cause d’elle que nous refuserons toujours tout dogmatisme et toute vision intransigeante.

Et que toute croisade est toujours un blasphème.

L’ Argentine se trouve à une période de complète mutation. Le nouveau climat établi par le gouvernement Kirchner au sujet de la mémoire des horreurs commises durant la dictature favorise une évolution des choses et exige également de la part des évêques un autre positionnement.

Le président Kirchner lui-même a déploré le retard avec lequel l’État a rendu hommage à cet évêque martyr.

Un peu par obligation, pouvant difficilement faire autrement, la hiérarchie catholique a exalté la figure de l’évêque Angelelli mais sans faire le moins du monde référence à l’attitude pleutre, ou complice, de l’immense majorité de l’épiscopat argentin d’alors.

Les évêques de ce pays n’ont pas douté de la thèse officielle d’un accident de voiture. D’ailleurs, à la même époque, la conférence nationale des religieux avait lancé un appel au cardinal Raul Francisco Primatesta, alors président de la conférence épiscopale, pour qu’il intervienne en faveur des religieux persécutés. Ce dernier répondit que les évêques avaient en fait décidé de se montrer « prudents » : « il y a un temps pour parler et un temps pour se taire ».

Revenons un peu en arrière dans le temps. Le 4 août 1976, Mgr Angelelli parcourait son diocèse en voiture en compagnie d’un prêtre, Arturo Pinco. Une 404 blanche fit une queue de poisson à la voiture épiscopale qui quitta la route. On retrouva le corps de l’évêque à 25 mètres de là, avec un coup mortel à la nuque. Aujourd’hui, seule la thèse de l’assassinat s’impose comme crédible. D’ailleurs, quelques jours avant, deux prêtres du diocèse de Mgr Angelelli, Carlos Murias et le français Gabriel Longueville étaient également séquestrés et assassinés. L’évêque était bien conscient des menaces de mort pesant sur lui.

C’est aujourd’hui seulement que l’épiscopat accepte d’évoquer cette mort comme un assassinat. Un reproche est vivement adressé au cardinal jésuite Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires et papabile lors du dernier Conclave. Celui de vouloir à présent blanchir sa conduite de l’époque, quand il était encore supérieur provincial de la Compagnie de Jésus et qu’il entretenait une relation très cordiale avec le chef de marine, Emilio Massera. En tout cas, le Père Bergoglio ne cachait guère son opposition à la ligne jugée progressiste du « Pape noir » de l’époque (le numéro un des jésuites), Pedro Arrupe avec lequel il était en froid.

Il y a quelques années, le soupçon a même pesé sur le Père Bergoglio d’avoir dénoncé deux religieux de son ordre en désaccord avec le gouvernement dictatorial.

Mgr Enrique Angelelli, évêque auxiliaire de Cordoba en 1961 puis évêque de La Rioja en 1968, se trouvait très seul au milieu d’un épiscopat fort conservateur. Ce prélat évangélique rencontrait en particulier une vive hostilité de la part du Nonce Apostolique, Mgr Pio Laghi, aujourd’hui cardinal de Curie, et de certains prélats comme NN SS Tortolo, Laguna et Casaretto. Qui tentèrent de le discréditer auprès de Paul VI lui-même en lui attribuant des positions doctrinalement hérétiques.

Le Pape Montini, mieux renseigné, n ’y porta guère créance et accorda toujours sa confiance à l’évêque martyr.

Au fil des années, l’épiscopat a un peu évolué mais aujourd’hui encore des prélats comme NN SS Estebao Karlic ou surtout Hector Aguer maintiennent un tel cap anti-moderne et politiquement réactionnaire que certaines reconnaissances semblent trop tardives pour être véritablement sincères.

L’honneur perdu de l’Eglise.

Dans les premiers mois, les uns et les autres se demandaient quand enfin le nouveau pontificat allait amorcer des tournants décisifs. Le nouveau Secrétaire d’Etat a été nommé il y a peu en la personne du cardinal Tarcisio Bertone.

Depuis le début du mois de septembre, l’intention restauratrice déjà bien présente se fait plus explicite.

Le huit septembre dernier, Joseph Ratzinger a reçu en audience ad limina les évêques canadiens de l’ Ontario . Toujours aimable dans le ton, le Pape s’est montré d’une sévérité extrême sur le fond, fustigeant la folie de ce monde sans Dieu.

Ce dimanche, en Bavière, c’est une prêche de véritable combat que le Pape a tenue : allant jusqu’au évoquer de manière polémique le thème du Sida, ce qui a énormément choqué (voir "le Panzerkardinal est de retour"). La hache de guerre déjà a demi-déterrée est désormais saisi en pleine main. Contre le relativisme et la modernité toute entière.

Enfin, autre signe très important, la régularisation de la situation des intégristes progresse de jour en jour. Rome vient d’ériger l’Institut Pontifical du Bon Pasteur fondé par l’abbé Philippe Laguérie qui y voit une grande victoire. En définitive, le Pape semble compter sur ces troupes désormais bien accueillies au bercail pour s’associer au combat qu’il mène.

Joseph, l’anti-moderne, nous montre désormais son visage en plein jour.

Le retour du panzerkardinal

La première grand-messe papale de Benoît XVI en sa terre de bavière lui aura permis de donner le ton. D’annoncer les couleurs de cet automne ecclésial qui ne sont pas ternes, c’est le moins que l’on puisse dire. Les fidèles, parfois stupéfaits, ont pu entendre un véritable appel à la croisade contre ce monde occidental où règne le cynisme.

Dans une homélie très politique, Joseph Ratzinger a brandi la hache de guerre. Il entend combattre jusqu’au bout des maux désastreux selon lui :

le relativisme,

la sécularisation,

l’immoralisme, et nous en passons.

Le Cardinal Friedrich Wetter, archevêque de Munich , qui attend la nomination rapide de son successeur, était véritablement décomposé. Il est vrai qu’on pouvait bien comprendre des allusions critiques transparentes à une ligne pastorale que ce modéré n’a pas encouragé mais n’a pas non plus combattu.

Le Souverain Pontife a ainsi regretté que l’Eglise préfère l’activisme social à l’évangélisation. Il l’avait dit sous un mode plus soft dans son encyclique " Deus est caritas ". « L’Eglise n’est pas une ONG. "L’évangélisation doit avoir la priorité ».

Toutefois, c’est son évocation de la tragédie du Sida qui a suscité un véritable scandale.

Pour le Pape, seule la propagation de la foi catholique pourra vaincre celle du virus. " Le sida pourra être combattu en affrontant véritablement ses causes profondes et les malades soignés avec attention et l’amour nécessaire ".

En Espagne, le fin stratège qu’est Benoît XVI s’était bien gardé de tout discours intransigeant. Ce silence fort habile n’avait rien d’un recul sur le fond. Au contraire, une petite retraite passagère permet une nouvelle offensive plus forte.

Nous relevons aussi l’atteinte, tout aussi grave, me semble-t-il, au vrai sens de la tolérance que le Pape entend limiter.

Pour lui, elle " comprend la crainte de Dieu ". Joseph s’est fait mollah.

A quand la réclamation d’une loi contre le blasphème ?

En fait, elle semble traversée par des évolutions contrastées. Comme le reste du monde occidental, la Bavière connaît une certaine érosion de la foi religieuse, surtout perceptible dans la Capitale Munich .

Une ville dont Joseph Ratzinger fut l’archevêque de 1977 à 1981. En outre, même si certains secteurs du catholicisme bavarois demeurent très marqués par des traits assez traditionnels, une évolution interne s’est poursuivi depuis le Concile Vatican II , et en référence à lui, ce qui ne comble pas forcément d’aise l’actuel Souverain Pontife. Un certain de nombre de prêtres et de nombreux fidèles estiment d’ailleurs les positions de Benoît XVI décalées et peu en phase avec le futur.

L’épiscopat de Bavière est partagé entre un courant modéré, regroupant surtout le cardinal de Munich et ses auxiliaires, et un autre plus conservateur, incarné en particulier par les évêques d’ Augsburg et de Ratisbonne (ou Regensburg).

Le cardinal Friedrich Wetter, successeur de Joseph Ratzinger sur le siège de Saint Corbinien depuis 1982, âgé de 78 ans, attend désormais la nomination de son successeur. Trois noms circulent comme ceux des favoris :

Mgr Gerhardt Muller, 59 ans, évêque de Ratisbonne, théologien proche du Pape actuel ; considéré comme un ultra-conservateur très autoritaire il s’est fait remarqué en sanctionnant durement un militant de l’association progressiste « Wir sind die Kirche » ;

Mgr Ludwig Schick, 57 ans, archevêque de Bamberg , jadis auxiliaire de Mgr Dyba à Fulda , conservateur plus pastoral, il devrait mettre un peu d’huile dans les rouages tout en contribuant à l’oeuvre de restauration et de reprise en main ; Mgr Karl Joseph Rauber, 72 ans, espéré par une majorité de Munichois, un homme classique et traditionnel, actuellement Nonce à Bruxelles , fort estimé pourtant de part et d’autre pour son sens de l’écoute et du dialogue, dont il a fait preuve jadis comme représentant du pape en Suisse et qui lui a peut-être coûté une barrette de cardinal et la charge d’un dicastère à la Curie ; une nomination de transition qui pourrait en tout cas satisfaire les uns et les autres.

On évoque encore parfois le nom de deux évêques classés comme conservateurs et qui se trouvent en ascension permanente et croissante : Felix Genn, 56 ans, évêque d’ Essen et Reinhardt Marx, 53 ans, évêque de Trêves . Même si on les considère plutôt comme en réserve pour la succession du cardinal Meisner à Cologne dans quelques années.

L’évêque d’ Augsburg , Mgr Walter Mixa, 65 ans, incarne une ligne bavaroise plutôt traditionaliste. Il a occupé jusqu’il y a quelques mois le siège d’ Eichstätt vacant et qui attend, imminemment sous peu, l’annonce du nom de son nouveau pasteur.

Ce voyage de Joseph Ratzinger, retour aux sources, revêt un caractère autant personnel, sinon folklorique, que strictement ecclésial.

Pourtant, il permettra de mieux cerner quelle sera la politique allemande du Pape, plus autoritaire ou plus en dialogue.

Il s’agit en fait du premier avortement légal pratiqué dans ce pays. En l’occurrence, une enfant violée ! Notons d’ailleurs au passage que le violeur n’a pas été excommunié !

Cette excommunication vitupérée scandalise même ceux qui ne sont pas partisans de l’avortement en général et même ceux qui, dans le cas concerné, estiment qu’il fallait, alors, donner une autre issue à cette tragédie humaine.

C’est notamment le cas du président de l’Ordre des Médecins de la Colombie, le Dr Stevenson Marulanda. Quant au directeur de l’hopital impliqué, un catholique fervent, le Dr Lemus, lui aussi excommunié, il se dit en paix avec sa conscience : « mon rapport avec Dieu a toujours été excellent et peut-être deviendra-t-il encore plus direct suite à cette excommunication ».

Pour situer cette affaire, il faut savoir que l’avortement n’est légal en Colombie que depuis quelques semaines. Et seulement dans certains cas d’exception. Par exemple lorsque l’enfant met en danger la vie de la mère, lorsqu’il est atteint d’une très grave déformation, lorsque la grossesse vient d’un stupre. Cette légalisation est en fait une décision récente de la Cour constitutionnelle. Cette décision suscite un tollé chez les évêques, qui, invoquant un canon (le 1398) du Code de 1983, l’ont déjà condamné en la personne du cardinal Pedro Rubiano Saenz, archevêque de Bogota. Le cardinal a en effet déclaré excommuniés les juges de cette Cour.

Il est d’ailleurs frappant de constater, en surfant sur les sites internet des diocèses d’Amérique du Sud, l’obsession récurrente des prélats de ce continent sur cette question de l’avortement.

Quant à l’injustice, à la misère et à la pauvreté, qui engendrent une promiscuité néfaste qui favorise bien entendu les violences, y compris sexuelles ! ! !

Mieux inspiré, dans le Figaro du 24 août, Alexandre Adller nous livre une analyse autrement plus originale et moins pompeusement moralisatrice, sachant faire la part des choses, et sans absoudre Grass de son silence. Sans le juger coupable, il le déclare néanmoins « irresponsable ».

En outre, et ce point nous semble particulièrement intéressant, Adler reprend à son compte le soupçon de Marcel Reich-Reinicki sur une sorte de nostalgie trouble que continuerait à cultiver Grass, comme d’ailleurs d’autres personnes ayant été liées au nazisme.

A l’évidence, Gunther Grass n’a jamais été un nazi de coeur et il est encore moins un néo-nazi. Pourtant, on peut légitimement s’interroger s’il n’y a pas chez lui un petit frisson qui se déclenche lorsqu’il évoque ce passé lointain mais toujours présent. Une sorte de jouissance ambïgue en quelque sorte. Cette sensation d’avoir été associé à quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Lech Walesa regrette que Gunther Grass n’ait pas, de lui-même, entrepris de renoncer à son titre de citoyen d’honneur de la ville de Gdansk. A cela, Adam Michnik lui rétorque que cette erreur de jeunesse, à situer dans le contexte du moment, n’empêche nullement Grass d’être un ami sincère de la Pologne et du peuple polonais. Il le compare, pour son regret face à cette erreur de jeunesse à Benoît XVI lui-même.

Cette révélation et donc également celle du silence de Gunther Grass ne sauraient nous faire oublier d’une part ses qualités d’écrivain couronnées par le Nobel mais également certains de ses combats pour le coup plus heureux. Avec un Heinrich Böll il a contribué à faire sortir la société allemande d’une sorte de conservatisme figé. Honneur lui en reste rendu. Philip Roth a intitulé l’un de ses meilleurs romans « la tache ».

Que celui qui n’a le sentiment d’aucune tache lui jette donc la première pierre.

La question du rapport entre christianisme et judaïsme semble l’une des plus épineuses qui soient. Un nouveau livre tente d’affronter la problématique. S’il ne s’arme guère du sens des nuances, l’auteur a au moins le mérite d’avancer une thèse, qui donnera à penser et stimulera des recherches ultérieures. Javier Teixidor, professeur émérite au Collège de France, entend remettre sérieusement en cause la thèse généralement admise d’une continuité substantielle entre le judaïsme et le christianisme. Il se situe en opposition frontale avec la position du Cardinal Jean-Marie Lustiger qui tend à absorber quant à lui le judaïsme dans le christianisme.

L’idée fondamentale du Professeur Teixidor est que rien ne justifie véritablement le trait d’union entre ces deux religions, ces deux traditions, sinon une succession chronologique indiscutable. En somme, de façon anachronique et par extrapolation, on en serait venu à constituer de façon tout à fait artificielle une sorte de bloc en fait hétérogène que l’on désigne comme le « judéo-christianisme ».

Dans une vision cette fois prospective, et peut-être utopique, l’ancien professeur estime que seule l’émancipation de la laïcité accomplit en quelque sorte le mouvement interne qui se traverse à la fois le christianisme et le judaïsme. Sans pour autant, bien entendu, les faire fusionner en une sorte de magma indifférencié. En somme, une approche plus pondérée, sans arrogance dogmatique ni revendication territoriale, favoriserait certes non point une rencontre mais du moins un dialogue harmonieux entre ces deux religions, irréductibles l’une à l’autre.

Les analyses de l’auteur se présentent en général comme très stimulantes et au moins intéressantes. Sa thèse de fond sera discutée, car elle est discutable. A notre sens, il faudrait peut-être éviter d’une part les rapprochements hasardeux et orientés mais également de l’autre des césures un peu péremptoires. Certes, le clivage existe mais il y a bien écoulement en partie du judaïsme dans le christianisme ce que néglige un peu le Professeur Teixidor.

Pour autant, nous sommes là en présence d’un des livres les plus passionnants de cette rentrée. Nous aurions tort de faire la fine bouche.

Cette exigence se vérifie tout particulièrement, évidemment, lorsqu’il s’agit des responsabilités les plus importantes. En particulier pour la charge décisive de Secrétaire d’Etat.

Le cardinal Tarcisio Bertone n’a certes pas été choisi par hasard ou par défaut.

Parmi les raisons qui ont pu favorisé ce choix, il faut évoquer en premier lieu l’étroite harmonie de fond, en matière doctrinale, entre le Pape et son nouveau bras droit. Il faut aussi relever leur bonne entente personnelle, puisque Mgr Bertone a été le second très apprécié du cardinal Ratzinger à la congrégation pour la doctrine de la foi.

On sait que de 1979 à 1990, des tensions très fortes ont existé au Vatican, en raison des divergences fréquentes de vue et d’une réelle inimitié personnelle entre Jean Paul II et le cardinal Casaroli.

Des services rendus par le passé peuvent aussi expliquer cette nomination. Au début des années quatre vingt, lors de la révision du code de droit canonique, Joseph Ratzinger, arrivé depuis peu à Rome , s’appuya sur un juriste salésien dont il appréciait la grande rigueur et la courtoisie, Don Tarcisio Bertone.

Quelques années plus tard, il le choisit pour rédiger l’instruction « ex corde ecclesiae » visant à recentrer dans la fidélité à la doctrine catholique - et à la discipline - l’éducation catholique à tous les niveaux. En somme, une arme puissante pour combattre le relativisme trop présent dans les universités et les écoles dont le cardinal Ratzinger estimait qu’elles n’avaient plus de catholique que le nom.

Peu auparavant, Don Tarcisio avait été associé aux tentatives de trouver un accord avec Mgr Lefebvre. Sur ce point aussi, le nouveau secrétaire d’Etat partage les convictions de Benoit XVI.

Plus tard, Jean Paul II apprécia la détermination de l’archevêque Bertone à combattre l’engagement dans la guerre d’ Irak .

Il faut savoir aussi que Joseph Ratzinger n’a pas étudié à Rome et n’a pas été formé à l’école romaine. Il a toujours souhaité être assisté par un conseiller plus familier de cet univers. Il l’a trouvé en Tarcisio Bertone : un ami complémentaire en quelque sorte.

Selon des rumeurs à vérifier, et selon l’usage qui veut qu’à un Conclave on ne vote pas pour soi-même, Joseph Ratzinger aurait hésité entre deux candidats pour remplacer Jean Paul II : le cardinal Ivan Dias et le cardinal Tarcisio Bertone.

En tout cas, il vient de nommer le premier préfet de la Congtrégation pour l’Evangélisation des peuples et le second secrétaire d’Etat.

En fait, les évêques traquent surtout le relativisme : une religion du libre choix, où chacun composerait son menu à sa guise.

Pour Mgr John Nienstedt, évêque de New Ulm , « le relativisme c’est la grande question ». Il s’inquiète et estime que beaucoup de candidats à la prêtrise n’ont pas véritablement confiance dans la vérité objective de la foi et ne peuvent donc pas l’enseigner ni la défendre.

Très positifs, certains prélats sont convaincus que l’image des séminaires en sortira comme très encourageante : « une plus grande confiance dans nos séminaires » estime Mgr Gregory Aymond, évêque d’ Austin (Texas).

Le même évêque est persuadé que beaucoup de professeurs font du bon, du très bon travail.

Dans l’ensemble, les questions sexuelles ont été abordées par les visiteurs avec une certaine discrétion. Avec une exception notable à Mundelein . Deux visiteurs ont posé des questions tout à fait déplacées sur la sexualité des séminaristes, demandant en particulier s’ils se masturbaient. Un type de questionnement qui relève pour le moins du for interne. En fait, les réactions suscitées par ce type d’inquisition a dissuadé par la suite les visiteurs d’être trop indiscrets et d’entrer dans les détails.

C’est pourquoi, en général, les visiteurs ne se sont pas tellement arrêtés non plus à la question de la tendance sexuelle des séminaristes mais ont plutôt insisté sur le fait qu’il fallait respecter l’enseignement officiel de l’Eglise et que chacun, en conscience, devait le suivre fidèlement.

En outre, la nécessité d’un discernement très prudent et très sélectif des candidats a été réaffirmée. Sans pourtant aller jusqu’à préconiser une traque systématique des affectivités de chacun.

En somme, cette visite se veut bien un rappel à l’ordre mais au maillage pas trop serré. De fait, bien des évêques continuent à penser que des gays peuvent devenir prêtres à condition d’avoir acquis une vraie maturité humaine d’ensemble et de bien supporter la continence.

Sur les moyens mis en oeuvre pour une sélection des candidats, outre le jugement des formateurs et les enquêtes d’usage, il n’y pas unanimité.

Des tests psychologiques sont souvent pratiqués mais d’une efficacité douteuse. Sur des questions comme celle de la tendance sexuelle, la sincérité des uns et la curiosité des autres semblent variables selon les lieux. Certains formateurs ont insisté sur le fait que le seul respect de la continence ne constituait pas un critère suffisant d’idonéité et qu’il ne fallait pas trop se focaliser sur ce seul point.

En fait, il y a bien un consensus sur un point : cette visite ne fermera pas définitivement les portes de tous les séminaires aux gays ; elle n’évitera pas davantage des explosions ultérieures car les psychologies évoluent et bien des impondérables échappent aux tests.

Par contre, un avertissement est donné. Rome semble satisfaite : un coup de vis permet au moins d’espérer moins de critiques et d’expériences hasardeuses. L’autorité du Magistère est réaffirmée, également pour les questions disciplinaires et morales.

Au fond, nul ne sera étonné de savoir que certains réussiront toujours à passer entre les mailles du filet, gays ou non.

Rome , d’ailleurs, ne se montre pas trop sourcilleuse en matière d’application : l’exception confirme la règle. Les visiteurs ont surtout redit des principes et fermé la porte à une contestation de la discipline en usage.

Les transgressions individuelles seront plus rares, existeront bien entendu, mais ne serviront plus d’occasion pour une mise en cause de la doctrine. C’est le but escompté par Joseph Ratzinger.

En fait, rien n’est moins certain. Le durcissement favorise un refoulement des problèmes mais n’aide pas à trouver une solution.

En matière aussi délicate, le contournement de la condition humaine telle qu’elle est, ne constitue, certes, pas une garantie. Au contraire, dans le futur, les vrais problèmes finiront pas revenir sur le devant de la scène.

La gestion prédominante de ces questions, mi doctrinaire et mi-pragmatique, à la romaine, permet sans doute dans l’immédiat un relatif apaisement. Pour autant, l’intransigeance n’apporte pas de réponses humainement viables et fécondes.

Tôt ou tard, la formation au sacerdoce et l’essence même du ministère devront y être revus en raison aussi des abcès secrets qui n’ont pas été crevés.

Il aurait ensuite téléphoné à sa femme qu’il devait partir pour ses affaires avant de la rappeler le lendemain, affirmant se trouver en Autriche et que tout allait bien.

Le vendredi 7 juillet, Gianmario Roveraro aurait envoyé du Tessin suisse un fax à son épouse dans lequel il réclame un mandat d’un million d’euros. Reste à savoir pourquoi.

Qu’est-ce qui aura motivé une telle hâte.

Cette question devrait permettre de mieux situer l’ensemble de l’affaire mais également de mieux comprendre l’homme Roveraro. Un personne sans doute d’une limpidité discutable et en contact avec des personnages d’une limpidité plus discutable encore.

Vendredi 21 juillet, autour de onze heures du matin, le corps du financier opusdéiste fut retrouvé sous un pont de l’autoroute reliant Parme à la Spezia , à trente kilomètres de la ville de la Chartreuse.

Il faut dire que l’un de ses trois ravisseurs avait été arrêté la veille par les carabinieri. Ces trois bandits réclamaient une forte rançon en échange de la libération de Roveraro. Face au refus opposé, ils se sont probablement inquiétés et précipités vers cette issue fatale. D’où cette décision prise de tuer Roveraro par un coup de pistolet à la tête, et, détail horrible, de découper le corps à la scie électrique. C’est en effet un cadavre en morceau qui a été découvert.

C’est un homme d’affaire véreux de Parme, Filippo Botteri, 43 ans, qui serait à l’origine de cet enlèvement. Or, ce dernier n’était pas un inconnu pour Roveraro. Les deux hommes ont fait des affaires ensemble. En particulier, une opération financière en 2002 qui avait coûté deux millions et demi d’euros à Botteri, lequel en voulait depuis terriblement à son partenaire qu’il avait d’ailleurs menacé.

Justement, jeudi 20 juillet, Botteri a avoué : « J’ai perdu la tête et je l’ai tué ». En fait, le meurtre a été commis environ une semaine auparavant. Quant à l’enlèvement, il aurait eu lieu dès le 5 au soir. Le coup de téléphone à l’épouse du 6 juillet (voir plus haut) n’aurait été qu’un habile truquage. Dès la veille de ce même jour, le financier finalement occis aurait été déjà enfermé par ses ravisseurs quelque part au milieu des collines de Parme .

Les deux autres protagonistes de l’enlèvement ont été depuis incarcérés. Le motif aurait été non seulement l’appat du gain mais une volonté de se venger. En effet, dans l’affaire évoquée plus haut, Roveraro aurait fort imprudemment impliqué Botteri, avec des conséquences désastreuses pour ce dernier. Un tout petit voile pourrait ainsi être bientôt levé sur les nombreuses opérations financières engageant des sommes considérables, auxquelles ce financier opusdéiste était attaché.

Le porte-parole de la prélature Opus Dei , Giuseppe Corigliano, a exprimé sa peine la plus profonde pour la disparition de ami, financier catholique qui avait fondé Akros , sur lequel nous reviendrons.

C’est un véritable panégyrique qui a été dressée de la malheureuse victime. Grand nom de la haute finance, Roveraro avait pourtant, pour des raisons mystérieuses, que l’on serait bien inspiré de rechercher, engagé son nom et son prestige dans une affaire douteuse avec des provinciaux qui ne l’étaient pas moins, comme Botteri.

N’y aurait-il pas quelque anguille sous roche ? Nous espérons que l’enquête continuera et qu’elle permettra peut-être de découvrir des affaires jusque là soigneusement dissimulées.

Qui sait jusqu’où s’étendent les ramifications d’ailleurs !

(suite de l’article dans l’édition du vendredi 25 août 2006)

Détail curieux, la démonstration du cardinal critique d’emblée un texte du pape Jean-Paul II, mort il y a peu. En 1996, en effet, dans une lettre adressée à l’Académie Pontificale des Sciences (l’instance chargée de définir les relations du catholicisme avec la science), Jean-Paul II avait posé l’autonomie de la science et rendu hommage à la théorie de l’évolution. En 2005, le cardinal Schönborn - qui a été l’un des grands électeurs de Benoît XVI - estime que la lettre de 1996 était « assez vague et dénuée d’importance », et que Jean-Paul II n’y définissait pas ce qu’il entendait par « évolution ». Selon le cardinal autrichien, les « néo-darwiniens » s’étaient alors empressés d’applaudir à cette déclaration dont l’imprécision leur convenait. Ils auraient mieux fait, dit-il, de garder présents à l’esprit des textes antérieurs de Jean-Paul II (1985 et 1986), autrement « plus solides » et représentatifs de la pensée de l’Eglise — ce pourquoi Schönborn les cite longuement.

Voilà, conclut-il, qui est conforme au catéchisme de 1992 (rédigé par lui-même), au document sur la science de la Commission théologique internationale de 2004 (présidée par l’ex-cardinal Joseph Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI), à l’homélie d’installation du même Benoît XVI, le 24 avril 2005, et même... au Concile Vatican I de 1871. Lequel aurait proclamé que, « dans un monde placé sous le signe de la mort de Dieu ... la raison humaine, à elle seule, peut connaître la réalité de la Cause incausée, du Premier Moteur, du Dieu des philosophes ». (Cette affirmation, remarquons-le au passage, est stupéfiante : Pie IX, en effet, n’a cessé d’humilier l’arrogante raison humaine, et c’est le concile Vatican I qui a promulgué le dogme de l’infaillibilité pontificale, et non pas celui de l’infaillibilité de la raison des Lumières !) L’article de Schönborn dans le New York Times scandalise immédiatement deux catégories de lecteurs.

D’une part, des intellectuels et des savants laïcs, qui y voient le signal d’un engagement du Vatican dans la croisade pour la reconnaissance du Dessein Intelligent, et ce aux côtés des conservateurs protestants. En juillet 2005, en effet, des batailles judiciaires sont en cours dans une vingtaine d’Etats américains, où les conservateurs tentent d’imposer l’enseignement du Dessein Intelligent dans les classes de sciences. Si telle n’était pas l’intention de l’Eglise, disent les laïcs, pourquoi un cardinal européen qui n’a aucun lien particulier avec les Etats-Unis choisirait-il de publier une libre-opinion précisément dans le New York Times ?

D’autre part, l’intervention de Schönborn choque nombre de catholiques et notamment ceux des savants qui avaient apprécié qu’en 1996 Jean-Paul II, ait posé sans ambiguïté l’autonomie du travail scientifique par rapport aux vérités de foi. Parmi eux, Nicolà Cabibbo, professeur de physique des particules et président depuis douze ans de l’Académie pontificale des sciences ; Charles Townes, membre de cette même Académie pontificale pendant vingt ans et prix Nobel de physique ; et George Coyne, un jésuite astrophysicien, directeur de l’Observatoire du Vatican.

Devant le brouhaha général, le cardinal autrichien est amené à s’expliquer. Il déclare s’être intéressé à la question de l’évolution dès avant la mort de Jean-Paul II, sur le conseil du cardinal Ratzinger — dont il a été l’élève dans sa jeunesse, et avec qui il a collaboré depuis des décennies au Vatican. Soit. Mais on apprend alors que, pour son apprentissage scientifique, Schönborn s’est adressé à un chercheur catholique américain qui est aussi l’un des plus ardents croisés en faveur du Dessein Intelligent : le biochimiste Michael Behe, auteur d’un best-seller de vulgarisation, Darwin’s Black Box, et senior fellow au Discovery Institute. C’est d’ailleurs la firme de relations publiques avec laquelle travaille le Discovery Institute qui a placé l’article du cardinal au New York Times. Or chacun sait que cet Institut privé, très actif et richement doté, est le principal think tank du mouvement conservateur en faveur du Dessein Intelligent. Le Discovery Institute a tiré les conséquences de l’échec intellectuel et politique du créationnisme aux Etats-Unis : il se refuse à jouer la religion (le récit biblique de la création) contre la science (la théorie scientifique de l’évolution). Il prétend s’opposer, pour des raisons purement scientifiques, à la version « dogmatique » de l’évolution que soutiennent les savants « néo-darwiniens ». Au contraire de leurs prédécesseurs créationnistes, les chercheurs du Discovery Institute ne sont pas des amateurs de lecture littérale de la Bible ni des théologiens, ce sont des chercheurs spécialisés en mathématiques, chimie, paléanthropologie, etc. Tous diplômés des universités, ils y occupent des postes d’enseignement et de recherche ; ils publient dans des revues savantes ordinaires (pourvues de comités de rédaction), et leurs ouvrages font l’objet de critiques dans ces revues. Bref, ils appartiennent de plein droit à la communauté scientifique - dans laquelle ils se borneraient à défendre une théorie particulière, celle du Dessein Intelligent.

Ainsi Michael Behe, le catholique de service, soutient qu’au niveau micro-cellulaire la complexité est trop grande pour que le « hasard » darwinien suffise à en rendre compte. Aussi bataille-t-il sans discontinuer, dans les prétoires de Pensylvanie, du Kansas ou de Georgie, pour contraindre les écoles publiques à enseigner la « théorie scientifique » du Dessein Intelligent au même titre que la théorie « néo-darwinienne ». La libre-opinion du cardinal Schönborn dans le New York Times paraissait annoncer une nouvelle politique scientifique de Benoît XVI. Mais pour cela, le nouveau pape aurait dû marcher sur le corps des responsables chargés de la science au Vatican, tous nommés par Jean-Paul II, et qui n’ont cessé, depuis l’été, de critiquer l’article de Schönborn. Benoît XVI semble avoir opté pour une stratégie de contournement. Puisque l’Académie pontificale des sciences résiste, une autre instance, le Conseil Pontifical pour la Culture, a organisé à Rome, du 9 au 11 novembre 2005, un grand congrès international : « L’Infini dans les sciences, la philosophie et la théologie » dans le cadre du Projet STOQ (Science, Theology and the Ontological Quest). Ce même 9 novembre, sur la place Saint-Pierre, Benoît XVI évoque, devant deux cent cinquante mille pèlerins, la « surprenante actualité » de saint Basile le Grand. Au IVe siècle, celui-ci pestait déjà contre « l’athéisme » de ceux pour qui « le monde serait privé de guide et d’ordre » : leurs héritiers, en 2005, « cherchent à démontrer » qu’une telle position serait « scientifique ». Par chance, « le Seigneur réveille la raison qui dort, et nous dit : ‘Au commencement était le Verbe, créateur de toutes choses, parmi lesquelles ce projet intelligent qu’est le cosmos’... ». Quant au cardinal Schönborn, piqué par les critiques de son article, il a fait de l’évolution le sujet de ses conférences catéchétiques de l’automne 2005. Toutefois, il ne veut pas donner l’impression qu’il a reculé, en passant du New York Times — la scène laïque — à la cathédrale de Vienne : aussi a-t-il fait imprimer ses conférences en anglais. Et, sans vouloir prendre part au dossier brûlant de l’enseignement de l’Intelligent Design dans les écoles américaines, il a déclaré qu’un tel enseignement serait excellent en Autriche. Affaire à suivre.

Le départ prochain de Mario Agnès, le patron de l’ Osservatore Romano , un laïc très lié au Cardinal Angelo Sodano, ce dernier également sur le départ, ouvrira une ère nouvelle.

Dorénavant, ce quotidien (avec des éditions hebdomadaires en langue étrangère) ne devrait plus jouer qu’un rôle assez modeste. En contrepartie, le quotidien de la Conférence Épiscopale italienne (CEI) «  l’Avvennire  » devrait au contraire s’imposer comme un organe puissant.

Le Cardinal Camillo Ruini, on le sait, s’est employé à contrôler le plus de choses possibles, tout en laissant souvent, art italianissime, assez de jeu pour éviter la surchauffe ou les crises.

Depuis des années, il mène une bataille d’influence avec le cardinal Angelo Sodano et la Secrétairerie d’État.

L’un des épisodes importants aura été, il y a quelques mois, la tentative du Nonce en Italie, Mgr Paolo Romeo, en fait téléguidé par Sodano, d’évincer Ruini et de lui accorder une prompte retraite, lançant des consultations prématurées en vue de sa succession.

Ruini, blessé, s’est plaint à Benoît XVI qui n’a pas apprécié.

En effet, avec toute l’autorité possible, le Pape a immédiatement reconduit Camillo Ruini dans ses fonctions. Beau camouflet pour Sodano, évincé peu après de la charge de Secrétaire d’État.

Quant au malheureux Nonce Paolo Romeo, sa manoeuvre, il est vrai sur ordre, pourrait avoir cassé sa carrière. Une promotion rapide au siège archiépiscopal de Palerme et à la pourpre cardinalice, jusqu’alors envisagée, pourrait devoir être vite abandonnée.

Ruini, décidemment très ambitieux, souhaite également s’emparer de l’hebdomadaire plutôt progressiste «  Famiglia Cristiana  » afin de lui donner un autre visage.

Le Pape espère beaucoup de ce projet car, dans le passé - encore Joseph Ratzinger - a plusieurs fois déploré l’orientation de l’hebdomadaire, en particulier les positions du Père Léonardo Zega en matière de morale sexuelle. Le Père Zega avait dû se résoudre à renoncer à sa chronique.

Cela est connu. : le cardinal Ruini tente depuis des années de reconquérir l’hebdomadaire et de le soustraire à l’autorité des religieux paolistes . Les difficultés de cette société devraient lui permettre à présent de parvenir à son but.

C’est en 1991 que Don Camillo Ruini a pris la tête de l’épiscopat italien. En quinze ans, après la bonhomie conciliaire des cardinaux Poletti et Pappalardo, Mgr Ruini est parvenu à imprimer un autre style. Il a surtout réussi à étendre considérablement son influence un peu partout dans la société italienne.

L’actuel Pontife lui en sait gré.

Don Camillo Ruini, décidément, est un homme fort habile.

Les projets caressés depuis plusieurs mois par Benoît XVI continuent à mûrir. En particulier concernant une tolérance bien plus large envers la célébration de la messe selon le rite tridentin.

Le Pape souhaite personnellement que des pas décisifs puissent être faits dans le dialogue avec intégristes ce mois-ci.

Les rumeurs concernant les nominations de rentrée à la Curie se multiplient : on parle de plus de Fortunato Baldelli, qui retournerait à Rome . L’actuel Nonce en France, âgé de 71 ans, serait considéré par le Pape comme une valeur sûre et un homme étranger aux intrigues.

Des septembre, les noms des nouveaux archevêques de Palerme et de Gênes devraient être annoncées.

Un peu plus tard ceux du successeur du Cardinal Ruini à la tête de la CEI, du nouveau Vicaire de Rome (peut-être le même), du nouvel archevêque de Varsovie , de trois ou quatre titulaires d’importants sièges américains ( Detroit , Baltimore , Pittsburgh ) et sans doute du nouvel archevêque de Munich . Un choix très attendu, car il s’agit de l’ancien diocèse de Joseph Ratzinger.

Pour l’heure, le Pape se consacre surtout à l’écriture personnelle et à la méditation. Convaincu que l’avenir de l’Église est d’abord au niveau doctrinal.

Les anges, c’est bien connu, n’ont pas de sexe. Loin de constituer là un détail insignifiant, cette négation de la dimension génitale par une Église qui châtre ses ministres et projette dans l’imaginaire sublimé les émois les plus sensuels, livre peut-être là la clé lointaine d’une posture de négation, plus ou moins radicale, de l’humaine condition.

Qui veut faire l’ange, fait ou fera la bête. " Éros n’est pas mort, mais il est devenu vicieux " nous met en garde Nietzsche. Il va de soi que le naturel imprudemment chassé revient au galop. Pour le meilleur mais quelquefois également pour le pire. Les scandales de pédophilie constituant en l’occurrence les arbres spectaculaires qui cachent la forêt.

L’intériorisation d’un idéal abstrait de perfection qui ne prend pas en compte les désirs de chacun et le besoin foncier de gratification, cultivée notamment par l’école française de spiritualité, hantée par l’immolation morbide du moi, mais au fond suscité peut-être par un relent subconscient de jansénisme, toujours présent, pourrait bien constituer, en définitive, la base d’une crise latente du clergé, aux manifestations variées, dont la moins redoutable n’est pas l’auto-démolition et l’écrasement de soi, parfois dans le secret. Sans négliger tous les dommages collatéraux déjà énoncés à loisir.

L’angélisme veut se protéger, illusoirement, d’un regard réaliste sur la condition humaine, toujours complexe et mixte. La frontière entre le bien et le mal passe par notre cœur. Nous ne sommes ni anges ni démons ; ou peut-être un peu des deux, successivement, ou parfois même simultanément.

Fixer la barre trop haut pousse au découragement, au désespoir, à la fuite dans l’imaginaire, à un dédoublement schizophrène de la personnalité, à l’hypocrisie.

De plus, une culpabilisation excessive et constante empêche un juste discernement moral du bien et du mal. Lorsque tout est défendu, notait en son temps Pasolini, d’une certaine façon tout est également toléré et parfois mis sur un pied d’égalité.

Je pense par exemple au cas de René Bissey, tourmenté par des scrupules de conscience suite à ses exactions pédophiles mais qui les distinguait mal des anxiétés que pouvait susciter en lui une simple pratique masturbatoire.

Jean Guitton a écrit jadis un livre fort pertinent intitulé " l’impur ". La grande tentation, récurrente au fil des âges, surtout chez ceux qui caressent des désirs de haute spiritualité, semble bien être de se croire purs et sans tâches, au-delà de la mêlée, de ne pas supporter cette imperfection, pourtant inévitable, qui nous colle à la peau comme une tunique de Nessus.

Les grandes dérives, souvent sectaires, naissent parfois de cette réticence à s’accepter tel que l’on est. Paul Tillich présentait comme une grande grâce de pouvoir " accepter l’acceptation de Dieu ". L’expression, fort belle et fort juste, renvoie à une expérience spirituelle authentique et profonde, aussi pressentie par un Georges Bernanos : " s’aimer humblement soi-même " (cf le "journal d’un curé de campagne").

L’idéalisme immature qui caresse ce rêve illusoire d’une sorte de toute-puissance du bien que l’on pourrait incarner produit généralement des résultats aux antipodes. La véritable humilité ne réside-t-elle pas d’abord en cette réconciliation avec soi-même, en cette opération vérité, en ce refus du mensonge à soi et aux autres, en cette tentative, certes incertaine et progressive, de reconnaître son propre désir pour qu’il se dépasse lui-même en générosité véritable ?

Il n’est pas du tout certain que le conditionnement du système ecclésiastique ne soit pas en dernière instance, le plus grand obstacle pour un tel chemin d’humanisation.

Le combat de Golias prend alors tout son relief.

Boccace ou Erasme en leur temps s’inquiétaient des risques d’une vie religieuse niant la nature.

On peut rire des petites perversions mais lorsque des hommes au départ sincères, loyaux et pleins de vie se fanent pour s’imposer la destruction de leurs désirs, il faudrait plutôt pleurer.

Est-ce là une "bonne nouvelle ? »

Golias reviendra sur la triste situation de certaines communautés religieuses.

Ce n’est pas le cas de l’épiscopat espagnol qui vient de voter (à une majorité de plus des deux tiers) une instruction pastorale d’une très grande sévérité, dénonçant en un langage que l’on croyait disparu la sécularisation de la doctrine et des mœurs à l’intérieur même de l’Église , citant les brebis galeuses, des théologiens déjà sur la sellette, et laissant planer l’inquiétude pour les autres qui ne sont pas nommément cités.

Parmi les théologiens dénoncés, quatre espagnols de grand renom : Juan Jose Tamayo, Jose Maria Castillo, Juan Antonio Estrada, Marciano Vidal.

On doit aussi faire mention des théologiens étrangers : J. Dupuis, R. Haight, A. De Mello, R. Messner, L. Boff, D. O’Murchu, T. Balasuriya.

Je me permets de donner le nom d’une cible non désignée mais ô combien présente, le jésuite espagnol Juan Maria Clavel.

En substance, les évêques imputent la crise interne de l’Église et son discrédit d’abord aux déviations internes, à commencer par l’enseignement frelaté des théologiens hétérodoxes. Il s’agit donc d’une véritable purge. L’inquisition se reconstitue. Cisneros et Torquemada sont de retour. Tremblez esprits libres !

De manière très significative, cette instruction pastorale très véhémente s’intitule « Théologie et sécularisation en Espagne. A quarante ans de la fin du Concile Vatican II ». Il s’agit bel et bien d’enterrer le bon Pape et ses intuitions. Angelo Roncalli semble oublié lui qui dénonçait les « prophètes de malheur ». Nous assistons plutôt à une victoire posthume du Cardinal Alfredo Ottaviani.

Les trois évêques à l’origine du projet sont les plus alignés sur une défense très intransigeante de la doctrine : le cardinal Antonio Canizarès Llovera, archevêque de Tolède et primat d’Espagne, le cardinal Antonio Maaria Rouco Varela, archevêque de Madrid , Mgr Eugenio Romero Pose. Ce dernier, né en 1949, est le président très déterminé de la Commission doctrinale de l’épiscopat espagnol. Né en 1949, il est considéré comme un homme d’avenir et sans doute un futur cardinal. Spécialiste d’Origène et des pères de l’Église, ce théologien cultivé se présente également comme un redoutable pourfendeur d’hérésies. Très romain, il a enseigné un temps à l’Université Grégorienne et est donc associé à tout un réseau romain de grande influence.

Fait notable, l’instruction pastorale des évêques espagnols a été saluée par l’" Osservatore Romano « comme exemplaire.

Rome souhaite que les autres épiscopats empruntent la même voie et entrent dans cette nouvelle phase de la restauration, ainsi relayée par les épiscopats locaux qui jusqu’alors traînaient un peu des pieds. Toutes les inquiétudes sont permises.

On ignore jusqu’où ira la police de la pensée.

Certaines grandes figures de l’épiscopat, comme le cardinal Carlos Amigo Vallejo, sont désormais exaspérés.

La société s’éloigne de plus en plus de l’Église, qui se replie en citadelle assiégée fermement décidée à punir ses » traîtres « , ceux perçus comme tels. Cela fait tout de même assez froid dans le dos.

Le vocabulaire employé parle d’un mal et d’un remède. Le mythe de la pureté doctrinale a fait couler trop de sang. Il casse aujourd’hui encore des personnes de qualité intellectuelle et de cœur. Il achève de discréditer une institution vermoulue qui n’en avait pas besoin. On a envie, face à cet intransigeantisme fanatique, bien loin des rencontres du Nazaréen, de reprendre le mot de Voltaire : » écrasons l’infâme " !

Pour son entrepreneur, un laïc, Tom Monaghan, multimilliardaire de la restauration rapide, « l’histoire n’est qu’un vaste champ de bataille entre le Bien et le Mal, et je ne veux pas me contenter d’être un observateur ».

Cela nous rappelle quelqu’un dont le premier prénom est George. Nous sommes à des années lumières de la parabole du bon grain et de l’ivraie. Cette vision manichéenne, totalement caricaturale, sous-tend ce projet de repli communautariste.

Un jésuite américain, aumônier d’étudiants, ancien élève des théologiens Henri de Lubac et Hans Urs Von Balthasar, bénit le projet.

Il s’agit du Père Joseph Fessio, fort connu pour ses croisades contre l’homosexualité, contre le féminisme, contre le langage inclusif en liturgie (pour éviter tout machisme), contre la nouvelle catéchèse jugée frelatée.

Le Pape Benoît XVI aurait demandé directement au Père Fessio, qu’il connaît bien, des nouvelles du projet, et l’aurait ensuite vivement encouragé.

D’ailleurs, en morale sexuelle, il faudra dans cette ville respecter les positions catholiques. Le Père Fessio s’exprime en ces termes : « les contraceptifs ne sont pas, selon nous, une méthode légitime pour espacer les naissances. Nous ne pouvons l’enseigner et accepter que des médecins nous contredisent ».

Quand nous mettions en garde contre tout retour à une stratégie de la citadelle assiégée, contre toute forme de communautarisme catholique, avions-nous si tort que cela ?

La restauration n’est-elle pas en marche ? Y compris dans sa version américaine.

Don Bonandi formule aussi une thèse de théologie pastorale que l’on peut, à juste titre, considérer comme originale en ce sens qu’elle ne se fonde pas sur un quelconque élargissement du critère de non-validité, ou au moins de non-sacramentalité du premier mariage, ce qui est en général la voie suivie pour envisager une modification de la discipline en vigueur, toute comme une appréciation mitigée de la responsabilité morale dans la rupture.

On sait que telle fut, de par le passé, une voie suivie par Joseph Ratzinger lui-même qui posait, à titre d’hypothèse, qu’un grand nombre de mariages célébrés à l’Eglise, en réalité, n’ont pas grand chose de sacramentel en raison du manque de connaissance et d’intention des conjoints.

Par ailleurs, des prélats allemands de la stature des actuels cardinaux Karl Lehmann et Walter Kasper proposaient de reconsidérer également le cas des personnes divorcés remariés auxquelles l’échec de leur premier mariage n’était pas moralement imputable et qui ne pouvaient donc être pénalisées.

Jadis également, le théologien alsacien François-Xavier Durrwell proposait une vision plus neuve et plus originale du mariage comme « devenant » au fil de l’évolution qui suit le contrat matrimonial. En somme, un mariage qui n’a pas abouti est un mariage qui révèle ainsi ses défauts initiaux. Nous sortons de la vision un peu magique du sacrement qui advient en un instant « t ».

Toutes ces pistes, intéressantes, et pas forcément contradictoires, reposaient toutefois sur une relativisation de l’engagement passé ou de la faute de la rupture.

Don Bonandi voit les choses un peu autrement.

Pour lui, en effet, il ne s’agit pas mettre en cause l’engagement contracté, ni la faute du moment. Sa solution dérive d’une intuition plus globale de la théologie morale, appliquée dans un certain nombre de cas, selon laquelle, dans sa situation actuelle, après un vrai repentir, une personne ne doit plus subir les conséquences d’une faute passée quand bien même sa situation actuelle se trouve intimement liée à cette faute.

Donnons un exemple : si j’ai obtenu un poste gratifiant et intéressant par fraude ; une fois la faute regrettée et pardonnée, je ne suis pas obligé de quitter ce poste ainsi obtenu, pour des raisons moralement proportionnées. Ma conduite morale se mesurera alors non plus à cette faute passée, qui serait comme un boulet que l’on traîne, mais à ma conduite actuelle. En ce sens, la donne serait radicalement modifiée. En théologie morale, on parle d’un jugement moral « ex post ». Qui considère qu’une faute antérieure ne grève pas la suite du chemin.

Don Bonandi suggère d’appliquer cette théorie « ex post » aux cas des divorcés remariés, qui, une fois la faute passée, reconstruirait justement leur vie, y compris en entretenant des relations sexuelles au sein de leur nouveau couple, tout en prenant acte du désordre moral d’une telle rupture, et uniquement après sentence de l’Eglise en la personne d’un prêtre.

Il n’est pas certain que cette thèse de théologie morale, sacramentelle et pastorale soit bien acceptée ni par la Congrégation pour la doctrine de la foi, ni par les couples concernés.

En effet, d’un point de vue strictement conservateur et romain, l’argument « ex post » n’a pas de valeur dans le cas d’espèce puisque l’acte peccamineux en question n’est point seulement une rupture d’alliance mais le fait d’entretenir une relation sexuelle hors du mariage (bigamie ou fornication).

Il n’y a pas à envisager seulement le pardon d’une faute passée ; c’est un état présent en contradiction avec les exigences morales objectives qui pose problème. De plus, il s’agit d’une loi divine et non d’une loi ecclésiastique. Enfin, il est certes possible de tolérer (= ne pas empêcher) bien des choses, et même de considérer que subjectivement telle personne en grave contradiction avec les principes moraux n’est pourtant pas en faute subjectivement, car elle suit une conscience erronée. Pour autant, la norme objective qui s’applique à tous doit rester la même, soutiennent les conservateurs.

La solution de Don Alberto Bonandi pourrait également ne pas satisfaire les couples concernés ou les esprits plus libérés. Elle se révèle, tout de même, assez casuistique, voire hypocrite. Elle se refuse à reconnaître qu’un homme et une femme puissent décider de changer de vie, que la vraie fidélité soit d’abord à soi-même avant de se rapporter à une institution. Elle risque d’enfoncer d’abord celui peut légitimement désirer commencer une autre vie. Elle ne se dégage guère du système clérical qui vole aux hommes leurs libertés.

En fait, nos théologiens pourraient redécouvrir une grande vérité de la théologie, selon laquelle les sacrements sont pour l’homme, pour qu’il grandisse ; j’ajoute : pour qu’il soit heureux.

Une toute autre approche anthropologique nous paraîtrait indispensable. Pour l’instant nous n’en sommes guère qu’à un petit ravalement de façade qui nous ferait oublier que l’édifice entier est vermoulu.

Quand donc l’Eglise acceptera-t-elle de reconnaître l’humanité telle qu’elle est ?

C’est Marc qui lance l’information : « Le diocèse de Reims est en grande démarche synodale. Parfois je me demande pourquoi le Bon Dieu nous laisse tant souffrir par nos évêques »... Marc joint à son texte le document du synode où l’on voit des chrétiens en réunion.

Un internaute pompeusement auto-baptisé « Rex vaincra » (sic), réagit en ne cachant pas sa joie : " Marc, j’aime bien les petits vieux sur les photos : cela prouve que les paroisses sont aux mains du « Golden Age » catho." Encore un qui compte sur les Pompes Funèbres pour faire disparaître les derniers conciliaires.

Mais le plus clair est dans les deux textes d’une Marie R. et qui ont soulevé l’enthousiasme du Forum.

A propos d’un document de ce synode, elle commente en date du 30 /4/ 06 :

« Merci de nous comprendre. Vous comprendrez donc bien aussi ce langage dégoulinant de bonté, d’amour, de bonnes intentions, d’ouverture d’esprit, d’ouverture au monde, à tous et en particulier aux autres religions, au SDF, au RMIste, aux sans-papier, à ceux qui sont dans la désespérance... etc... qui est suffocant et qui fait fuir de l’église romaine conciliaire et actuelle ».

Les intervenants suivants vont soutenir cette Marie-là dans son attitude, l’un : « c’est à coups de canons qu’il faut répondre » et c’est du code de droit canon qu’il dit parler, mais on aura noté le ton évangélique, comme le suivant qui dit qu’il préfère la mitraillette « du rosaire à 50 coups » (sic) !

Le texte de Marie R, qui n’a pas entraîné une seule protestation, est très clair. Elle n’aime pas ce qui dégouline de bonté, d’amour...

Et un peu plus tard, renforcée dans ses convictions par les messages de soutien reçus, (sans une seule critique, nous insistons), elle en remet une couche : « vous avez raison, on n’est certainement pas sorti de l’auberge quand on lit cela et l’on voit à quel degré l’église s’abaisse pour essayer d’attirer les âmes à elles en les badigeonnant d’amour... Ce n’est pas de cette manière-là qu’elle pourra convertir et mener les âmes à Dieu... ».

Vous avez bien lu, frères conciliaires, bien au-delà de la messe en français, ce que nous reprochent les tradis, c’est que nous dégoulinons d’amour, que nous aimons trop les SDF et les sans-papiers, que non contents de dégouliner, nous badigeonnons les âmes d’amour, terrible ça...

Honte à nous qui partageons, face au prêtre, le pain et vin, devenu sacrement de la présence du Dieu-Amour, en pensant que ce partage nous engage à aimer.

Demandons pardon aux tradis d’avoir oublié que l’amour de Dieu ne doit surtout pas se confondre avec celui de nos frères.

Simplement, pour nous remonter le moral, nous penserons à un bonhomme, dont on ne parle guère sur le Forum, et que nous avons la faiblesse de considérer comme notre Maître. Lui aussi, il y a bien longtemps, dégoulinait « d’amour, de bonté, d’ouverture d’esprit »...

Ce mec, oui, il dégoulinait tellement de tout ça, que les gens, les pauvres, les malades lui couraient après, et qu’ils en revenaient requinqués.

Ses larmes à lui dégoulinaient même devant le tombeau de son copain Lazare.

Et d’ouverture d’esprit, il en dégoulinait tout autant, jusqu’à la provoc : il osait parler à une femme d’une autre religion, samaritaine, quatre fois divorcée, la salope ! et il annonçait que les putes nous précéderont dans le royaume des Cieux. Il aimait tellement les samaritains, l’enfoiré, que c’est parmi eux qu’il a choisi son inusable modèle de l’amour dégoulinant.

En avance au moins d’un synode sur Reims , ce mec, Jésus, il s’intéressait aux aveugles, aux boiteux, aux veuves sans RMI... Il a même été jusqu’à dire : « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Hein, Marie, ça, c’est pas de la vraie dégoulinade, de celle qui te débecte ? Il faut bien que tu les surveilles, ces synodeux de Reims  : partis comme ils sont, ils sont capables de L’inviter à leur réunions, et Lui, Il est capable de venir y faire un tour. Mais sois prudente si tu vas y traîner tes oreilles pour pouvoir alimenter le Forum , car Il reste dangereux.

Alors, n’oublie pas d’emporter avec toi une croix et des clous assez longs. S’Il t’emmerde trop avec son amour du prochain, tu sauras quoi lui faire.

Parce que, Marie, même si t’as jamais lu l’Evangile, t’as certainement vu le film que tous tes copains-copines du tradiland ont tant aimé : « La passion de Jésus » de Gibson. T’as pu voir qu’Il a tellement dégouliné d’amour et d’ouverture d’esprit que les défenseurs de la tradition du moment, (appelons-les les étroits de Dieu, puisque t’aimes pas les larges), ils l’ont pendu à une Croix. Et comme pour les enquiquiner, jusqu’au bout, le provocateur, il a dégouliné de partout, des mains, des pieds, de la tête. Y a même un soldat, pour le vider complètement, tant durait le dégoulinage, qui lui a foutu un coup de baïonnette dans le cœur. Mais, nous dit l’Evangile, là, c’était fini.

« Père, j’ai fini de dégouliner... Entre tes mains, je remets mon esprit... »

Au pied de la Croix, se tenait Marie. Mais c’était pas la même.

Un regard rétrospectif sur le congrès théologico-pastoral de Valence permet de mieux discerner l’enjeu qui s’y jouait.

Les organisateurs entendaient souligner que le mariage est une union stable et à vie entre un homme et une femme ouvert à la procréation. La position rigide de l’Eglise catholique qui refuse toute alternative serait, selon ces théologiens, une pure et simple conséquence de la nature humaine telle qu’en toute immutabilité, elle se donne à nous.

D’emblée, le cardinal Julian Herranz Casado, de l’ Opus Dei , président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, a donné le ton : la législation, même civile, devait en définitive, selon lui, suivre strictement l’anthropologie enseignée par l’Eglise catholique. Le mariage ne saurait être que l’union stable et indissoluble entre deux personnes de sexe différent. De plus, rappelle le cardinal Herranz, la génétique aurait établi que la cellule fécondée était un être humain en devenir dès le moment de la fécondation.

Très virulent, le cardinal Antonio Canizarès Llovera, archevêque de Tolède et primat d’Espagne, a dénoncé une double crise : celle de la foi et celle de la famille. Les deux d’ailleurs vont de paire.

Le cardinal a fustigé également l’apostasie silencieuse d’une bonne partie des chrétiens. Le porporato supporte extrêmement mal que nombre de catholiques espagnols, y compris dans le clergé, prennent leur distance par rapport à l’intransigeance moral du Magistère. Le Cardinal Canizarès LLovera espère que la visite du Pape en Espagne va faire sortir les familles chrétiennes de leur « timidité ». Autrement dit, qu’elles vont s’engager davantage dans la croisade entreprise.

Notons qu’un peu avant, à Gênes, le cardinal Tarcisio Bertone, archevêque de la cité et nouveau Secrétaire d’Etat, avait fustigé les menaces pesant sur la famille en des termes analogues : « la civilisation est en jeu ».

En tout cas, l’Eglise a voulu faire savoir au gouvernement espagnol mais également à l’ensemble des autres gouvernements étrangers éventuellement intéressés, que certains principes sont pour elle totalement « non négociables ».

Le Pape, avant même son voyage, avait d’ailleurs reprocher aux médias de « dénigrer et de ridiculiser la haute valeur du mariage et de la famille ».

Il y a un mois, le tristement célèbre cardinal Alfonso Lopez Trujillo, grand organisateur de la rencontre, a fait publier de manière impromptue un véritable catalogue des péchés modernes où il condamne avec virulence : les unions libres, le contrôle des naissances, les lobbies gays.

Ce texte a étonné, à Rome, par sa virulence. Certains pensent que le cardinal colombien aura forcé la main du Pape lui-même. D’autres estiment qu’il s’agit d’une stratégie de concert sur deux niveaux.

En tout état de cause, Mgr Lopez Trujillo n’y allait guère de main morte décriant les couples n’ayant que deux enfants et les présentant comme ayant formé un mariage « volontairement stérile ».

Cette agressivité des positions du Vatican explique que, ni Jose Luis Rodriguez Zapatero, ni la vice-présidente, Maria Teresa Fernadez de la Vega, n’ont participé à la messe papale. D’autant plus que la conférence épiscopale combat ce gouvernement et regrette que le peuple espagnol se soit en majorité rallié à la loi autorisant le mariage gay.

Pour le « patron des évêques d’Espagne », , évêque de Bilbao, l’acceptation de cette loi est le signe que « la société espagnole est éteinte, moribonde, et ne se sent pas responsable de son avenir ».

Quant au cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid, il est de toutes les manifestations contre le mariage gay et le divorce et vraiment chef de file de la résistance à toute évolution sociétale.

Lors de son voyage, le Pape a certes défendu la famille chrétienne, mais sur un ton plus serein. Pour Benoît XVI, il est fondamental de soutenir la famille ; il s’agit là de « l’un des services les plus importants que l’on puisse apporter au bien commun » et « la plus grande garantie pour assurer la dignité, l’égalité et la véritable liberté de la personne humaine ».

Le Pape invite « les gouvernements et les législateurs à réfléchir sur le bien évident que les foyers en paix et en harmonie assurent à l’homme ». Le Souverain Pontife (et poncif !) veut que l’amour authentique ne se réalise que dans le mariage fécond à rebours de « l’hédonisme très répandu qui banalise les relations humaines et qui les vide de leurs valeurs et de leur beauté authentiques ».

Ce nonobstant, Joseph Ratzinger reste plus souriant que ses sbires : « mettons la lumière sur les choses positives afin de faire comprendre aux gens pourquoi l’Evangile ne peut pas accepter certaines choses, mais en même temps veut les respecter et les aider ».

L’entretien entre le Pape et Jose Zapatero a également été cordial.

L’orage est venu de l’esprit de surenchère de Joaquin Navarro-Valls, alors encore pour peu de temps directeur de la salle de presse du Vatican et membre de l’Opus Dei (comme par hasard !) et qui a critiqué vertement l’absence du chef du gouvernement à la messe.

En 1997, Jacques Chirac, président de droite, n’avait pas davantage assisté à la messe du Pape lors des Journées mondiales de la jeunesse, occasion plus « irénique » qu’un rassemblement triomphaliste en faveur des thèses les plus conservatrices sur la famille.

Notons, en passant, que Zapatero a été sifflé à plusieurs reprises, alors qu’il s’était rendu à l’aéroport pour y accueillir Benoït XVI.

Par ailleurs, beaucoup d’associations, gays, féministes, ou autres, y compris un grand nombre de catholiques progressistes ont exprimé leur refus à Josef Ratzinger : « nous ne t’attendons pas ».

Il est certain que ce rassemblement a stimulé les supporters de Benoît XVI. Il a agacé et irrité les milieux plus ouverts de l’Eglise, et la société post-chrétienne. Sur le fond, il est assez probable que rien ne changera.

L’évolution sociétale se poursuit et nous savons tous que de belles avancées attendues se sont faites ou se feront sans la hiérarchie catholique et sans doute contre elle.

Lors de son récent voyage apostolique en Espagne, Benoît XVI s’est gardé d’attaquer trop frontalement le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero et de prendre des positions qui pouvaient passer pour trop répressives et négatives.

Fort habile homme en vérité, le Pape a su à la fois donner le ton sans forcer le dose. Alors que ses lieutenants quant à eux l’ont forcée. Les militants catholiques ont d’ailleurs sifflé le chef du gouvernement, Zapatero et ses proches.

Des cardinaux importants comme William Levada ou Alfonso Lopez Trujillo ont tenu des propos très durs et très radicaux. Sur ordre ?

Le cardinal président du Conseil Pontifical pour la famille est connu pour ses outrances : non le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce dernier a pourtant affirmé, face à certaines lois immorales, que le citoyen avait « obligation, en conscience, de désobéir aux lois civiles quand celles-ci sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux de la personne humaine et des enseignements de l’Evangile ». Et de citer, expressis verbis, « les mariages homosexuels et la polygamie ». Ce terme ’polygamie’ désigne le divorce !

Le porte-parole du Saint-Siège, Joaquim Navarro-Valls n’a pas hésité à jeter de l’huile sur le feu en soulignant à plaisir l’absence de Zapatero à la messe papale.

De son côté, recevant le chef de l’exécutif à l’archevêché de Valence, le Souverain Pontife s’est montré prudent et réservé. Il s’est gardé d’aborder les sujets qui fâchent.

La répartition des tâches est hautement stratégique. Elle permet à Joseph Ratzinger de continuer à poursuivre son combat intransigeant sans compromettre totalement le Magistère romain en cas de coup dur. Du grand art. De la grande politique.

On sent bien à travers toutes ses interventions que c’est moins la famille qui l’intéresse que la société postmoderne qui semble avoir exclu Dieu de son espace public.

Il exhorte en ce sens les évêques : « continuez donc à proclamer sans vous décourager que se passer de Dieu, agir comme s’il n’existait pas ou reléguer la foi dans la sphère purement privée, détruit la vérité de l’homme et hypothèque l’avenir de la culture et de la société ! »

D’ailleurs, notre bon pape exalte une famille idéale qui n’existe sans doute que dans les manuels de théologie élaborée par des célibataires.

Si l’on peut souhaiter que les enfants contemplent « davantage les moments d’harmonie et d’affection de leurs parents, plutôt que les moments de discorde ou d’éloignement, puisque l’amour entre le père et la mère offre aux enfants une grande sécurité et leur enseigne la beauté de l’amour fidèle et durable », le souhait doit porter sur l’équilibre («  davantage  ») et non sur l’absence de conflit aussi déstructurant, sans doute, qu’une apparente harmonie qui masque les problèmes et empêche l’épanouissement personnel.

Mais que penser des propos tenus aux séminaristes : « L’amour, le don mutuel et la fidélité de vos parents, de même que la concorde en famille, tel est le cadre propice pour écouter l’appel de Dieu et pour accueillir le don de la vocation ! »

Dieu n’appellerait-il que dans des familles modèles ?

Certes, le pape évoque quelques difficultés rencontrées par les familles et affirme à juste titre : « Si les enfants voient que leurs parents - et en général les adultes qui les entourent - vivent avec joie et enthousiasme, même dans les difficultés, grandira plus facilement en eux la joie profonde de vivre qui les aidera à dépasser avec succès les obstacles possibles et les difficultés que comporte la vie humaine. De plus, quand la famille ne se renferme pas sur elle-même, les enfants apprennent que chaque personne est digne d’être aimée, et qu’il existe une fraternité fondamentale universelle entre tous les êtres humains »...

M.Zapatero aurait peut-être pu signer ces lignes en soulignant que si les parents sont de même sexe, l’affirmation garde toute sa valeur ! Et même quand il évoque une « vérité objective », le pape dans cette homélie, ne cite que « la dignité de tout être humain, ses droits et ses devoirs inaliénables, au service desquels doit se mettre tout groupe social »...

Bon prince, le chef d’Etat du Vatican a offert au Chef du Gouvernement espagnol un facsimilé du Codex Vaticanus B, témoin important de l’histoire du Nouveau Testament. Comme pour lui dire que ses paroles (de pape) s’inscrivent dans une longue histoire qui a toujours reconnu la diversité pour ne pas céder au fondamentalisme d’une pensée qui prétendrait dévoiler une parole unique dictée directement par Dieu ?

Le porte parole du Saint Siège, Joaquin Navarro Valls, sans doute mécontent de l’absence du premier ministre à la messe pontificale fut moins heureux en faisant observer, selon l’agence de presse Zenit que « le dictateur (sic !) sandiniste Daniel Ortega, au Nicaragua, le général Wojciech Jaruzelski à Varsovie, pendant l’époque communiste, ou le Lider Maximo, Fidel Castro à la Havane et à Santiago (deux des cinq messes présidées par Jean-Paul II à Cuba en 1998), n’avaient pas boudé la messe de Jean-Paul II lors de ses visites ».

Le Chef du Gouvernement, élu démocratiquement, et le peuple espagnol, apprécieront  !

Notre pape affirme d’abord : « le corps de l’homme et de la femme revêt (...) un caractère théologique, ce n’est pas uniquement un corps, et ce qui est biologique chez l’homme [et chez la femme ?] n’est pas seulement biologique, mais est l’expression et la réalisation de notre humanité ». Il était important de rappeler que la position de l’Eglise ne s’apparente pas à un biologisme qui tirerait ses convictions de la constitution physiologique des personnes. Benoît XVI le redit plus avant : « Chez l’homme et chez la femme la paternité et la maternité, comme le corps et comme l’amour, ne se laissent pas cerner par la biologie : la vie n’est donnée entièrement que lorsqu’à la naissance sont également donnés l’amour et le sens qui permettent de dire oui à cette vie » !

Autre réflexion qui nous semble très pertinente : « Le caractère inexprimable, le mystère de l’amour de Dieu pour les hommes, reçoit sa forme linguistique dans le vocabulaire du mariage et de la famille ». Aborder les relations sous le mode du langage n’invite-t-il pas à reconnaître la pluralité des formes d’expression, que ce soit au niveau des grammaires ou des vocabulaires ?

Malheureusement, ce n’est pas encore le chemin que prend notre pape et ces deux affirmations sont aussitôt nuancées, voire annihilées ! En effet, la « nature » ou « l’essence » de la personne nous impose de ne parler qu’une seule langue et si ce n’est plus la biologie qui dicte un credo relationnel unique, c’est « l’autorité (...) conférée à (...) l’Eglise » ! Ce petit raccourci, un peu osé de la part d’un grand théologien, résume cependant l’histoire d’une Eglise qui, à la chute de l’Empire Romain d’Occident, a conservé l’institution matrimoniale, au sens où elle en a pris soin mais aussi où elle se l’est appropriée ! On comprend dès lors qu’elle lutte de toutes ses forces pour conserver ce pouvoir, mais ce faisant, est-elle encore au service de la vie, don de Dieu, la vie dans toute sa luxuriance ?

En fait, l’opposition au monde postmoderne, qualifié par le « relativisme », le refus de Dieu, d’une part et d’autre part, une vision de la famille dont « la vérité » est déjà fixée de manière définitive par une théologie de la création qui n’échappe pas à un certain biologisme, s’entretiennent mutuellement à tel point que Benoît XVI va jusqu’à déclarer que ce qu’il considère comme « avilissement de l’amour humain », « suppression de l’authentique capacité d’aimer se révèle (...) à notre époque l’arme la plus adaptée et la plus efficace pour chasser Dieu de l’homme ». On sent bien que la famille devient le lieu révélateur d’un autre enjeu : « Il est donc clair, poursuit le pape, que nous devons non seulement chercher à surmonter le relativisme dans notre travail de formation des personnes, mais que nous sommes également appelés à nous opposer à sa domination destructrice dans la société et dans la culture ». Mais, selon notre perspective, c’est moins la place de Dieu qui est en cause que de celle de ses représentants. Désormais, pour être entendu, il leur faut montrer leur compétence et non plus se contenter de se déclarer « experts en humanité » !

Or la vision anthropologique de Benoît XVI pose problème. Pour lui, en effet, « L’homme est en effet une âme qui s’exprime dans le corps et un corps qui est vivifié par un esprit immortel ». Même s’il ne s’agit plus du dualisme qui opposait le corps et l’âme, nous avons encore, comme dans son encyclique, une structure bipartite de la personne, alors que les dernières études, notamment psychologiques, évoquent une structure ternaire de la personnalité : le corps, l’esprit et l’âme. Et cette différence n’est pas sans importance. Si le pape avait tenu compte de la psychè - l’esprit humain, et non l’esprit immortel qui semble un synonyme de l’âme - il eût sans doute traité différemment le rapport au temps et à l’institution. La question de la « fidélité » est en effet plus complexe quand on la considère du point de vue de l’inconscient et s’il est vrai que « la véritable expression de la liberté est la capacité à se décider pour un don définitif, dans lequel la liberté, en se donnant, se retrouve pleinement elle-même », il n’en est pas moins certain que cet idéal d’un don total peut être aussi pervers que « la recherche du plaisir, sans jamais parvenir à une véritable décision », si l’on omet de rappeler que le Royaume n’est pas de ce monde !

Il ne s’agit certes pas de nier le caractère peccamineux de certaines situations, voire l’ambiguïté de toute relation et si nous souscrivons entièrement au credo selon lequel « l’authentique amour humain est don de soi, il ne peut exister s’il veut se soustraire à la croix », nous pensons que cette nécessité concerne aussi la théologie de la famille. Chemin pascal nécessaire pour qu’elle se débarrasse des scories d’une pensée qui n’incarne pas à elle seule le mystère de l’amour divin. En lisant Benoît XVI, je pensais à Nietzsche qui nous a enseigné non le relativisme mais le perspectivisme : chaque affirmation, chaque situation est à situer dans sa perspective et au regard des autres qui ont aussi leur légitimité, aucune ne pouvant prétendre réduire le réel à sa seule interprétation. A sa suite, je me demandais si, encore une fois, l’Eglise ne voulait pas réduire la réalité à ce qu’elle peut en recevoir sans avoir à se convertir toujours et encore à un Dieu toujours et encore plus grand ! Il vaut mieux déclarer mauvais ce que l’on n’est pas capable d’appréhender !

Et si Benoît XVI cite « le grand Patron des éducateurs, saint Jean Bosco, (qui) rappelait à ses fils spirituels, que l’"éducation est une chose du coeur et que Dieu seul en est le patron" »... il n’est pas inutile de souligner que Don Bosco parlait de « Dieu seul » et non de l’Eglise. Si notre Eglise arrêtait de se prendre pour Dieu et écoutait enfin ceux qui vivent autrement la famille !

Quant à la « Famille de Nazareth, elle peut être pour nos familles et pour nos communautés l’objet d’une prière constante et confiante », mais il faudrait préciser comment elle peut aussi être un « modèle de vie ». Une fille mère, un père qui n’est pas le géniteur, un fils qui fugue à douze ans et dont les propos relativisent les liens familiaux ! Beau modèle en effet de famille recomposée qui ne canonise certes pas la figure de la famille selon le Magistère !

Parfois le zèle hyper-orthodoxe du Cardinal Alfonso Lopez Trujillo le conduit à aller plus loin que la doctrine romaine la plus rigoureuse et que le droit canon même interprété de la manière la plus intransigeante et dans sa version la plus maximaliste.

Une bourde récente du Cardinal a été très vivement commentée à Rome. En effet, Mgr Lopez Trujillo n’a pas hésité à fulminer contre les manipulations sur les embryons, parlant à cet égard d’une peine d’excommunication qui leur serait associées « latae sententiae » par le droit, comme pour l’avortement.

En effet, on le sait, l’Eglise punit d’une peine d’’excommunication qui cause l’avortement et qui accepte de le subir (la femme). Le canon 1398 est clair à cet égard. Pourtant, là également, pour encourir véritablement cette peine, l’une des conditions est de savoir qu’elle est liée au délit (au moment où le délit est commis). A l’évidence, un nombre considérable de femmes qui ont recours à l’interruption de grossesse l’ignore magistralement. Cette peine explique qu’en principe, dans un tel cas, le confesseur doit renvoyer le cas à l’évêque ou à son délégué. Récemment, Mgr Dante Lafranconi, évêque de Crémone, a élargi la discipline existante autorisant chaque confesseur à dénouer cette situation. A notre connaissance un seul évêque français, Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers, a adopté une décision similaire pour son diocèse.

Toutefois, aucune autre forme d’homicide ne fait encourir ipso facto l’excommunication contrairement à ce qu’affirme faussement Mgr Lopez Trujillo, au mépris du droit et de sa pratique. Y compris la manipulation ou la destruction d’embryons extra-utérins. En outre, il est absolument impossible en droit canon d’étendre par analogie une peine à un délit voisin de celui qui est sanctionné. Il s’agit d’une ânerie que tout apprenti juriste un peu attentif éviterait.

Le cardinal Lopez Trujillo est connu pour son obstination, sa persévérance, son entêtement. Très combattif, il n’abandonne pas très vite la partie. En même temps, sa connaissance de la théologie et du droit semble souvent superficielle.

Il y a une dizaine d’années le même cardinal multipliait les bras de fer avec Mgr Luigi De Magistris, alors régent de la Pénitencerie Apostolique, un fidèle commis formé à l’ancienne, sur quelques questions relatives à la morale familiale dans le cadre du sacrement de réconciliation. En effet, le maximalisme outrancier du cardinal le poussait à des positions en net décalage avec les thèses beaucoup plus modérées et nuancées de la morale traditionnelle. Par exemple selon lesquelles il ne faut certainement pas pousser trop avant l’interrogation du pénitent au risque de le faire passer d’une faute matérielle à une faute formelle : si de bonne foi le pénitent pense que sa conduite n’est pas un péché, le convaincre du contraire peut le pousser à la révolte contre Dieu ou à la faute consommée. La morale catholique, héritière de Thomas d’Aquin, accordait une place plus grande à la conscience individuelle et à la bonne foi.

A force de trop vouloir pousser jusqu’à la racine une orthodoxie scrupuleuse, on finit par en sortir.

Cette prise de fonction différée s’explique sans doute en partie par le fait qu’à partir de la fête des Saints Pierre et Paul (29 juin), le monde de la Curie travaille au ralenti jusqu’à la fin septembre.

Sans doute, des nominations d’évêques, souvent nombreuses, sont annoncées en juillet (et cela devrait être particulièrement le cas cette année). En fait, le dicastère compétent a travaillé ces dossiers au printemps. Entre parenthèses, cela explique le petit nombre de nominations, en général, annoncées en septembre et octobre, avant la Toussaint. A cause du « trou » de l’été.

Mais, on le devine, un tel moratoire tient également aux résistances rencontrées dans le petit monde romain par ces changements.

En premier lieu, les chefs de dicastère semblaient désirer, en majorité, une prolongation de leur charge jusqu’à l’âge de 80 ans.

Or, les cardinaux Sodano et Szoka, les deux partants, sont nés en 1927 (entre parenthèses la même année que le Pape). Ils estimaient donc pouvoir rester en fonction encore un an. Le Cardinal Sodano a perçu sa mise à la retraite comme un désaveu, ce qu’elle est bien en partie.

De plus, le cardinal Dario Castrillon Hoyos, 77 ans, s’accroche lui aussi à sa charge de préfet de la Congrégation du clergé et ne semble pas disposé à lâcher prise.

En second lieu, beaucoup de curialistes, et non des moindres étaient hostiles à la désignation de Tarcisio Bertone.

A commencer par le cardinal Giovanni Battista Re qui connaît très bien les rouages de la Secrétairerie d’Etat, dont Mgr Bertone, jadis à la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est toujours défié, comme Joseph Ratzinger lui-même.

Les anciens diplomates élevés à la pourpre, Giovanni Cheli, Carlo Furno, Pio Laghi, Achille Silvestrini et Lorenzo Antonetti auraient, dit-on, exprimé dees réserves sur le choix d’un homme relativement étranger aux questions diplomatiques et politiques en raison de l’importance toujours croissante de tels enjeux.

Les rumeurs d’une nomination de Mgr Fortunato Baldelli, actuel Nonce en France, comme successeur de Giovanni Lajolo contribuent à accroître l’irritation et l’inquiétude.

Personne ne met en doute le sérieux, la droiture et la bonté personnelle de Don Fortunato, homme très respecté, étranger à tout esprit de clan et fidèle serviteur de l’Eglise. Pour la fonction, il semble trop âgé : 71 ans. A part Mgr Lajolo, les secrétaires pour les relations avec les Etats étaient nommés plus jeunes : Jean-Louis Tauran, l’avant-dernier, avait 47 ans. Très lourde, écrasante même, la charge exige de l’énergie. En outre, très spirituel, Mgr Baldelli n’a jamais été considéré comme un politique de premier plan. A la limite, malgré sa timidité naturelle, on l’aurait davantage vu comme pasteur d’un diocèse. La charge de « ministre des affaires étrangères » demande pourtant une compétence politique et diplomatique extraordinaire.

Selon les diplomates de la Curie, l’homme le plus idoine, dans sa génération, à remplir la charge de secrétaire pour les relations avec les Etats serait Mgr Celestino Migliore. Né en 1952, ce piémontais très efficace a été longtemps un excellent sous-secrétaire. Grand travailleur, il s’adapte bien aux différentes situations et son parcours a été un modèle du genre : Washington, Varsovie et Strasbourg.

Eventuellement, d’autres solutions alternatives seraient envisageables. On cite le nom de Mgr Claudio Celli, né en 1941, qui fut le prédecesseur de Migliore et attend une charge à sa mesure depuis quelques années. Il connaît très bien l’Asie (un grand atout aux yeux de Benoit XVI) mais également la question israelo-palestinienne.

Autre candidat potentiel, Mgr Luigi Gatti, né en 1946, Nonce en Libye et à Malte, qui fut derrière les épais murs du Vatican, l’artisan précieux de la politique proche-orientale.

Conservateur au plan doctrinal, un peu rigide mais excellent homme de dossier, Mgr Carlo Maria Vigano, 65 ans, demeure un candidat possible.

Pourtant, tout semble indiquer que Joseph Ratzinger le prédestinerait davantage à la charge cardinalice de préfet de la Congrégation pour les affaires économiques, pour y remplacer le très exhubérant mais aussi très discuté cardinal Sergio Sebastiani.

Enfin, une surprise paraît toujours possible : en l’occurrence, le choix d’un « monsignore » non évêque, qui serait un exécutant plus discret. Trois noms circulent. Ceux de :

- Mgr Piero Parolin, né en 1955, l’actuel Sous-Secrétaire, un prélat du Veneto, souriant et trrès adroit, considéré comme un modéré ;

- Mgr Gianfranco Rota Graziosi, né en 1944, un bergamasque très considéré et qui refusa toujours l’épiscopat et la charge de Nonce, excellent connaisseur de l’Asie (nous y revenons encore) ;

- Mgr Barnabé Adanuty Nguyen, né en 1941, le seul non-italien, un vietnamien (toujours l’Asie) actuellement l’une des chevilles ouvrières de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, dont le choix serait hautement symbolique.

Les rumeurs d’un départ du cardinal Giovanni Battista RE pour Gênes s’amplifient. Né en 1934, il quitterait la Curie après y avoir été pendant quarante ans un homme clé. Déjà à trois reprises son départ de la Ville éternelle pour un siège cardinalice en Italie avait été évoqué. En 1995, pour Gênes ; en 2002 pour Milan ; et quelques mois plus tard à nouveau pour Gênes, afin d’y remplacer le cardinal Tettamanzi. Si ce transfert devait se confirmer, cela signifierait que Benoît XVI entend bel et bien décapiter tous les clans influents de la Curie afin d’avoir davantage de contrôle sur elle. On se souvient de la nomination, le 20 mai, du Cardinal Crescenzio Sepe à Naples.

Une telle reprise en main constituerait un petit évènement car Jean Paul II n’avait pas véritablement prise sur une Curie qui lui échappait en bonne part.

Certains observateurs s’en réjouissent. D’autres se demandent pourtant si le Pape, qui n’est pas un politique de formation ni d’expérience, pourra se suffire longtemps à lui-même et gérer toutes les affaires sans l’aide de collaborateurs vraiment avertis.

On sait que telle fut à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale la tentation à laquelle succomba de plus en plus Pie XII : le Vatican resta sans Secrétaire d’Etat de 1944 à 1958.

A certains égards, Benoit XVI se montre de plus en plus pacellien.

Il vient de tenir à l’agence I. Media des propos qui ne sont pas en contradiction avec sa réputation.

Après le Concile Vatican II, « certains changements peu réfléchis ont été faits, dans la rapidité et l’enthousiasme » ce qui a abouti à « une situation opposée à celle que l’on souhaitait ».

L’archevêque n’est pas tendre contre certaines mesures adoptées après le Concile : ces « directives erronées comme l’abandon du sacré, la confusion des rôles entre les laîcs et les prêtres, ou encore certaains changements qui ont vidé les eglises en les protestisant. Ces changements de mentalité ont affaibli le rôle de la liturgie plutôt que de le renforcer » .

Il ne faudrait pas, selon Mgr Ranjith, chercher ailleurs la cause de la désaffection des sanctuaires et des séminaires.Il faudrait retrouver « certains aspects de la liturgie du paassé ».

L’archevêque rappelle que « l’ancien missel de saint Pie V n ’a jamais été aboli ». L’ancien missel ne saurait être dénigré. Il serait plus pertinent d’entreprendre, dans un sens traditionnel, une réforme de la réforme.

Le même archevêque avait accordé une préface à un ouvrage recommandant la célébration de la messe à l’ancienne (et non pas face au peuple).

Manifestement des « évolutions » sont à attendre en matière liturgique ces prochains temps.

Certains ont même devancé l’appel, tel le primat des Gaules, le cardinal Philippe Barbarin.

Vendredi 16 juin, venu présenter son livre « L’Evangile et la liberté », le religieux entend enfoncer le clou.

Sur fond de conservatisme, un accord serait possible entre l’orthodoxie et le catholicisme. Par contre, le laxisme moral compromettrait, selon Cyrille, toute chance de retrouvailles entre l’Orient et L’Occident.

Pour cet ecclésiastique très intégraliste, il convient donc que les chrétiens rejoignent un front commun en Europe « pour la conservation des valeurs religieuses dans la société contemporaine ».

Selon lui, la liberté ne serait acceptable qu’encadrée dans une vision axiologique (= des valeurs) très stricte et excluant toute permissivité coupable. Selon Cyrille, la loi civile elle-même doit s’ajuster en bonne part sur la morale objective et immuable défendue par les chrétiens, ou qui devrait l’être.

Ainsi, le thriller « Da Vinci Code » n’aurait même pas dû être publié. De même pour les caricatures danoises concernant Mahomet. Le conservatisme de Joseph Ratzinger et de nombre de prélats, ainsi que le tournant dans l’autre sens après la période conciliaire, sont très bien perçus par le Patriarcat de Moscou. En somme, une relative réconciliation serait à espérer face à un ennemi commun. Le seul en définitive. La modernité .

L’ecclésiastique russe s’est ensuite longuement étendu sur les combats communs envisageables contre la déliquescence moderne. Il a aussi exprimé un refus viscéral et violent contre toute acceptation de l’homosexualité ou de l’ordination de femmes.

Il se peut hélas, et c’est même certain, que le clin d’oeil réactionnaire de Cyrille sera apprécié à Rome par Benoît XVI et ses conseillers. D’ailleurs, une délégation catholique de six cardinaux se rendra à Moscou, les 4 et 5 juillet, pour une rencontre interreligieuse au sommet. Une stratégie y sera étudiée pour offrir une soi-disante « coopération spirituelle » au G8 programmé à Saint Pétersbourg dix jours plus tard. Pour Cyrille, les chrétiens doivent être plus courageux : « nous dirons aux politiques que la religion existe bien, qu’elle a ses besoins et ses réponses ».

Le Cardinal Walter Kasper, actuel Président du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens, se fait à Rome l’artisan dévoué de cette politique oecuménique signée Benoît XVI, laquelle, loin de faire son miel d’une certaine relativisation des positions dogmatiques des uns et des autres, s’appuie sur une volonté commune d’opposer un front intransigeant au relativisme éthique de nos sociétés occidentales.

Le grand revirement de Mgr Kasper, jouissant jusqu’à présent d’une réputation de théologien ouvert, s’est manifesté à de nombreuses reprises ces dernières années, y compris sur des questions doctrinales internes à l’Eglise catholique (par exemple sur la piété eucharistique).

Manifestement, le « ministre de l’oecuménisme » s’est en substance rallié au projet de contre-réforme en cours au sein de l’Eglise catholique. Selon toute vraisemblance, il a reçu pour mission de recentrer l’oecuménisme : tous ensemble unis contre le vilain relativisme !

A bien des égards, Mgr Bertone se révèle un choix atypique. Né en 1934, il sera sans doute dans ses fonctions pour un temps moins long que ses prédécesseurs. Cinq ans environ.

A la différence de ses deux prédécesseurs, les cardinaux Agostino Casaroli et Angelo Sodano, il n’est pas issu du corps diplomatique et se présente comme un homme de doctrine plutôt que de politique internationale. Enfin c’est un religieux salésien.

Le Pape a voulu replacer davantage l’accent sur la dimension interne de la fonction, sur l’aspect doctrinal et religieux, plutôt que sur la dimension politique et sur le talent diplomatique. C’est en ce sens une petite révolution de Palais.

Tarcisio Bertone, comme Joseph Ratzinger, a été longtemps professeur, de droit canonique il est vrai, alors que le futur Benoît XVI est théologien.

Comme son prédécesseur, Mgr Sodano, Don Tarcisio est piémontais. Originaire, donc, d’une région qui a le vent en poupe au Vatican et reputée très travailleuse.

Vice-Recteur puis Recteur de l’Université salésienne de Rome, Don Bertone devient évêque relativement sur le tard, en 1991. Il est nommé archevêque de Vercelli, le deuxième siège métropolité du Piémont (après Turin). En 1995, il est rappellé à Rome justement comme Secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Excellent connaisseur des dossiers, c’est un homme intègre et très loyal, absolument étranger à toutes les factions rivales de la Curie.

Sa synergie avec le cardinal Ratzinger fut parfaite. Après deux échecs pour sa promotion à la tête d’un chef de Dicastère (comme Préfet de l’Education caztholique puis des religieux), Don Tarcisio devient archevêque de Gênes en 2002 et coiffe la barrette cardinalice l’année suivante. Lors du Conclave qui a élu Benoît XVI, il faisait déjà figure de papabile très crédible. Depuis l’arrivée de Joseph Ratzinger sur le siège de Pierre, Mgr Bertone était de plus en plus écouté à Rome.

A titre personnel, l’homme est estimé pour sa puissance de travail et sa rigueur intellectuelle. Comme évêque diocésain, il s’est montré plus flexible et cordial qu’on ne l’aurait imaginé. Ne se plaisait-il pas à commenter pour ses ouailles les matchs de football ?

Dans la gestion du cas Milingo, cet évêque zambien qui...avait contracté mariage dans le secte de Moon, il se montra patient et très adroit. Mgr Bertone est un véritable italien : intransigent sur les principes mais capable d’entregent dans les questions particulières. Il s’impose même à présent comme un probable successeur en cas de disparition prématurée de Benoît XVI (avec peut-être le cardinal indien Ivan Dias, préfet de la congrégation pour l’évangélisation des peuples).

Doctrinalement, il est très solidement conservateur. Un conservateur intelligent, fin juriste et théologien subtil. Héritier de l’école romaine, il se refuse à des positions abruptes et caricaturales. En même temps, la saine doctrine sera défendue avec beaucoup de clarté. L’entreprise de restauration souhaitée par Joseph Ratzinger trouvera en lui un exécutant dévoué et même zélé. Au plan moral, Mgr Bertone en finira avec les compromis qu’il juge choquants, comme l’enterrement pendant longtemps de l’affaire Maciel. La grande entreprise de redressement va se poursuivre. A tous les niveaux. Giovanni Lajolo au gouvernorat

Le principal rival de Mgr Bertone à la Secrétairerie d’Etat, Mgr Giovanni Lajolo, un piémontais de 71 ans, actuel secrétaire pour les relations avec les Etats, a été lui aussi promu à un poste cardinalice : il remplace le Cardinal américain Edmund C. SZoka comme patron de l’administration de la Cité du Vatican. Une charge qui ne place pas son titulaire devant les projecteurs mais implique une part d’influence néanmoins considérable.

Dans les prochains jours le successeur de Bertone à Gênes et celui de Lajolo comme « ministre des affaires étrangères » devraient être choisis.

Pour Gênes, on parle beaucoup du transfert du cardinal Giovanni Battista Re, 72 ans actuel préfet de la Congrégation des Evêques, mais aussi d’un autre évêque de Curie, Mgr Mauro Piacenza, 62 ans, originaire de Ligurie. Deux ou trois évêques de la région sont cités : Mgr Mario Oliveri, 62 ans, évêque d’Albenga ou encore Mgr Alberto Careggio, 69 ans, évêque de Ventimiglia et ami personnel de Jean Paul II sont donnés favoris. Mais la promotion pourrait honorer n’importe quel évêque italien de renom.

Pour la succession de Mgr Lajolo, quatre noms sont évoqués le plus souvent : Mgr Claudio Maria Celli, 65 ans, bon connaisseur de l’Asie ; Mgr Luigi Gatti, 60 ans, spécialiste des questions autour d’Israël et de la Palestine, Mgr Celestino Migliore, 54 ans, Nonce auprès de l’ONU et Mgr Piero Parolin, 51 ans, actuel bras droit de LAjolo.

Golias reviendra de façon plus détaillée aussi bien sur le choix de Bertone comme « premier » du Pape que sur les autres nominations en cours très prochainement.

De nombreuses discussions des observateurs du Vatican tournent ainsi autour de la date que pourrait choisir le pape pour de nouvelles nominations, comme celle de la fête solennelle des saints Pierre et Paul, le 29 juin prochain.

Bon nombre de noms circulent pour occuper les postes clefs de la curie. “Les rumeurs vont bon train sur un remaniement imminent au sommet de l’Eglise”, a reconnu Radio Vatican sur son antenne, le 12 juin au soir. “Les couloirs du Vatican auront rarement été aussi bruyants qu’en ce début d’été” a ainsi noté Romilda Ferrauto, rédactrice en chef de la section française, notant que le récent voyage de Benoît XVI en Pologne avait été “perçu par beaucoup comme la fin d’un deuil et le début d’une nouvelle période”. Outre les mouvements internes à la curie que pourrait souhaiter Benoît XVI après plus d’une année de pontificat, il convient de constater que plus d’une demi-douzaine de responsables de dicastères ou de proches collaborateurs du pape ont dépassé l’âge de la retraite canonique, fixée à 75 ans. C’est le cas du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat depuis décembre 1990, âgé de 78 ans et qui fêtera une année de plus en novembre. Beaucoup de membres de la curie s’accordent à dire qu’il devrait être remplacé d’ici à fin de l’été.

Les changements potentiels à la curie apportent ainsi leur lot de rumeurs au sujet des prochains "hommes" de Benoît XVI.

Le poste le plus en vue, celui de secrétaire d’Etat, pourrait être confié à un proche du pape, le cardinal archevêque de Gênes, Tarcisio Bertone, âgé de 72 ans et secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi aux côtés du cardinal Joseph Ratzinger pendant plusieurs années. Récemment interrogé par la presse au sujet de son éventuelle nomination comme "numéro deux" du Saint-Siège, le cardinal Bertone a affirmé que tout cela était “dans l’esprit de Dieu et du pape”. “Je n’ai encore reçu aucune communication officielle, je ne sais rien de précis”, a cependant confié l’archevêque de Gênes.

Postes clés

Pour occuper le poste de secrétaire d’Etat, d’autres noms sont aussi avancés dans les sphères vaticanes comme celui du préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Battista Re. Ancien substitut pour les Affaires générales, il bénéficie d’un réel parcours diplomatique et d’une bonne expérience de la curie. Mais si le cardinal Bertone venait à occuper ce poste, le cardinal Re pourrait aussi être envoyé à sa place à Gênes. Le nom du patriarche de Venise, le cardinal Angelo Scola, revient aussi régulièrement dans ces pronostics pour la Secrétairerie d’Etat. Ce théologien reconnu a été l’homme-orchestre du dernier Synode des évêques, en octobre 2005. Le nom du cardinal Attilio Nicora, président de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), à qui le pape aurait confié la tâche de réfléchir à la réorganisation de la curie, est aussi avancé. Ainsi que celui du cardinal Agostino Vallini, préfet du Tribunal de la Signature apostolique.

Des changements pourraient aussi intervenir pour substituer l’actuel secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, qui pourrait être nommé à la tête du Gouvernorat, en remplacement du cardinal Szoka. Le nom le plus souvent cité pour remplacer le "ministre des Affaires étrangères" du Saint-Siège est celui de Mgr Fortunato Baldelli, actuel nonce apostolique à Paris. Son nom est parfois avancé aussi pour remplacer le substitut, Mgr Leonardo Sandri. Le cardinal Ratzinger avait, avant son élection, appelé de ses vœux une réforme de la curie. Avec de nouvelles nominations, ou séparément, Benoît XVI pourrait ainsi procéder à certains changements dans l’organisation de la curie, en vue d’un "amaigrissement" de ce lourd appareil dont il a été question, sub secreto, lors d’une réunion des cardinaux du monde entier au Vatican, le 23 mars dernier.

Quelques jours plus tôt, le 11 mars, Benoît XVI avait déjà procédé à l’unification "temporaire" de la présidence du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement avec celle du Conseil Justice et Paix. Il avait aussi unifié la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avec celle du Conseil pour la culture. Les Conseils pontificaux dont les présidences ont fusionné, mais qui fonctionnent pour le moment plutôt en parallèle, pourraient ainsi subir le même sort. En attendant, certains d’entre eux devraient déménager dans des bâtiments en travaux au début de la via della Conciliazione.

Allègement d’un appareil trop chargé ?

Le pape pourrait aussi souhaiter réduire le nombre des Conseils pontificaux créés après le Concile Vatican II (1962-1965) par Paul VI sous la forme initiale de commissions et dont le rôle avait été largement amplifié par Jean Paul II.

Benoît XVI pourrait alors par exemple regrouper le Conseil pontifical de la famille avec celui consacré à la santé, ou avec celui des laïcs.

En outre, une nouvelle structure, sous la forme d’un "super-dicastère" ou d’une préfecture, pourrait être créée afin de regrouper les diverses institutions de communication du Vatican : la Salle de presse du Saint-Siège, L’Osservatore Romano, Radio Vatican, le Centre télévisé du Vatican (CTV), faisant disparaître dans le même temps le Conseil pontifical des communications sociales et entraînant le départ de son responsable, l’Américain Mgr John Foley. Ce projet déjà évoqué depuis plus de 6 ans permettrait aussi au pape de mettre à la retraite deux serviteurs de Jean Paul II, Joaquin Navarro-Valls et Mario Agnes, directeurs respectivement de la Salle de presse et de L’Osservatore Romano. Dans son souhait de regrouper certains dicastères, Benoît XVI aurait demandé à Mgr Angelo Comastri, vicaire général de la Cité du Vatican, de prendre la succession du cardinal Castrillon Hoyos à la tête de la Congrégation pour le clergé, et d’absorber une autre congrégation. Il pourrait s’agir de celle pour les instituts de vie consacrée, celle pour l’éducation catholique, ou encore celle du culte divin. Avant ou après l’été ?

Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI a nommé quelques hommes clefs de la curie, comme son successeur à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’Américain William Joseph Levada, le 13 mai 2005.

Le 20 mai dernier, il a nommé le cardinal Ivan Dias, jusqu’ici archevêque de Bombay, à la tête de la très puissante Congrégation pour l’évangélisation des peuples, envoyant à Naples le cardinal Crescenzio Sepe.

En outre, Benoît XVI avait rappelé à Rome en décembre dernier Mgr Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, ancien bras droit du préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, écarté par ce dernier en avril 2004, en le nommant secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

En mars 2006, le pape avait éloigné Mgr Michael Fitzgerald de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en le nommant nonce apostolique en République arabe d’Egypte et délégué auprès de l’Organisation de la Ligue arabe.

Peu à peu, Benoît XVI semble ainsi s’entourer de personnes de confiance, des prélats souvent inattendus. “Avant ou après l’été ?“, “avant ou après le voyage en Espagne ?“... les journalistes "vaticanistes", souvent influencés par des bruits circulant dans les couloirs des palais apostoliques du Vatican, s’interrogent sur la date que choisira Benoît XVI pour annoncer une série de nominations.

Ils se demandent aussi si le pape ne procédera pas, comme depuis le début de son pontificat, par petites touches...

Ces déclarations arrivent alors que, comme à l’accoutumée, une délégation du patriarcat oecuménique de Constantinople doit se rendre à Rome le 29 juin prochain pour la fête des saints Pierre et Paul et que le pape doit se rendre au Phanar (siège du patriarcat à Istanbul) en novembre prochain. Si le Synode orthodoxe reconnaît qu’il “est indéniable que, dans le passé récent, le terme ‘Occident’ a acquis un sens culturel nouveau en l’étendant à des espaces inconnus aux premiers temps de l’Eglise, comme l’Amérique ou l’Océanie“, l’abandon du titre de ’patriarche de l’Occident’ par Benoît XVI ne doit pas “mener à l’absorption“ d’espaces géographiques clairement distincts, de différentes “juridictions“ ecclésiastiques, par une “Eglise universelle“.

En effet, si le pape a abandonné son titre de ‘patriarche de l’Occident’, en revanche, il a conservé celui de “ vicaire de Jésus-Christ “, et surtout celui de “ souverain pontife de l’Eglise universelle “.

Rejet du concept d’Eglises soeurs

Des Eglises différentes existent“, explique le rapport. Elles se distinguent par “des fondements culturels, confessionnels, ou rituels“.

Même “dans les circonstances historiques actuelles, l’Eglise doit être considérée, d’un point de vue ecclésiologique, comme ’l’unité pleine d’Eglises locales’“.

Ainsi, en rejetant le titre de ‘patriarche de l’Occident’, le pape aurait aussi rejeté le concept “d’Eglises soeurs“ entre catholiques et orthodoxes. Le patriarcat de Constantinople souhaite ainsi “qu’aucune autre difficulté ne vienne s’ajouter à la discussion du problème si épineux de la question de la primauté de l’évêque de Rome“.

Une question qui sera au cœur de la reprise des travaux de la commission mixte de dialogue catholico-orthodoxe en septembre 2006, en Serbie, après 6 ans d’interruption. Le Synode rappelle ainsi à Benoît XVI d’anciens écrits de Joseph Ratzinger : “Concernant la question de la primauté, Rome ne peut exiger de l’Orient plus que ce qui a été dit pendant le premier millénaire“. Pour le rapport, la question de la primauté du pape ne peut être résolue qu’à travers le principe de synodalité au sein de l’Eglise. Benoît XVI semble avoir répondu au Saint Synode lors de l’audience générale du 14 juin 2006. En effet, il a souligné dans sa catéchèse que les Eglises de Rome et de Constantinople sont “des Eglises véritablement soeurs“. Cependant, se penchant sur la figure de l’apôtre André, le pape a souligné que s’il fut “l’apôtre du monde grec“, Pierre a rempli “une mission universelle“. Les explications officielles réclamées par les orthodoxes sur l’abandon du titre de ’patriarche de l’Occident’ et communiquées par le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le 22 mars 2006, ne les ont donc pas satisfaites. Si, dans l’Annuaire pontifical 2006, Benoît XVI a abandonné l’un de ses 9 titres officiels , celui de ’patriarche de l’Occident’, c’est, selon le Saint-Siège, que ce titre ne correspond pas au contexte culturel de l’Eglise catholique et que le pape entend favoriser l’oecuménisme. Ce que le Saint Synode semble donc en partie réfuter.

Une prétention à la primauté universelle ?

L’évêque orthodoxe Hilarion de Vienne et d’Autriche avait été le premier à vivement réagir à l’annonce de l’abandon du titre de patriarche de l’Occident par le pape. “Certains ont vu dans cet abandon du titre de patriarche d’Occident un signe du désir du pape d’améliorer les relations avec l’Eglise orthodoxe. Cependant, les raisons pour lesquelles la suppression du titre pourrait améliorer les relations du siège de Rome avec les Eglises orthodoxes restent mystérieuses“, avait-il estimé. “Bien au contraire, ce geste peut être interprété comme une preuve des prétentions croissantes de l’évêque de Rome à la primauté universelle“. “De tous les titres du pape, le plus acceptable pour les orthodoxes est celui d’évêque de Rome . Les titres d’archevêque-métropolite de la province romaine et de primat d’Italie sont également reconnus par les Eglises orthodoxes. Ces trois désignations pourraient tout à fait être celles du pape si la communion devait être rétablie entre l’Orient et l’Occident“, avait aussi déclaré Mgr Hilarion. Les théologiens orthodoxes considèrent comme le principal et le plus grand obstacle à l’unité la doctrine latine de l’autorité universelle de l’évêque de Rome. “Si le pape voulait faire un geste ou donner un signe aux orthodoxes, comme il le promettait dès son premier discours en tant qu’évêque de Rome, c’est au titre de souverain pontife qu’il aurait dû renoncer“, estimait encore l’évêque Hilarion.

Une kyrielle de titres pour désigner le pape

L’Annuaire pontifical désigne traditionnellement le pape comme : évêque de Rome, vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres, souverain pontife de l’Eglise universelle, patriarche de l’Occident, primat d’Italie, archevêque métropolite de la province romaine, souverain de l’Etat de la Cité du Vatican et, enfin, serviteur des serviteurs de Dieu.

Le terme de patriarche pour le pape a été rarement employé depuis le Grand schisme de 1054 qui sépara définitivement catholiques et orthodoxes. Le théologien et cardinal Yves Congar estimait qu’il ne s’agissait pas d’un titre pontifical à proprement parler.

Pour les orthodoxes, la carte de l’autorité ecclésiale était dessinée par cinq patriarcats originaux : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le titre de patriarche n’entra d’ailleurs dans la titulature du pape qu’en 1863.

Au cours des siècles, la titulature des souverains pontifes a beaucoup évolué selon la perception et l’exercice de leur pouvoir et de l’autorité apostolique.

L’appellation même de ’papé’, le terme le plus populaire pour désigner les évêques de Rome, n’était pas à l’origine un privilège exclusif . Il désignait alors tous les évêques.

Ce n’est qu’au 11e siècle que Grégoire VII (1073-1085) par un ’dictatus papae’ décréta que le titre de pape serait réservé au successeur de Pierre sur le siège de Rome :

Quod hoc unicum est in mundi (parce qu’il est unique au monde).

Cela ne signifie pas, bien entendu, qu’ils n’étaient pas des croyants sincères ou qu’ils servaient véritablement la cause de Moscou. Très souvent il s’agissait en réalité parfois de pressions exercées, de chantage (par exemple à cause de questions de vie privée). Il s’agissait parfois également de donner un peu pour obtenir beaucoup (ou ce que l’on croyait naïvement être tel).

En tout état de cause, un scandale énorme risque d’éclater. Le Cardinal Stanislas Dziwisz, ancien secrétaire de Jean Paul II et actuel archevêque de Cracovie se ronge d’inquiétude. En effet, nul ne sait où s’arréteront de pénibles révélations qui peuvent discréditer le clergé polonais.

A la Secrétairerie d’Etat du Vatican, on estime d’ailleurs que, selon toute probabilité, les milieux d’extrême droite tentent ainsi d’imposer une pression sur l’Eglise catholique et sur Rome. En effet, l’appel à la dépolitisation du clergé lancé par Benoît XVI lors de son voyage n’a pas été bien reçu partout. C’est le moins que l’on puisse dire !

Le Cardinal Dziwisz estime qu’une telle chasse aux sorcières serait « nuisible pour l’Eglise ». En effet, parmi les suspects de collaboration, on cite en bonne place le Père Mieczyslaw Malinski, un prêtre de 83 ans, jadis proche ami de Karol Wojtyla, considéré d’ailleurs comme une jonction entre le Pape Jean Paul II et des milieux plus progressistes de l’Eglise universelle.

Le Père Malinski est ainsi étroitement lié au Cardinal Willebrands, alors président du Conseil pour l’Unité des chrétiens. Il n’en a pas moins consacré seize ouvrages à Karol Wojtyla. Selon certaines accusations, le Père Malinski aurait en fait longtemps espionné le Père Dziwisz lorsque celui-ci était à Cracovie.

Un autre accusé de poids doit être évoqué : le Père Michal Czajkowski, coprésident du Conseil polonais des chrétiens et des juifs, accusé d’avoir fourni de très nombreux rapports détaillés. Ce religieux a vivement démenti et dénoncé de telles manipulations. Il se pourrait en effet que des milieux de l’antisémitisme aient tenté de jeter le discrédit sur ce prêtre engagé positivement dans le dialogue avec le judaisme.

Benoît XVI lui-même semble de plus en plus préoccupé des noms qui pourraient tomber. Il a en effet dénoncer une « tentation arrogante de s’ériger en juge des générations précédentes sans prendre en compte les particularités de cette époque ».

Bien entendu, le conflit entre le christianisme et la gnose sera décisif dans les premiers siècles. Par contre, il ne faudrait pas y voir une quelconque canonisation du «  credo quia absurdum  » de Tertullien, un mépris de l’intelligence, une tentation de piétisme et le culte de l’ignorance.

Au contraire, le message chrétien stimule l’intelligence. Comme l’enseigne Augustin, nous trouvons mais pour continuer à chercher encore.

Aujourd’hui une double menace pèse, nous semble-t-il, sur l’intelligence chrétienne : d’une part, un repli sur les dévotions et un sens falsifié du mystère, avec le risque de la crédulité et d’un sentimentalisme superficiel ; d’autre la crispation dogmatiste , le repli frileux et défensif sur ce que nous comprenons actuellement du mystère.

En fait, l’intelligence, éclairée par la foi ouvre des horizons et se refuse à dresser trop vite des clôtures.

Lacordaire, restaurateur de l’ordre dominicain en France au XIXe, avait ce mot au sujet de Thomas d’Aquin : « non pas une borne, mais un phare ». Un phare pour inviter le navire à aller plus loin et à quitter les rives.

La connaissance véritable est toujours une aventure qui continue.

Da Vinci Code.

C’est une grande nouveauté dans la tradition que cette interprétation pontificale qui, à mon sens, ne respecte ni le sens littéral des Ecritures, ni son sens spirituel !

Mais elle est sans doute en harmonie avec la pensée du Pontife qui poursuit : « Croire veut dire, avant tout, accepter comme vérité ce que notre esprit ne peut comprendre complètement ! »

Certes, nous ne pouvons qu’acquiescer s’il s’agit de confesser l’infini de l’amour de Dieu , que personne ne peut maîtriser.

Mais la lettre aux Ephésiens n’affirme-t-elle pas, comme le pape le rappelle justement, que « Dieu nous a donné un esprit de sagesse (...) pour nous faire comprendre à quelle espérance nous sommes appelés ? »

La lettre aux Hébreux ne considère-t-elle pas que la foi nous permet de « posséder » déjà ce que nous espérons, et de « connaître » des réalités que nous ne voyons pas (He 11, 1) ?

Quant à Saint Jean, ne rapporte-t-il les mots de Jésus, lui qui nous appelle ses amis et non ses esclaves parce qu’il nous a «  tout  » fait «  connaître  », en nous promettant l’Esprit qui nous conduirait vers la vérité tout entière ? Ce qui signifie bien que nous sommes en chemin : il ne peut s’agir de « rester là ! » Et, si la contemplation est fondamentale pour la vie du chrétien, elle ne peut que le conduire en itinérance sur les routes du monde, au « carrefour des nations » (la Galilée), où le Christ le précède pour qu’il y discerne les « signes des temps », comme Vatican II l’y convie.

Le pape demande de regarder vers le ciel !

Nous sommes bien d’accord avec Benoît XVI quand il décrit la foi comme l’abandon à Dieu, la confiance au Christ...

Mais non sans ajouter ce commentaire de Jean-Baptiste Metz, théologien qui a beaucoup réfléchi sur la dimension politique de la foi chrétienne : il est toujours dangereux, pour ses propres intérêts, de penser Dieu, de croire en lui ! La foi est le « souvenir dangereux » de la vie du Christ !

Or, c’est sans doute cet aspect de la vie de foi, incarnée dans le monde tel qu’il est pour le transformer selon la volonté de Dieu, qui manque aux propos de Benoît XVI.

Car, comment ne pas relier ce qu’il dit d’une foi qui adhère sans comprendre à ses propos de Birkenau au sujet d’un peuple allemand abusé par une bande de criminels ? Si les croyants catholiques allemands avaient moins regardé le ciel et un peu plus discerné la présence de Dieu dans le plus petit, le bafoué, se serait-il laissé tromper ? Il est quand même curieux que le pape invite les croyants à vivre aujourd’hui ce qui, hier, les a conduits à l’aveuglement !

Certes, il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, ni de juger, de manière anachronique, nos aînés dans la foi, comme le souligne le discours au clergé prononcé à Varsovie. Le pape y affirme d’ailleurs l’importance d’une « bonne formation théologique » avant de préciser qu’elle ne nécessite pas, selon lui, la connaissance de « toutes les actualités, les courants de pensées sans cesse en mouvement », mais seulement de « l’éternelle sagesse contenue dans les paroles révélées ! »

Comment alors incarner cette sagesse sans connaître le monde dans lequel elle doit prendre racine, ne serait-ce que pour être un peu plus lucide sur les compromissions et les « précompréhensions » d’hier et... d’aujourd’hui ?

A Auschwitz, Benoît XVI a pourtant invoqué « un Dieu de la raison », la « raison de l’amour et de la reconnaissance de la force de la réconciliation et de la paix [qui] prévaut sur les menaces environnantes de l’irrationalité », mais sans préciser comment former cette raison pour la « porter à reconnaître le mal comme mal, et à le refuser. »

Au contraire, se concentrant sur la thématique du «  silence de Dieu  », il a, semble-t-il, oublié le silence de l’homme , notamment des catholiques.

Dans la même perspective, il déclara à Varsovie que les fidèles n’attendaient des prêtres qu’une seule chose : « qu’ils soient des experts dans la vie spirituelle », mais pas en « économie, en immobilier, ou en politique. » Mais qui donc, alors, écrira la Doctrine Sociale de l’Eglise ?

Sur quels critères discernerons-nous que telle loi est mauvaise parce que contraire à la vie selon l’Esprit ?

Mais ne soyons pas inquiets : des prêtres polonais, « mûrs, virils, capables de cultiver une authentique paternité spirituelle » viendront nous enseigner, puisque le pape les a invités à accompagner leurs compatriotes qui émigrent et même, puisqu’ils sont nombreux, à « servir là où les prêtres manquent !  »

Un « dumping » ecclésial en quelque sorte !

Officiellement, l’épiscopat polonais se démarque de cette outrance et la réprouve. Après l’avoir longtemps tolérée car il est loin d’avoir opéré lui-même certains tournants et parce que beaucoup plus réactionnaire que ne le fut Karol Wojtyla, pape polonais sans doute, mais très différent au final de nombre de ses compatriotes.

En fait, on peut se demander parfois, comme le Père jésuite Stanislaw Opieha, un religieux polonais progressiste si loin de diviser l’Eglise polonaise, Radio Maryja ne la refléterait pas en réalité (au moins en sa majorité).

Le Vatican s’inquiète des dérapages répétés de Radio Maryja et d’un tel engagement politique de la part des prêtres.

Joseph Ratzinger semble à la fois très perplexe, très irrité et très inquiet. A plusieurs reprises, le Nonce à Varsovie, Mgr Joseph Kowalczyk est intervenu sèchement et a demandé aux évêques polonais de mettre la turbulente Radio sous tutelle.

En 1997, le Cardinal Joseph Glemp, primat, est loin d’être parmi les plus conservateurs à tel point qu’une majorité d’évêques le trouvant trop accommodant lui aurait déconseillé de rester Président de la Conférence. Glemp dénonce déjà les prises de positions intempestives de la dite Radio sur les questions de société et en politique.

Pourtant, soucieux de se ménager une porte de sortie, il profite de l’occasion pour vanter l’enseignement religieux qui y est donnée. Prudence oblige. On le sait, la petite poignée d’évêques plus ouverts, comme Mgr Goclowski, archevêque de Gdansk, Mgr Zycinski, l’archevêque de Lublin (un intellectuel distingué) et surtout Mgr Pieronek, longtemps auxiliaire très en vue de Cracovie mais brûlé car trop libéral, tente de se démarquer le plus possible de toutes les franges nationalistes et fondamentalistes. Leur tâche est de plus en plus difficile dans un épiscopat certes moins radical que Radio Maryja mais parfois bien complaisant avec ce courant, aussi par souci de ne pas désespérer ses troupes !

Beaucoup d’observateurs estiment que les évêques polonais cultivent volontiers une attitude équivoque, pour ne pas dire plus. Leur dévotion sincère à la personne de Jean Paul II les contraignait à briser leurs penchants nationalistes et anti-européens.

A présent que le Pape polonais est décédé et que l’Europe occidentale s’oriente plus nettement vers la sécularisation (par exemple refus d’affirmer les racines chrétiennes et choix sociétaux comme le mariage gay) ils se sentent plus libres de contester une europhilie qu’ils jugent de plus en plus négativement. D’où également sans doute leur relative complaisance à l’égard de Radio Maryja et du tristement célèbre Père Rydzyk.

Il faut savoir que l’évêque de Torun, ville où se tient Radio Maryja, Mgr Andrzej Suski, défend la station la qualifiant de « voix courageuse de la vérité. »

Plus circonspect, Mgr Joseph Michalik, archevêque et Président de la Conférence épiscopale, n’est cependant pas loin de le penser. L’épiscopat polonais est globalement ultra-conservateur.

Ce conservatisme se manifeste aussi dans les relations avec le judaïsme. En 1990, le Cardinal Glemp, classé parmi les modérés et assez mal vu des plus intransigeants, dénonça en une lettre remarquée l’antisémitisme. Pourtant, il avait auparavant tenu des propos très limites sur la même question au moment de l’affaire du carmel d’Auschwitrz.

Aucun dignitaire épiscopal n’a d’ailleurs été présent à la cérémonie commémorant le soixantième anniversaire de massacre de Jedwabne, au cours duquel plusieurs centaines de juifs furent brûlés vifs dans une grange par des Polonais. Le philosémitisme de Karol Wojtyla, jamais critiqué ouvertement en public suscitait en privé plus que des réserves. A part quelques évêques, comme NN SS Zycinsky, Pieronek, Goclowski, déjà cités, ou encore Muszynsky (Gniezno) et Gadiecki (Poznan), la majorité des prélats accueille très fraichement tout ce qui concerne les juifs.

Au sein de la conférence, Mgr Stanislas Dziwisz perpétue la mémoire du Pape défunt dont il fut le secrétaire. Créé cardinal il y a peu de temps, l’homme est estimé mais n’est pas forcément écouté. Il a passé trop de temps à Rome et a perdu un peu prise sur le peuple de Cracovie.

A demi-voix, les catholiques qui l’aiment et le respectent en tant que personne le trouvent un peu naïf sur les questions politiques.

Le Cardinal Dziwisz manque certainement de carrure personnelle et ses discours sont médiocres. Beaucoup de choses dépendront du choix du nouvel archevêque de Varsovie, du futur Primat, du successeur du Cardinal Glemp.

Sur place, le favori demeure Mgr Michalik partisan d’une ligne plus réactionnaire que celle du trop diplomatique (à son goût) Joseph Glemp.

Rome ne semble pas favorable à ce choix.

Mgr Michalik cultiverait même des sympathies pour le leader d’extrêmle droite Lepper. Dans les Sacrés Palais, on envisagerait davantage le transfert d’un des deux chefs de dicastère polonais de la Curie.

D’une part, le Cardinal Zenon Grocholewski, 67 ans, préfet de la congrégation pour l’éducation catholique ;

d’autre part, Mgr Stanislas Rylko, 61 ans, le ^président du Conseil pontifical pour les laïcs. Ce dernier est considéré comme trop moderniste par les évêques polonais (décidément tout est relatif) mais son amitié avec Karol Wojtyla plaide toutefois en sa faveur.

L’enjeu sera décisif. Benoît XVI ne semble pas prêt à céder.

Les réponses du bon Père, souvent fines, érudites, argumentées - on n’en attendait pas moins de lui - se révèlent pourtant assez décevantes. Le Père Sesboué attire notre attention sur certains points, et nous lui en savons gré, mais devient un apologète trop certain de lui-même lorsqu’il avance très péremptoirement : « le Christ a eu des rapports sexués mais pas sexuels. »

Qu’en, sait-il ?

Nous n’avons pas « tenu la chandelle » et nous nous garderions comme la peste de prendre à notre compte des hypothèses diverses et croustillantes, faute d’un réel fondement.

Le Père Sesboué a raison d’écrire contre Dan Brown et consorts : « dire que Jésus était l’amant de Marie Madeleine est une pure projection, typique de l’obsession moderne face à la sexualité. » Pourtant, si rien ne nous autorise à affirmer que Jésus aurait vécu en couple, se serait marié, aurait été homosexuel (encore que le célibat, chose exceptionnelle à l’époque permet au moins de ne pas exclure semblable hypothèse), se serait masturbé ? rien ne permet de l’exclure sinon une crainte désuète du sexe qui culpabilise ce qui ne doit pas l’être. Nous savons d’ailleurs la fragilité de l’argument « a silentio. »

Quand le Père Sesboué avance : « la relation de Jésus à son Père est tellement forte qu’elle ne pouvait laisser place à une relation conjugale. » Sur ce point, nous sommes en désaccord total. C’est faire injure à tous les saints qui furent mariés et vécurent en famille. Un psychanalyste d’ailleurs discernerait là bien des choses suspectes. Une dépendance à un parent, de type homosexuel passif, qui empêche finalement le désir propre d’être libre. Une sorte de fusion matricielle transposée sur le père, idéalisé, qui fait office de mère.

Les fantaisies lucratives du «  Da Vinci Code  » doivent être critiquées. La façon très déplaisante avec laquelle Dan Brown suggère que le roman dirait peut-être bel et bien la vérité frise la malhonnêteté intellectuelle.

Pour autant, nous sommes loin des certitudes du Père Sesboué.

Ce courant nationaliste et intégriste est proche des jumeaux Kaczynski. En même temps, la jeunesse polonaise vomit de plus en plus cette volonté d’une Eglise réactionnaire, obscurantiste et homophobe de gagner du terrain. On ose espérer que les victoires actuelles de la tendance dure sont les dernières. (pour aller plus loin sur cette question, lire le prochain numéro de Golias n°108, à paraître fin mai).

Beaucoup d’évêques polonais sont eux-mêmes très mal à l’aise par rapport à cet engagement droitier, anti-européen et proprement théocratique de Radio Maryja. Parmli eux, le Cardinal Jozef Glem, archevêque de Varsovie et Primat de Pologne. Avant Noël, ce dernier a dénoncé la station de Radio pour la violence de son ton ; d’autant plus, ce qui n’est pas du goût du cléricalisme foncier de Son Eminence, que Radio Maryja échappe au contrôle de la hiérarchie. Sur le fond, le jugement sévère de Mgr Glemp est pourtant intéressant : « en perpétuant une dévotion datant d’avant la seconde guerre Mondiale et en faisant une sélection dans l’enseignement moderne de l’Eglise, elle provoque des divisions parmi les fidèles, le clergé et les évêques ». D’autres évêques plus ouverts, comme Mgr Pieronek (Recteur de l’Académie de Théologie de Krakow) ou l’archevêque de Lublin, Mgr Zycinsky, insistent depuis des années pour que la hiérarchie vaticane prenne ses distances à l’égard des ultras de Radio Maria. Néanmoins, les évêques polonais ont élu à leur tête un Président plus complaisant sur sa droite : l’archevêque Jozef Michalik. Au contraire, le Nonce à Varsovie, Mgr Jozef Kowalczyk, un diplomate de tempérament, souhaiterait une ligne plus modérée et moins arrogante.

Aussi le 10 janvier dernier, la Nonciature Apostolique à Varsovie a-t-elle éprouvé le besoin d’une ferme mise au point : « les activités institutionnelles du clergé qui engagent de quelque façon que ce soit l’autorité de l’Eglise, menées personnellement ou par l’entremise d’autres personnes ou institutions, requièrent un accord écrit de l’évêque, ou celui de la Conférence épiscopale quand il s’agit d’institutions à l’échelle nationale ».

Rome et Benoît XVI en particulier souhaitent que Radio Maryja adopte une attitude plus prudente ; cesse aussi d’aligner des propos jugés souvent proches de l’antisémitisme (doux euphémisme) ; ce qui, d’ailleurs, blessait aussi Karol Wojtyla. Il n’est pas certain que Radio Maryja ne passera pas outre à ces avertissements. En effet, la station dispose du nerf de la guerre : des revenus considérables. Leur provenance d’ailleurs pourrait peut-être faire couler beaucoup d’encre. A suivre...

Dans une perspective un peu analogue, le Père Tadeusz Styczen, le successeur de Wojtyla à la chaire d’anthropologie de l’Université de Lublin, a semblé dire que sans l’omnipotence-divine l’amour ne pouvait être lui-même, c’est-à-dire un don total. Il se dégagerait là comme une étrange preuve de l’existence de Dieu .

Le Cardinal Angelo Scola , patriarche de Venise, vante de manière hyperbolique le caractère sacramentel du mariage : comme le sacrement même de l’amour trinitaire. Il fustige les blessures soit-disant infligées au mariage, presque à l’égal de profanations.

Le Cardinal Marc Ouellet, sulpicien, archevêque de Québec y va de ses couplets pour condamner une société soi-disant enfermée dans une culture contraceptive. Serait-il lecteur de Tony Anatrella ?

L’intervention la plus remarquée fut cependant celle du très virulent cardinal Carlo Caffarra, archevêque de Bologne, et pendant une quinzaine d’années le vrai maître d’oeuvre de l’Institut. Pour ce dernier, de plus en plus en vue dans la Péninsule, " ce n’est pas en se mettant à la remorque de l’opinion majoritaire par le biais d’approches casuistiques que l’on peut répondre adéquatement aux dégâts que le mensonge sur l’identité de ’homme est en train de faire à l’homme lui-même. La véritable compassion à l’endroit de l’homme privé de sa dignité spécifique de personne est de le reconduire à lui-même, à sa vérité ; elle ne consiste pas à lui présenter des pensées qui sont de simples prophylactiques contre une infection mortelle pour sa dignité royale ".

L’allusion un peu confuse aux préservatifs, dans la dernière phrase de son exposé, mérite d’être soulignée. On sait que Caffarra s’active énormément ces derniers temps, tout comme le Cardinal Lopez Trujillo, président du Conseil pour la famille, pour éviter absolument que la Curie n’adopte au sujet de la prévention contre le Sida la position estimant qu’en certains cas, l’usage du préservatif serait un moindre mal.

Son intervention avait bien entendu une cible non citée - mais tout le monde avait compris : le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan ; qui avait lors d’un entretien à " l’expresso ", le 21 avril dernier, ouvert certaines portes (préservatif, bioéthique, interruption de grossesse).

Pour Caffarra, " seule la restauration d’une anthropologie adéquate pourra sauver l’institution du mariage d’une démolition telle qu’elle n’en avait jamais connue ".

C’est cette restauration que cherche à servir l’institut pour la famille et son actuel responsable, Mgr Livio Melina, un jeune théologien très proche de Caffarra et de Scola.

Le deuxième moraliste qui travaille en ce sens est un français, Mgr Jean Laffite,(de l’Emmanuel ) Sous-secrétaire pour la famille.

A Rome ces derniers jours, on parlait même de Mgr Laffitte pour le siège de Lyon ; Philippe Barbarin prenant une charge cardinalice à Rome.

De l’intox ? A voir !

Pour en revenir au fougueux cardinal de Bologne, il faut encore préciser sa condamnation réitérée et sans appel, en des termes violents, de la fécondation artificielle homologue, autrement dit au sein d’un couple marié.

Le discours de Benoît XVI a consisté surtout en un " satisfecit ". Le Pape a tenu a souligner combien l’enseignement d’" Humanae Vitae " était en réalité prophétique et toujours actuel. Le Pape Ratzinger enfonce par ailleurs le clou : " le défi d’éviter la confusion du mariage avec d’autres types d’unions basées sur un amour "faible" se présente aujourd’hui de façon urgente ".

Les hétéros non mariés et les homos apprécieront ce qualificatif de "faible" pour parler de leur amour.

En tout cas, tout le monde était content à cette audience du 11 mai accordé aux congressistes. Mgr Georg Gänswein, le secrétaire particulier du Pape l’a d’ailleurs volontiers avoué : jamais encore il n’avait vu le Pape aussi joyeux à une audience !

A quel titre Benoît XVI et ses troupes osent-ils se permettre de porter une évaluation sur ce dont ils ne sont pas juges ?

« Dieu seul sonde les reins et les coeurs. » Sg 1, 6 - Jr 17, 10

"Rien ne dit que cela va aboutir, cette question est traitée à l’interne depuis l’an dernier", confie Manon Schick, porte-parole de la Section suisse d’Amnesty International à Lausanne. Certes, admet-elle, la défense des droits de l’homme évolue. Cela fait déjà des années que l’organisation a élargi sa mission : de la défense des prisonniers politiques, Amnesty est passée à la lutte contre la torture, contre la peine de mort, et a lancé des campagnes pour faire cesser la violence contre les femmes .

Cet élargissement du mandat ne va pas sans susciter des critiques parmi les 1,8 million de membres de l’organisation.

Désormais le processus de consultation interne concerne les " droits de reproduction ". Les droits en matière de reproduction - le droit aux soins de santé et le droit à l’autonomie en matière de procréation - sont essentiels aux femmes pour contrôler leur vie, estime Amnesty.

" Quand on a pris la défense des homosexuels persécutés pour leur différence sexuelle ou milité contre la peine de mort, il y a aussi eu des réactions et des démissions, mais aussi de nouvelles adhésions. On ne peut pas toujours plaire à tout le monde tout le temps dans une organisation qui compte près de 2 millions de membres ", poursuit Manon Schick.

La Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire 1994) et la quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes (Pékin 1995) ont affirmé que la santé sexuelle et la santé en matière de procréation font partie des droits humains fondamentaux. " Amnesty mène ses consultations de façon démocratique dans les sections, dans sa base militante, et leurs prises de position devraient être connues lors d’un prochain Conseil international en 2007 ".

Vives critiques de l’AED - (Aide à l’Eglise en Détresse.)

Réagissant à cette consultation interne, le Père Joaquin Alliende (Opus Dei), assistant ecclésiastique de l’AED, déplore qu’Amesty adopte une " position radicalement nouvelle " en faveur de l’avortement, alors qu’avant elle était neutre dans ce domaine. Le prêtre chilien estime qu’AI a gagné sa grande réputation dans sa lutte en faveur de la libération des prisonniers de conscience innocents. Mais maintenant, en proposant une initiative pro-avortement, l’organisation de défense des droits de l’homme " est en train d’abandonner ses nobles principes éthiques ", sapant ainsi les propres fondations sur lesquelles elle est bâtie. Car, souligne-t-il, la vie non encore née dans le ventre d’une mère est le plus faible de tous les êtres humains menacés et persécutés.

L’Eglise catholique en Inde est également intervenue dans le débat, estimant erroné de revoir la politique d’AI en matière d’avortement, et se disant " surprise et préoccupée ". Alors que jusqu’à présent, Amnesty avait une position " neutre " en matière d’interruption volontaire de grossesse, le président de la Conférence épiscopale indienne a déploré la consultation " interne " menée par AI.

" Amnesty - déclare Mgr Oswald Gracias, président de la Conférence épiscopale indienne - a toujours été une organisation crédible, connue pour protéger les droits humains de tous, en particulier des groupes les plus faibles de la société ”.

Si une organisation si respectée - avertit l’évêque d’Agra - adopte une politique en faveur de l’avortement, elle dira adieu aux droits humains, sa caractéristique depuis quelque 40 ans ”. AI a l’intention de décider d’ici 2007 si elle adoptera une nouvelle position en faveur de la “ dépénalisation de l’avortement ” et d’un accès sûr et légal à l’interruption de grossesse en cas de viol, d’inceste et de situations faisant courir des risques à la vie de la femme. Dans ce cas, " l’avortement légal " sera considéré comme un droit humain international.

Pour l’Eglise catholique, affirme Mgr Gracias, la violence sexuelle et l’inceste sont des violations des droits humains de la victime, " mais cela ne donne pas le droit d’éliminer les droits humains du bébé non encore né ”. Et en cas de danger pour la vie de la mère, insiste-t-il, l’Eglise considère que la mère et l’enfant ont le même droit à vivre et que tout doit être fait pour sauver la vie des deux.

AI lutte contre les avortements forcés en Chine

Notons qu’AI a de nombreuses fois protesté contre l’avortement obligatoire imposé de force aux femmes en Chine en vertu de la politique de l’" enfant unique " voulu par le planning familial. Cette politique, selon AI, continue de donner lieu à de graves violations perpétrées contre des femmes et des jeunes filles, notamment des avortements et des stérilisations forcés.

Le soutien " discret mais nourri " de la communauté internationale en faveur de la politique de l’enfant unique chinoise - " et ce en pleine connaissance des atrocités commises ", est pour AI clairement assimilé à une forme de complicité. ( source APIC )

Ce que Jésus dit du Royaume des cieux vaut également, d’après Josemarià Escrivà, pour l’Opus Dei : lors de sa naissance, ce Royaume était comme un grain de sénevé, maintenant il est comme un arbre dont le feuillage s’étend au monde entier.

D’après Cronica l’esprit de l’Opus Dei règne sur la diversité humaine. Il déborde toutes les frontières géographiques, historiques, culturelles et sociales, y compris les développements à venir qui se produiront à travers les siècles. Josemaria Escriva était non seulement persuadé du caractère divin de sa fondation, mais il allait jusqu’à écrire : " Le Seigneur ne veut pas d’un caractère transitoire pour son OEuvre. Il exige de nous un caractère immortel. "

Le pape Jean Paul Il a réalisé cette exigence en élevant l’OEuvre au niveau d’une prélature personnelle. Une telle décision appelle une explication plus précise.

L’Église catholique universelle est composée d’Églises locales. Chaque Église locale - que ce soit la paroisse ou le diocèse - rend présente l’Église universelle. On décrit cette structure hiérarchique, cette structure fondamentale de la constitution de l’Église, par le concept de Communio. D’après l’enseignement de l’Église, elle fait partie de la loi divine.

Il faut la distinguer de la structure associative. Celle-ci présuppose la communauté. Au départ, la structure associative n’implique pas une volonté divine, mais une volonté humaine libre de s’unir et ceci dans un but bien déterminé. Dans des cas particuliers, cette association peut être dissoute.

L’Opus Dei a toujours tenu qu’elle était préinscrite dans la volonté divine. Selon cette perspective, elle était déjà là, bien avant d’exister. D’après la doctrine officielle de l’Opus Dei, la volonté de Dieu s’est manifestée au fondateur Escrivà " dès le début de l’Opus Dei ".

Comme prélature personnelle, l’Opus Dei n’est pas une Église locale mais une institution de nature hiérarchique, étendue au monde entier. Ainsi, d’une part elle est pratiquement mise sur le même pied d’égalité qu’un diocèse et, par ailleurs, elle est plus vaste qu’un diocèse territorial. Avec une doctrine universelle unique, dotée d’une formation quasi militaire, elle se met au service des diocèses territoriaux qui le désirent. Et à notre connaissance, il n’existe pas un seul évêque qui ait refusé d’instituer la prélature personnelle du pape dans son diocèse, lorsque celle-ci en fait la demande.

Seuls les spécialistes et les familiers de l’organisation peuvent vraiment discerner ce qui s’est passé du point de vue du droit de l’Église. L’Opus Dei est devenue une Église au-dessus des Églises locales dont elle se distingue toutefois sur un point essentiel : dans chaque diocèse comme dans l’Église universelle règne un certain pluralisme constitué de spiritualités diverses. Or la plupart des membres de l’Opus Dei , membres simultanément du diocèse dans lequel ils vivent, agissent conformément à l’esprit de l’Opus Dei et de ses directives centrales, transmis par leurs responsables, ceux-ci restant cependant anonymes.

Plusieurs organisations catholiques évoluent dans la mouvance de l’intégrisme. Les plus connues sont la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre, excommunié depuis, et la communauté Comunione e Liberazione. On entend parfois dire que l’Opus Dei n’est qu’une organisation parmi d’autres, que l’on ne doit pas surestimer son importance et que Comunione e Liberazione compte plus de membres qu’elle.

Indépendamment du fait que le pouvoir politique et financier de Comunione e Liberazione est loin d’atteindre celui de l’Opus Dei, cette argumentation ignore les fondements juridiques sur lesquels repose l’Opus Dei. Et on sait que dans l’Eglise catholique les structures juridiques jouent un rôle important. Le juriste Josemaria Escriva savait cela.

Dès lors il n’est pas étonnant que l’Opus Dei repose sur une constitution rigoureusement cléricale et hiérarchique tout en se réclamant d’une spiritualité laïque. Les prêtres ont un rôle déterminant. En effet, les statuts de l’organisation établissent que l’instruction des fidèles de l’Opus Dei est fondamentalement l’affaire des prêtres.

Les futurs membres entrent comme laïcs dans les sections strictement distinctes des hommes et des femmes : chez les " numéraires " ou les " agrégés " ou les " surnuméraires ".

Les numéraires - de l’espagnol "miembro numerario" (membre ordinaire) - sont des universitaires ou du moins doivent le devenir après leur admission et acquérir un titre universitaire. Ils doivent être reconnus comme intellectuels. D’après la conception même de l’Opus Dei, ils incarnent dans leur personne l’unité du savoir et de la foi. Ils ne se marient pas. Comme les moines, ils s’obligent à la pauvreté, à la chasteté et à l’obéissance mais ne prononcent pas de vœux. Ils se lient contractuellement au prélat et à la prélature.

Ils habitent la plupart du temps en groupe - chacun dans sa section respective -, habituellement dans un centre de l’OEuvre où ils vivent « la vie des familles chrétiennes courantes ».

En principe ils résident dans des locaux communautaires. Certains - "inscritos" et "inscritas" - qualifiés pour des tâches importantes, s’occupent de la formation des autres membres et de la direction des institutions proches de l’Opus Dei. La plupart ont une profession séculière. Leur nombre est estimé à au moins 20 %.

Il y a une différence entre hommes et femmes. Dans la section des femmes on admet également des "numéraires auxiliatrices" qui ne doivent pas nécessairement posséder un diplôme universitaire. Elles consacrent leur vie surtout aux travaux manuels ou aux tâches domestiques. Le soin du ménage incombe dans les centres de la prélature aux membres féminins. Elles doivent, comme le prescrivent les statuts, se tenir dans un lieu strictement séparé de celui des hommes. Souvent elles sont appelées par les hommes « l’administration ».

Les agrégés vivent également dans le célibat mais ils viennent de toutes les professions et de toutes les couches sociales. En principe ils ne vivent pas dans les centres de l’Opus Dei mais seuls habituellement, ou alors chez des parents ou des amis. Ils assument toutes les obligations spirituelles et les tâches des numéraires et sont tenus aux mêmes pratiques ascétiques que ceux-ci. Leur nombre serait d’environ 25 %.

Le troisième groupe est celui des " surnuméraires " - de l’espagnol "miembro supernumerario" (membre "extraordinaire", "supplétif"). Ainsi appelle-t-on, dans l’Opus Dei, tous les laïcs qui sont mariés ou peuvent l’être. Les hommes observent les mêmes règles que les numéraires et que les agrégés, sauf le célibat. Pour les surnuméraires, dont le nombre peut être évalué à 50 %, il existe des centres de formation qui leur sont propres, séparés selon les sexes.

Lorsque l’on a appartenu un certain temps à la prélature comme laïc masculin célibataire - numéraire ou (rarement) agrégé - on peut être choisi pour le ministère sacerdotal. On devient alors " prêtre numéraire " de la " Société sacerdotale de la Sainte-Croix " et l’on appartient au " clergé de la prélature ". Ce dernier est entièrement à la disposition du prélat et est engagé par lui pour diverses tâches.

En revanche, les laïcs ne sont soumis à la prélature que dans un but spirituel ; c’est également le cas des " prêtres diocésains " qui se lient à l’Opus Dei comme " prêtres agrégés " ou " prêtres surnuméraires ", chacun selon son degré d’obligation. Avec les prêtres numéraires du clergé de la prélature, ces prêtres diocésains forment la " Société sacerdotale de la Sainte-Croix " qui est liée d’une manière indissoluble à l’organisation et dont le "supérieur général" est le "prélat" de l’Opus Dei.

Ces prêtres diocésains sont toujours soumis à leur évêque diocésain mais veulent « se consacrer au Seigneur dans l’esprit de l’Opus Dei avec une vocation supplémentaire ». Eux aussi doivent, comme tous les membres, demander leur Admissio au prélat par lettre recommandée et se soumettre à une formation spéciale, comme les agrégés et les surnuméraires.

Les " coopérateurs " ne sont pas officiellement membres de l’organisation, comme on le croit souvent. D’après les affirmations de l’Opus Dei, leur nombre serait dix fois plus élevé que ceux des membres. En fait, leur effectif ne représente que dix pour cent de celui des numéraires.

Les statuts de l’OEuvre parlent aussi de membres non-catholiques. lls doivent être conquis par la « lumière de la foi » et introduits « d’une manière douce mais efficace au sentiment chrétien ».

Si le nombre des prêtres numéraires ne s’élève qu’à 2,1 % des membres, ils exercent néanmoins des fonctions de décision " prélat ", " vicaire général ", " prêtre secrétaire " et " vicaire régional ".

En dessous du niveau supérieur, des membres laïcs, masculins et célibataires, peuvent assumer des fonctions directrices mais ces directeurs, par leur formation et leur mode de vie, ressemblent aux prêtres. Pour ces fonctions - même si rien n’est prescrit dans les statuts - seul un petit groupe de numéraires laïcs entre en considération.

Le " Conseil général " (en latin "Consilium Generale") et en particulier la " Commission permanente ", tous deux constitués exclusivement d’hommes, décident du destin de l’Opus Dei.

Les femmes ne peuvent pas faire partie des organes de direction proprement dits. Elles ont pour les affaires les concernant un organe de direction appelé " Conseil central accessoire " (en latin : "Consilium Centrale" ou "Assessoratus Centralis"). La section des femmes est dirigée par le prélat, le vicaire général, le prêtre secrétaire pour la section féminine, lequel doit être âgé d’au moins quarante ans, et par le Conseil accessoire. Comme les hommes, les femmes ont un "Congrès général" mais celui-ci ne peut pas être convoqué comme congrès doté de pouvoirs électoraux.

Seuls les hommes font partie du " Congrès de l’Opus Dei " qui élit le prélat. Ils sont nommés à vie par le prédécesseur du prélat à élire, après un vote consultatif et une audition des régions de l’Opus Dei. Le prélat préside le Congrès des femmes, assisté par le vicaire général et par le prêtre secrétaire.

Étant donné que le Conseil général, d’après les statuts, est tenu d’assister le prélat élu par le Congrès et nommé à vie par le pape « dans la direction et l’administration de la prélature », le prélat est indépendant du Conseil général. En réalité, la majorité des décisions du Conseil général ne sont pas contraignantes car le prélat possède lui-même le pouvoir coercitif.

Dans les statuts la tâche des membres-prêtres est décrite avec plus de précision : « Sous la direction du prélat le Presbyterium anime, par son service sacerdotal, l’ensemble de lOpus Dei et assure l’enseignement. »

Les fidèles de la prélature reçoivent un enseignement fondamental dans la foi catholique et dans la doctrine de l’Église. Pour que l’enseignement soit stable et efficace, l’Œuvre a fondé des centres d’études qui sont distincts selon les sexes.

Les prêtres numéraires sont souvent connus du public mais pas toujours. Dans la pratique l’identité des prêtres agrégés et des prêtres surnuméraires reste cachée. Ils sont instamment priés par le prélat d’expliquer leur option à l’évêque du diocèse mais, d’après les directives du Saint-Siège, l’obligation ne peut leur en être imposée.

Plus grave même, l’évêque, lorsqu’il a connaissance de l’appartenance d’un de ses prêtres à l’Opus Dei, n’était pas tenu d’en faire état.

Il est donc possible qu’une communauté ecclésiale ordinaire soit dirigée ou animée par des prêtres de la Société sacerdotale de la Sainte-Croix qui, simultanément soient chargés d’autres tâches pastorales, comme celles de dispenser l’enseignement de la religion, sans que l’on connaisse leurs liens avec l’Opus Dei.

Le nombre des prêtres agrégés et des prêtres surnuméraires n’a pas été rendu public par l’Opus Dei. Il ne figure pas non plus dans l’Annuaire pontifical. La pratique du secret était clairement prescrite dans les constitutions : «  Le nombre des membres doit rester ignoré des gens du dehors. Nos membres ne peuvent pas parler avec eux de ce sujet.  »

Comme justification de cette attitude, l’Opus Dei parle dans ses Constitutions de son «  humilité collective  ». « ... Les nôtres conduisent la vie qu’ils ont consacrée à Dieu avec une certaine discrétion, ce qui favorise dans une large mesure le succès souhaité de l’apostolat. Un manquement à cette discrétion pourrait constituer un lourd obstacle dans l’exercice du travail apostolique ou entraîner des difficultés dans le domaine familial, dans la profession ou la fonction exercées. Aussi les numéraires ou les surnuméraires savent-ils très bien qu’ils ont à observer un silence prudent concernant les noms des autres membres. Ils ne dévoilent à personne qu’ils appartiennent à l’Opus Dei sans que le directeur local ne les y autorise expressément, pas même si, éventuellement, ils quittent l’Institut [l’Opus Dei]. »

Mais l’Opus Dei prétend que ses Constitutions ne sont plus en vigueur actuellement. Seuls les statuts de 1982 feraient foi aujourd’hui. Or ces derniers ne mentionnent rien concernant la pratique du secret, puisqu’ils indiquent, au contraire, que les fidèles de la prélature « ne doivent pas participer en groupe à des manifestations du culte comme les processions sans toutefois vouloir cacher leur appartenance à la prélature.

L’esprit de l’Opus Dei, d’une part, invite les fidèles à une humilité collective, expressément voulue afin d’obtenir une efficacité apostolique plus durable et pleine de succès, mais par ailleurs évite les intrigues secrètes et la clandestinité. C’est pourquoi, dans les circulaires adressées à tous les membres, les noms des représentants du prélat ainsi que les noms de ceux qui constituent son Conseil consultatif doivent être communiqués. On doit faire part aux évêques qui s’en enquièrent non seulement des noms des prêtres de la prélature qui exercent leur fonction dans les diocèses concernés, mais aussi de ceux des directeurs des centres installés dans le diocèse.

Dans leur ensemble, les statuts - véritable cache-sexe juridique des motivations secrètes de l’Opus Dei - montrent que la structure de l’organisation est d’essence patriarcale, élitiste et autoritaire. Le prélat est nommé à vie. Il ne peut entrer en fonction que lorsque le pape l’a désigné. Les délégués au Congrès général, qui élit le Conseil général, ne sont pas élus par la base ou par les assemblées subalternes mais sont proposés au prélat qui, dès ce moment, choisit et nomme les membres du Congrès. Dans le Conseil général qui assiste le prélat pour la direction et l’administration de la prélature, personne ne peut figurer qui n’ait pas son agrément.

Ceci signifie que le dirigeant suprême de l’Opus Dei est doté d’un pouvoir illimité, du moins en ce qui concerne ses subordonnés. Il est soumis au pape, aux dispositions générales du droit canon et aux statuts. Tandis que les laïcs lui doivent obéissance pour tout ce qui touche les buts spirituels de l’OEuvre, les prêtres lui sont soumis comme à leur supérieur général.

Les prêtres numéraires forment le groupe central. À eux incombent la fonction de prélat, les importantes fonctions de la direction générale et celles concernant les régions. Ce n’est pas sans raison qu’au commencement des statuts on distingue clergé et laïcat et que le clergé est nommé en premier. Les prêtres instruisent donc les laïcs.

Vous voyez que je suis encore, après un demi-siècle de sacerdoce, un indigent », dit Josemaria Escrivà de lui-même. Mais il ajoute : « Mais pour nos apostolats collectifs, plus on nous aide, mieux nous servirons les âmes. »

Dans la plupart des pays, surtout en Afrique, les oeuvres collectives ne font pas recette autant qu’elles en auraient besoin pour accomplir les tâches qu’elles se sont fixées. En revanche, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et le Mexique sont des pays où il entre plus d’argent que nécessaire. Sur les 30 milliards de pesetas (environ 187 500 000 euros) acquis par l’Opus Dei espagnole en 1985, une grande partie a été envoyée à la centrale romaine, ainsi qu’en France, en Belgique, en Hollande, au Luxembourg, en Allemagne, en Suède, en Autriche et en Pologne’.

En réalité, l’Opus Dei dispose de beaucoup d’argent.

Au cours de la seule année 1975, trois milliards de pesetas (environ 18 750 000 euros) ont été mobilisés pour terminer la construction du centre spirituel à Torreciudad. En Allemagne, en Autriche et en Suisse, des sommes de plusieurs millions ont également été dépensées pour des établissements de formation.

L’une des principales sources de revenus de l’organisation semble provenir des numéraires . Ceux-ci appartiennent presque exclusivement aux élites de la société médecins, scientifiques, banquiers, industriels). Par contre, les jeunes numéraires et les directeurs d’établissements de l’Opus Dei, qui ne gagnent rien ou presque, attirent de nouveaux membres qu’ils forment par la suite. Les célibataires donnent l’intégralité de leur argent à l’organisation et ne reçoivent qu’une modeste somme d’argent de poche’.

Les surnuméraires , qui sont mariés ou peuvent l’être, contribuent aux Ouvres collectives et sont tenus de faire des dons. Eux aussi, comme leurs chefs, ont une activité professionnelle. Les coopérateurs , parmi lesquels figurent des non-catholiques, soutiennent l’Opus Dei principalement par des dons.

Si un numéraire ou un agrégé obtient son intégration juridique provisoire (Oblatio) à l’Opus Dei, il doit commencer par faire son testament. Le nouveau membre institue comme héritière une oeuvre collective de l’Opus Dei.

Selon les statuts de l’Opus Dei, celui qui quitte l’Opus Dei n’a pas le droit de demander le remboursement ou le paiement des prestations financières fournies.

Un membre célibataire de l’Opus Dei ne peut avoir un compte bancaire personnel. Tout ce qu’il gagne, il le donne au centre auquel il est rattaché. Cela concerne aussi, par exemple, les bourses que reçoivent des institutions publiques les étudiants de l’Opus Dei. Le membre célibataire reçoit de l’argent de poche chaque mois, dont il rend compte régulièrement au directeur du centre. Le centre verse l’argent restant à la Commission régionale du pays, après déduction d’un petit montant versé à l’Opus Dei à Rome - en règle générale, sur un compte de la Banque Vaticane (10R). Pour savoir à quel point le comportement financier de chaque membre est contrôlé, il suffit de lire une disposition qui figure dans le document secret de l’OEuvre, L’Esprit et les habitudes pieuses : « Entre les fidèles de l’Opus Dei, tout cadeau, si petit soit-il, est interdit. »

Il suffit d’évaluer ce que les quelques 15 000 numéraires rapportent à l’Opus Dei pour avoir une idée de la richesse de cette organisation. Si l’on considère qu’environ 10 000 numéraires exercent des professions bien payées, et que leur rémunération moyenne est de 2 000 euros (évaluation relativement basse, puisqu’à l’Opus Dei, il y a des "gros" salaires) et si l’on retire 550 euros destinés à couvrir les frais liés à l’activité des centres, on obtiendrait, rien que pour les sommes prises dans les salaires des membres, un montant de plus de 14 873 610 euros par mois. On peut aussi ajouter à ces fonds le salaire des agrégés , les dons des surnuméraires et des coopérateurs , ainsi que les revenus des "filets dorés".

Voici un exemple : les institutions de l’Opus Dei sont le plus souvent liées les unes aux autres à travers les personnes elles-mêmes, et parfois à travers le mode d’organisation propre à l’OEuvre. Mais en raison du fait que tout est gardé secret, les interconnexions du réseau sont indécelables dans la pratique. D’ailleurs la plupart des membres de l’OEuvre ne les connaissent pas. L’existence de ce réseau n’a été révélée que par hasard, avec le cas Ruiz Mateos.

José Maria Ruiz Mateos était fondateur et dirigeant du grand holding privé espagnol Rumosa. Lorsque, il y a trente ans, l’Opus Dei a commencé à s’intéresser à lui, il s’était déjà fait remarquer par ses qualités extraordinaires de manager, notamment comme producteur de Sherry (marque Dry Sack). En 1963, il est entré à l’Opus Dei en tant que surnuméraire .

Le marchand de vin et d’alcool, à la carrière prometteuse, est alors entré en contact avec deux membres importants de l’Opus Dei : le président de la banque populaire espagnole, Luis Valls Taberner et le ministre de l’industrie, Gregorio Lopez Bravo. Plus tard, s’y sont joints le président de L’association des banques privées espagnoles, Rafael Termes Carrero et le président de la confédération des caisses d’épargne espagnoles, Sancho Dronda. "Ces trois banquiers sont des personnalités importantes au sein de l’Opus Dei. »

Ces amitiés ont permis à José Maria Ruiz Mateos de se hisser de sa situation de producteur de vin et d’alcool à celle de patron tout puissant d’un grand holding : à travers un grand nombre de rachats de sociétés, il érigea un conglomérat multinational gigantesque d’environ 600 entreprises et 20 banques, comptant 60 000 salariés. Ainsi furent créées des entreprises fantômes et réalisés des bénéfices fictifs, dont l’Opus Dei profita largement (comme José Maria Ruiz Mateos l’avouera plus tard), par des dons qu’elle extorquait à la firme.

Plus tard, sur ordre des autorités financières espagnoles, le holding eut à subir un important contrôle fiscal. En 1983, José Maria Ruiz Mateos refusa une nouvelle fois de tenir compte de l’ultimatum. ll fut exproprié par l’État espagnol pour éviter de plus graves dommages et sauver des milliers d’emplois. En effet, il se révéla que l’industriel avait endetté la Rumosa d’environ deux milliards de dollars (soit 1 875 000 000 euros).

Pendant sa détention préventive, l’homme-lige de l’Opus Dei, si puissant durant ses activités économiques, commença à éprouver quelques doutes sur la fidélité de ses anciens amis de l’Opus Dei. Il s’aperçut en fait que lui seul figurait comme accusé. De fait, pour "sauver les meubles", ses ex-amis avaient tramé une conspiration qui faisait de lui leur bouc émissaire. Mais la langue du richissime homme d’affaires se délia à mesure qu’il refusait de jouer ce jeu-là. Il affirma que trois des membres dirigeants de l’Opus Dei espagnole, Alejandro Cantero, Juan Francisco Montuenga et Salvador Nacher, lui avaient non seulement demandé de l’argent pour l’Opus Dei, et ceci à plusieurs reprises, mais en plus, Alejandro Cantero et Juan Francisco Montuenga avaient de leur côté trafiqué des devises, et lui avaient même indiqué les comptes sur lesquels l lui avait été demandé de mettre l’argent.

En mai 1986, la direction de l’Opus Dei lui fixa un ultimatum : il serait exclu de l’organisation s’il ne retirait pas ses accusations. L’industriel espagnol continua de plus belle. Il montra quinze photocopies pour prouver que des membres de l’Opus Dei et des institutions proches de l’organisation étaient profondément impliqués dans l’affaire. Il ne fut pas exclu. Toutefois le procès instruit au tribunal ne progressait pas d’un pouce. Jiménez Lablanca, le procureur, était lui-même un membre de l’Opus Dei... José Maria Ruiz Mateos l’accusa même d’être au courant des transactions frauduleuses.

Si l’on additionne les sommes dont il fut question lors de ce conflit avec l’Opus Dei - "famille pauvre" - on estime à plus de 50 millions de dollars (soit 44 620 830 euros) le montant des détournements. Selon des journaux espagnols, il ne s’agirait là que de la pointe de l’iceberg. En réalité, des sommes beaucoup plus importantes étaient en jeu. À preuve, les sommes qui ont transité de la Rumasa à l’Opus Dei. Alors que le holding était au bord de la faillite, José Maria Ruiz Mateos affirme qu’il aurait payé une nouvelle fois 1,5 milliard de pesetas (environ 9,15 millions d’euros) à l’ Instituto de Educacion e Investigacion (IEI) structure proche de l’OEuvre. Après qu’on lui ait fait remarquer qu’il s’agissait d’« une institution éducative », l’industriel espagnol répondit en ces termes : « Ah, que veut dire ici "institution éducative ! »

L’IEI est l’un de ces instituts qui furent créés en 1981 par l’Opus Dei dans le seul but de pouvoir toucher de l’argent de ses membres. Lopez Bravo n’était présent que pour prêter son nom. La somme m’a été réclamée directement par le sommet de la hiérarchie de l’Opus Dei espagnole, Alejandro Cantero et Francisco Montuenga. Lorsqu’ils me demandaient de l’argent, je leur en donnais toujours, nais je n’ai jamais su où les sommes allaient. On ne m’a jamais donné le moindre reçu. Chèques, espèces, virements bancaires : les façons de donner à l’Opus Dei sont innombrables. L’IEI n’était qu’un de ces modes. »

Bien sûr, l’Opus Dei démentit énergiquement ces affirmations. D’après elle, José Maria Ruiz Mateos aurait falsifié les faits. Et puis l’OEuvre «  ne serait pas responsable des activités libres de ses membres », selon un vicaire régional espagnol ".

Ces « activités libres », menées par des membres de l’Opus Dei dans l’esprit de l’organisation, sont pratiquement impénétrables. D’ailleurs ]’Œuvre n’en prend pas en charge la direction spirituelle, ce qui lui permet de ne pas apparaître sur le devant de la scène. Et comme les membres de l’Opus Dei sont généralement inconnus, les rapports entre ces institutions et ]’Œuvre restent le plus souvent secrets. Très souvent, les responsables «  opus-deistes  » parlent de simples fondations ou d’institutions "d’utilité publique".

Les débuts du système des fondations de l’Opus Dei peuvent être vérifiés à la Bourse de Londres, où, en 1964, fut créée la Netherhall Educational Association, déjà citée, mais aussi, un peu plus tard, en Espagne, avec la création de la Fundacion General Mediterranea FGM, par un groupe bancaire proche de l’Opus Dei, 1’Atlantico-Bankunién. De même, en 1972, à la bourse de Zürich, fut créée la Fondation Limmat, qui, pendant le temps de floraison du holding Rumasa, se développa progressivement pour devenir le point central d’un réseau international de fondations et de banques proches de ces mêmes fondations. Or, la majorité des membres de cette fondation faisaient partie de l’Opus Dei.

La fondation a été mise en place par l’avocat zurichois Alfred Wiederkehr, qui, apparemment, n’est pas un membre de l’Opus Dei. Il fit un apport de capital de 100 000 francs suisses (soit 595 000 euros). Trois ans plus tard, malgré les baisses des cours de change, le capital s’éleva à près de 9 millions de francs suisses (soit 5 354 800 euros). La fondation Limmat « poursuit des buts exclusivement d’utilité publique et spécialement dans le domaine éducatif, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Elle est exempte d’impôt, puisque d’intérêt public », s’ingénient à affirmer les responsables de l’Opus Dei.

Or, Alfred Wiederkehr, qui allait devenir président du conseil de surveillance de la fondation, était président du conseil d’administration de la Nordfinanzbank de Zurich, laquelle faisait fonction de banque courante du holding Rumasa. Les transactions pour lesquelles José Maria Ruiz Mateos montra des photocopies étaient passées par la Nordfinanzbank. Ainsi Alfred Wiederkehr effectuait les paiements au moyen de banques "bidon".

Alfred Wiederkehr était actif non seulement pour la fondation Limmat et le holding Rumasa, mais aussi dans l’empire bancaire mondial de l’Italien Roberto Calvi. Appelé « banquier de Dieu », du fait de ses affaires considérables avec le Vatican, Roberto Calvi était directeur de la plus grande banque privée italienne, la Banco Ambrosiano, qui fit faillite de façon spectaculaire en 1982. Il fut condamné à une peine de prison de quatre ans pour commerce illégal de devises. On l’a retrouvé pendu sous un pont de la Tamise à Londres. La police anglaise parla d’abord de suicide, mais plus tard, les autorités britanniques mirent en doute ces affirmations.

Avec la Banco Ambrosiano, l’IOR, la banque du Vatican, et avec elle son président, à l’époque l’archevêque Marcinkus, ont également été mis en cause. La banque du Vatican était de loin le plus grand actionnaire minoritaire dans le holding bancaire en faillite de Roberto Calvi. La police bancaire italienne qualifia même le Vatican de « responsable » en la matière. Sur quoi, celui-ci offrit, de façon surprenante et sans signer la moindre reconnaissance de dettes, un arrangement à quatre-vingt-huit créditeurs de la Banco Ambrosiano et s’entendit avec eux pour un versement de 250 millions de dollars (soit 1 500 milliards FF) ; somme sur laquelle le Vatican se fit accorder un escompte de 6 millions de dollars (soit 36 millions FF) pour paiement rapide.

Alors que ces faits sont aujourd’hui prouvés, la question reste posée de savoir comment le Vatican, qui en l’occurrence éprouvait de graves difficultés à payer ses salariés, a fait pour trouver aussi vite les sommes d’argent destinées à satisfaire ses créditeurs. On dit que les milieux de la finance de l’Opus Dei seraient intervenus et auraient exigé, en échange, de pouvoir exercer une influence déterminante sur la politique du Vatican en direction des pays communistes et ceux en voie de développement. Cette affirmation concorde avec celle de la famille Calvi, mais aussi avec celles de l’ancien patron du holding Rumasa, José Maria Ruiz Mateos. L’Opus Dei dément bien entendu cette information avec cette phrase stéréotypée selon laquelle « l’Opus Dei ne poursuit que des buts religieux et ne fait pas d’affaires à caractère commercial ».

En 1975, les Espagnols José Ferrer Bonsoms et Pablo Bofill de Quadras participèrent à des réunions du conseil de surveillance de la fondation Limmat. Dès les années 1950/60, Pablo Bofill s’était forgé en Espagne une réputation de financier de l’Opus Dei.

Lui et José Ferrer faisaient partie de la direction de la Banco Atlantico, établissement proche de l’CEuvre, dans le conseil d’administration duquel siégeait également Alfred Wiederkehr, comme l’écrit le journaliste espagnol Ernesto Ekaizer. De plus, en 1962, Pablo Bofill et José Ferrer fondèrent la Bankuniôn, une société industrielle et financière. Ainsi fut créé le groupe Atlantico-Bankunidn. Par la suite, José Ferrer demanda à la banque Hambros de participer à la Bankuninn. Bref, un système bancaire entièrement contrôlé par l’Opus Dei.

L’archevêque Paul Marcinkus, président de la banque du Vatican 10R, entretenait des liaisons avec Hambros. Il en fut de même pour Michele Sindona, un banquier sicilien, qui avait par ailleurs des liens étroits avec la mafia, et qui est mort, lui, empoisonné dans une prison italienne. Pendant un temps, Michele Sindona fut le partenaire de David Kennedy, président de la Continental Illinois National Bank et membre du gouvernement américain sous le président Nixon. Au milieu des années 1960, sous l’action de José Ferrer et de Pablo Bofill cette banque se trouvait engagée à hauteur de 15 %ci dans le capital de l’Atlantico. Précisons que ces participations furent vendues plus tard à José Maria Ruiz Mateos.

Dans ce contexte, José Mana Ruiz Mateos a exprimé un grave soupçon. Le journaliste Pietro Calderoni (note 7) relevait qu’il était quand même bizarre que José Maria Ruiz Mateos ait versé de l’argent à la IEl juste au moment où il avait les pires ennuis avec IOR. Il voulut savoir s’il y avait un rapport entre les deux. José Maria Ruiz Mateos répliqua : " Ça, je ne peux pas vous le dire. Ils ne m’ont rien dit. Je n’ai jamais eu de rapports avec les membres de l’IOR. Cependant, je pourrais une fois leur poser la question ou en tout cas les amener à réfléchir à ceci : ’ Ne vous semble-t-il pas étonnant que cette prélature, si fortement désirée mais refusée des années durent à lOpus Dei, ait été accordée par le Vatican précisément en cette année 1982 ? Est-ce que cela pourrait être une revanche pour quelque chose d’autre, pour un service rendu par exemple ? ’ Comme je l’ai dit, je les invite à réfléchir."

La base de l’Opus Dei ignore tous ces entrelacs. Beaucoup de membres ne les voient pas, et peut-être même ne veulent-ils rien savoir. Pour eux, l’OEuvre fait bien ce qu’elle fait. Leur Opus Dei n’a rien à voir avec les tractations de ce monde. Ils veulent vivre leur foi jusqu’au bout, et ils servent l’OEuvre sans se faire remarquer, jusqu’à se renier eux-mêmes.

Cet engagement religieux est admirable. Mais, de l’extérieur, on ne peut pas ne pas se rendre compte que la structure intérieure de l’Opus Dei ressemble à celle des organisations secrètes, dont les composantes sont cloisonnées les unes par rapport aux autres : que ton oeil droit ignore ce que voit ton oeil gauche, et a fortiori, que tes yeux ignorent ce que font tes mains ou tes pieds ; seul le cerveau sait tout ce qui se passe dans ton corps .

L’Opus Dei fonctionne de cette manière. D’autant qu’elle se distingue des autres organismes séculiers par le fait qu’elle possède, à travers ses statuts, une théologie, officiellement approuvée par l’Eglise, qui prône la séparation des domaines spirituels et temporels. Avec cette théologie, les ramifications deviennent invisibles et reçoivent ainsi leur légitimation. Le membre de base est donc protégé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’organisation. Seul le sommet est en droit de connaître toutes les connexions de l’OEuvre.

Alberto Moncada, un ancien membre de l’Opus Dei, déclara en 1990, lors d’un congrès international de sociologie à Madrid : « Depuis les années cinquante, les membres s’entraident dans des affaires publiques et privées, nomment des collaborateurs et des gens de confiance faisant partie de leur milieu, ouvrent leurs comptes dans des banques sympathisantes, et, comme on l’a vu à l’occasion du scandale Rumasa, utilisent les relations de l’Opus Dei pour dynamiser le business des hommes d’affaires. Cela ne diffère en rien de la pratique des autres organisations de ce genre. Rien donc de spécial dans le circuit du capitalisme occidental, mais une stratégie quelque peu déconcertante pour les catholiques honnêtes qui attendraient par exemple une présence plus significative de l’Opus Dei dans le domaine de la morale publique. »" juillet 1990 (manuscrit dans les documents du congrès).

Et Alberto Moncada de tirer la conclusion suivante : « La contribution des hommes politiques, des professionnels et des hommes d’affaires de l’Opus Dei au renforcement de la version primitive du capitalisme s’établit de façon concrète dans l’histoire contemporaine de pays comme, par exemple, l’Espagne et le Chili. Elle s’inscrit dans une logique de complicité entre le capital et les intérêts de l’Église, relation qui est dénoncée par les prophètes de la Bible. »

Le cas Ruiz Mateos n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres. Il fut découvert au hasard par des experts-comptables espagnols. Depuis, dans son pays d’origine, l’Opus Dei est appelée Santa Mafia.

L’objectif de cet ouvrage est donc de fournir la preuve que la séparation intégriste prônée par l’Opus Dei entre la nature et le surnaturel, la politique et la religion, l’argent et l’apostolat, est pure fiction. ll est indéniable que l’Opus Dei a besoin d’un solide capital pour financer ses activités.

Mais prétendre que les méthodes utilisées par les membres de l’organisation pour s’enrichir ne regardent pas l’Opus Dei parce que ce sont des affaires privées, est une chose inacceptable. En effet, les membres professionnellement actifs s’entretiennent en permanence avec les directeurs spirituels de l’Opus Dei.

Posons donc une simple question : selon quels critères les membres de l’Opus Dei financent-ils - pour s’en référer aux propos figurant dans le Vademecum - leur « entreprise surnaturelle » (selon Josemaria Escriva) et son apostolat ?

Au point où en sont les choses, un ticket gagnant semble émerger : il s’agit de deux cardinaux très en vue, Audrys Backis, un lituanien de 69 ans et Ivan Dias, un indien de 70 ans. Les deux postes pour lesquels ils seraient destinés sont : celui de Secrétaire d’Etat et de Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples.

On ne sait d’ailleurs pas qui prendrait quoi : ils ont l’un et l’autre leurs chances pour l’un et l’autre poste.

Si cette hypothèse devait se confirmer, elle exprimerait la relative disgrâce du Cardinal Crescenzio Sepe, actuel " Ministre " de l’Evangélisation des Peuples, lequel serait recasé comme Président de la Commission Pontificale pour la Cité du Vatican, où il remplacerait le Cardinal Edmund Casimir Szoka, qui a déjà dépassé largement l’âge de la retraite.

Le Cardinal Agostino Vallini, 66 ans, préfet de la Signature Apostolique, remplacerait Michele Giordano à Naples.

Pour éviter de donner un sentiment trop vif de frustration aux italiens, en raison du choix d’un Secrétaire d’Etat qui ne vient pas de ce pays, sous un Pape lui aussi non-italien, Joseph Ratzinger pourrait promouvoir chefs de Dicastère et futurs cardinaux deux ou trois italiens : on parle de Giovanni Lajolo, d’Angelo Comastri et de Carlo Maria Vigano comme futurs cardinaux italiens de Curie, respectivement à la tête de la Congrégation des Eglises Orientales, de la Congrégation du Clergé et de la Préfecture des Affaires Economiques (pour remplacer le cardinal Sergio Sebastiani, 75 ans).

On parle aussi du départ du Cardinal Zenon Grocholewski, actuel préfet de la Congrégation de l’Education Catholique, pour sa terre natale de Pologne où il remplacerait le Cardinal Glemp presque octogénaire comme Primat. A sa place, Benoît XVI nommerait peut-être Mgr Leonardo Sandri, le substitut argentin, qui coifferait ainsi la barrette rouge lors du prochain consistoire.

L’actuel Nonce à Varsovie, Jozef Kowalczyk, apprécié par le Pape pour sa fermeté et sa fidélité, monterait également à Rome pour un poste cardinalice, par exemple celui de Préfet de la Signature Apostolique. Aux côtés d’un Secrétaire d’Etat non-italien, le Pape pourrait placer également deux jeunes prélats de la Péninsule, considérés comme pleins d’avenir : Mgr Celestino Migliore, 54 ans, qui remplacerait Lajolo comme Ministre des affaires étrangères, et Mgr Renato Boccardo, 54 ans également, qui remplacerait Sandri comme Substitut.

Ces rumeurs demandent confirmation, car Benoît XVI décide seul et ne tranche qu’au tout dernier moment.

La venue à Rome du Cardinal Dias serait un signe de l’importance croissante accordée au continent asiatique.

D’ailleurs, le début des relations diplomatiques officielles avec la Chine et la désignation du nouveau Délégué Apostolique constitueront des évènements proches, eux aussi, très décisifs.

[...] Le Vieux Continent tenterait-il de séduire par l’intermédiaire d’un ministre-amateur l’inflexible, et jadis triomphante, Amérique.

Il n’empêche, nous n’avions pas besoin d’un ministre falot - et incompétent - dans le chaos gouvernemental qui est celui que nous connaissons.

Triste fin de règne où les démentis succèdent aux confessions ou aux indiscrétions, dans une atmosphère toute florentine, où tous les coups sont permis mais sans cette espèce de panache sulfureux de l’ère mitterandienne.

En 2006, à un an des présidentielles, c’est à une pièce de boulevard que les français sont conviés. Ce serait risible si ce n’était profondément blessant pour tous ceux qui ont quelque passion leur pays et il y en a encore, Dieu merci !

Mais qu’avons-nous en ces temps de misère : un ministre des affaires étrangères qui fait étalage de ses différends "conjugaux" dans le plus grand hôtel du Maroc avant de s’envoler piteusement à l’aube en catimini, un premier ministre qui tente péniblement de se justifier de n’avoir pas envoyé ses argousins aux trousses de son rival pour tenter de le prendre en défaut. Ce sont là de bien tristes palinodies qui montrent à quel point la " bande " de politiciens qui s’est emparée du pouvoir à la suite du contrat de dupes des présidentielles de 2002 n’a pas eu l’intelligence de saisir la chance inouïe qui lui était offerte de sortir du système clanique qui pourrit depuis des années la vie politique ce pays.

TABOU

Le préservatif romain est-il fiable ?

Vu dans la Vie ce titre qui ne semble pas chercher, outre mesure, la provocation " Un texte romain sur le préservatif " : enfin nous y sommes et l’on va peut être appeler un chat... un chat et le préservatif un moyen de protection.

Mais ne nous berçons pas d’illusions : la langue de bois (ou de buis) a encore de beaux jours devant elle. Il y a gros à parier qu’on va nous expliquer, à mots comptés et soigneusement pesés, que l’usage de cet accessoire peut, à la rigueur, être concevable pour protéger son partenaire (on ne parle même pas de conjoint) du VIH.

Quant à son usage en qualité de contraceptif ce n’est pas la peine d’en parler. Le Cardinal Martini, qui a soulevé le lièvre, aurait-il eu les mêmes audaces s’il avait coiffé la tiare ? On peut au moins se poser la question tout en se disant que l’atmosphère de Rome doit être particulièrement délétère puisqu’il ne faut pas moins d’une retraite à Jérusalem pour oser, enfin, violer l’interdit et s’affronter au tabou ;

RAPPORT

Les « dévisseurs d’ampoule » épinglés

La MILVILUDES ( Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ) vient de livrer son rapport annuel et d’adopter un langage beaucoup moins diplomatique que par le passé.

Ce rapport entend s’exprimer sans équivoque tandis que le président de la MILVILUDES précise " Nous ne stigmatisons pas, nous rapportons des faits vérifiés ". Il est vrai qu’il y a du pain sur la planche entre le respirianisme " qui préconise le jeûne total prétendant qu’on peut se nourrir seulement d’air et de lumière et certains groupes charismatisques.

Ce rapport évoquera aussi pour les lecteurs de Golias telles chroniques qui dénonçaient déjà un certain nombre de dérives sectaires dans le christianisme et qu’épingle ce même rapport traitant de " groupes charismatiques et communautés pseudo-évangéliques (qui) ne sont pas à l’abri de (telles) dérives, notamment quand ils invitent leurs adeptes à suivre des séances de prières collectives où les guérisons "miraculeuses " (...) affluent dans des proportions qui frôlent souvent l’hystérie ".

COPINAGE

Venise : François Pinault et Jean-Michel Di Falco sont dans un bateau...

Ainsi la collection d’art contemporain de François Pinault a trouvé refuge au Palazzo Grassi. Tant mieux pour elle, même si l’on n’est pas un admirateur habituel de certaines facéties de créateurs contemporains qui ont dû créer, ou mettre à la mode, un vocable qui est censé reléguer au magasin des accessoires ces vielles dénominations d’artistes, peintres, sculpteurs ou graveurs.

On est aujourd’hui "plasticien" et tout est dit ! Pour peu qu’on trouve un laudateur qui dispose d’une bonne " combinatoire " et voilà les performances portées au pinacle !

A défaut de tout justifier on peut être tenté de tout expliquer, et pour peu que l’on ne cherche pas trop de sens dans un verbiage déliquescent, on peut croire que l’on participe à une certaine forme d’avènement.

Vanitas vanitatum et omnia vanitas !

Il n’est pas besoin d’être un familier de l’Eclésiaste pour éprouver un immense vide et comme une certaine honte devant l’injure faite à tous ceux qui ont su créer au fil des siècles cette voie incomparable qu’est le Grand canal de Venise. Car devant le Palazzo Graci trônait le bricolage de Jeef Koons : une replique en aluminium peint de 3 mètres de haute de ces caniches en baudruche qu’on trouve en abondance dans toutes les "Foires du Trône". Est-ce pour n’être pas seul devant ces inanités que François Pinault avait fait appel à quelques amis fidèles dont le fleuron mondain de l’épiscopat français ayant quitté pour quelques jours son évêché crotté comme on disait du temps de Bossuet !

Mais il y a plus grave... et plus significatif. Le "conseil" (en la matière) de François Pinault n’est autre qu’un ancien ministre de la culture du gouvernement Raffarin. Et celui qui fut un Haut Commis de la République, et qui doit trouver quelque mérite à la collection devant être exposée sur l’Ile Seguin à Boulogne Billancourt, aurait été l’artisan de ce départ sur Venise.

Quel éclairage sur les pratiques gouvernementales qui ont malheureusement cours en France en ces temps de V° république déclinante ! Car ce type de décision ne se prend pas en quelques semaines ou même en quelques mois. C’est donc au moment où Jean Jacques était encore aux affaires que se dessinait de manière inéluctable l’échec du projet de fondation sur l’Ile Seguin alors que l’ex-ministre ne peut même pas invoquer la piètre excuse d’un maire appartenant à l’opposition.

Il y a décidément dans cette affaire une opacité inquiétante qui répond, hélas, de manière significative à l’incompétence désormais avérée du ministre des Affaires Etrangères !

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Le requiem de Fauré n’est pas un scooter !

On se souvient, peut-être de Barbara Hendriks interprétant, dans cet étrange office à Notre Dame de Paris, à l’occasion de la mort de François Mitterand, le Pie Jesu , cet extrait du Requiem de Fauré, empreint d’un profond recueillement auquel il est difficile de ne pas être sensible.

Passons sur une certaine forme d’inculture manifestée alors par la commentatrice de ces fastes - en partie - républicains qui annonçait aux chers téléspectateurs qu’il allaient " maintenant entendre le Pi Jesus " (transcription phonétique !).

Et voilà qu’un publicitaire récidive à sa manière : un fabricant de scooter, au nom bien connu dans le monde automobile, nous gratifie de quelques mesures extraites de la même pièce du Requiem. On ne voit pas le rapport entre un scooter et le Requiem ! sinon pour suggérer aux organisateurs de funérailles des possesseurs de ces engins qu’ils peuvent se "fournir" chez Fauré comme dans un quelconque self-service ?

Bien sûr ce n’est pas une musique sacrée estampillée "grégorien", encore que l’on fait souvent bien pire avec certains cantiques dûment labellisés !

Cependant le respect s’impose et pas seulement un semblant de respect, une espèce de coup de chapeau obligé. Un vrai respect !Il s’impose d’abord vis à vis de l’œuvre car on ne met pas en pièce pour quelque intérêt mercantile une mélodie conçue et écrite comme un tout.

Et puis, pour peu qu’on ait un cœur qui ne soit pas totalement gangrené par l’appât du gain, il faut se souvenir que cette oeuvre de Fauré a accompagné trop d’adieux, qu’elle est liée à trop de déchirements pour finir ainsi, au gré du caprice d’un " communicant " inculte, dans ce qui n’est finalement qu’un fade brouet publicitaire !

Qui plus est, le jour même où Mgr Hamao était finalement viré, le Pape confirmait à la tête du Conseil Pontifical pour la Culture, le cardinal français Paul Poupard, qui a pourtant le même âge que son homologue, en lui confiant en outre la responsabilité du Conseil pour le dialogue interreligieux.

Les motifs de l’éviction de Mgr Hamao n’échappent à personne au Vatican ; tout comme Mgr Michael Fitzgerald, écarté au même moment, le ’porporato’ japonais cultive volontiers une théologie du dialogue interreligieux jugé déviante par Joseph Ratzinger, suspectée de syncrétisme et de relativisme (horresco referens !).

En fait, le transfert de Mgr Hamao à Rome en 1998 ne tenait qu’apparemment de la promotion. En effet, le patron des évêques japonais avait été souvent dénoncé à Rome pour ses volontés d’aller plus loin dans l’inculturation. Y compris la plus audacieuse. Notamment en liturgie, sujet sensible pour Benoît XVI. Enfin, Mgr Hamao avait également critiqué les nominations d’évêques trop romains et peu sensibles aux situations locales.

Stephen Hamao est connu également pour ses prises de positions progressistes, jugées intempestives à la Curie, par exemple pour la convocation d’un nouveau Concile Vatican III, ou encore en faveur d’une révision de la règle de l’obligation du célibat ecclésiastique obligatoire.

Il semble aussi qu’au Conclave le prélat aujourd’hui viré faisait partie du groupe d’irréductibles opposés à la candidature Ratzinger (et surtout à la ligne intransigeante qu’il incarne).

Ce départ rapide et forcé montre les inquiétantes limites du mode dont Benoît XVI gouverne la Curie. Pour certains, la moindre confiance de Ratzinger envers son personnel du Vatican,

Sa volonté de gouverner seul et dans le retrait pourrait nous ramener aux pires années du Pontificat de Pie XII.,,

Quelqu’un l’a dit avec une force dont l’application universelle déborde les circonstances qui ont vu naître sa formule définitive : Charles de Gaulle au fil non pas de l’épée mais des Mémoires de Guerre ; quand il a dénoncé la vieille méthode routinière de l’état-major ne voyant pas plus loin que les tranchées de 14-18, et opté pour les blindés. Il écrit alors : « Je vérifiais, à cette occasion, que la confrontation des idées, dès lors qu’elle met en cause les errements accoutumés et les personnes en place, revêt le tour intransigeant des grandes querelles théologiques ».

De Gaulle a discerné qu’au fond de tout problème humain, fut-il d’ordre apparemment technique, il y avait un enjeu théologique ou, si l’on préfère, de philosophie radicale. Deux obstacles monumentaux se dresse sur le chemin qui mène à la vérité : les errements accoutumés , c’est à dire les mensonges gigantesques dont s’est incrustée l’habitude séculaire, et les personnes en place d’occupation de droit divin du pouvoir absolu .

J’ai découvert très, très tardivement, presqu’au soir de ma vie terrestre, aux environs de ma soixante dixième année, la quintessence du mensonge, le raccourci de toutes falsifications historiques, la version officielle d’autant plus certifiée authentique qu’elle se drape, olympienne, d’autorité morale, royale, impériale et même d’infaillibilité souverainement pontificale de Sa Sainteté, la force immémoriale de l’habitude sacrée. Le dossier rangé sans jamais, jamais, avoir été ouvert. L’affaire classée sans jamais, jamais avoir été jugée. Un verdict rendu sans qu’il y ait eu le moindre procès. Une peine d’excommunication , d’exécration par les porteurs du nom chrétien et par l’opinion publique des siècles, de la postérité concomitante, du premier avant-goût de la damnation éternelle, il fallait le faire ! Eh bien c’est fait ! et l’on continue de le faire !

Un cas est venu officiellement, ecclésiastiquement, se mettre en travers comme le revers de la médaille, à la renverse du cas Jésus. Et ce cas, c’est le cas Judas. Il m’a fallu des années pour convertir, transformer en la plus radical de toutes les questions la solution finale proclamée, répétée, martelée, inculquée séculairement avant même qu’ait pu se formuler une seule, même timide interrogation initiale. Une réponse qui ne laisse pas au problème le temps de se poser.

Je frémis à la pensée qu’ainsi qu’il est exigé de tout bon chrétien, j’ai pu gober si longtemps comme appartenant aux données révélées, de Foi, l’histoire mal racontée ou plutôt pas racontée du tout mais dogmatisée, d’un Judas traître sans qu’il existe la plus petite preuve de sa trahison.

Dans ma passion enfantine d’une venue aux sources de la justice et de la vérité, je suis scandalisé de ce qu’il y ait eu une sorte d’anticipation de l’affaire d’Outreau avec, tenant lieu d’un juge d’instruction, l’impitoyable accusateur public, le procureur, l’avocat général du pouvoir spirituel que fut, non pas le judéo-christianisme mais le judaïsme naissant : Judas n’a jamais bénéficié d’un seul doute sur sa traîtrise, la présomption d’innocence n’a jamais joué en sa faveur.

Je suis fou d’indignation et de colère au cœur de ma mémoire qu’avive, renouvelle, ma force d’innover, d’imaginer à l’image et ressemblance créatrice du créateur quand je songe aux milliers, aux millions de chrétiens qui, depuis deux millénaires, sont plus sûrs, plus certains de la trahison de Judas que de la résurrection, surtout à mordant insurrectionnel, de Jésus-Christ.

Je m’explique alors la raison véritable, le motif réel des propos tenus par le Pape Benoît XVI quand il reprend à son compte, ce Vendredi saint 14 avril 2006, la preuve, certificat d’études primaires, contrat de première embauche du bon chrétien, catéchisé sans histoire : Judas, incarnation du diable, a trahi Jésus par amour de l’argent. Mais voyons, Très Saint Père ou plutôt serviteur des serviteurs de Dieu, trente deniers c’est archaïque, terriblement artisanal, pré-industriel, pré-bancaire, très au dessous du SMIC et du RMI réunis. C’est de l’ordre purement symbolique sans référence à une somme précise parce qu’il fallait chiffrer le prix de la trahison déclarée indubitable, du Juif judéen Judas pour avoir l’air véridique.

Mon cher Pape , comment pouvez-vous prendre au sérieux cette histoire à dormir debout des 30 deniers comme preuve d’amour de l’argent, motif d’action de Judas le traître, alors que kilométriquement tout près de vous, crevant les yeux de votre Sainteté, gesticulait hier encore, bouffon plastronnant d’irrésistible drôlerie, l’ex-premier ministre d’Italie riche à millions et à milliards, maître de tous les moyens audiovisuels Italiens ?

Si vous filtrez le moucheron de 30 deniers comme prix d’une trahison grossièrement fabriquée, est-ce pour mieux avaler sans un hoquet l’énorme chameau du Dieu vendu au prix fort de reliques et d’indulgences plénières sur l’autel comptoir bancaire de l’argent souverain ?

Votre Sainteté reconnaît là les accents de quelqu’un qu’il lui arrive d’invoquer. Du coup, je comprends à fond la vérité qui jusqu’ici m’échappait : pourquoi vous frappez les théologies de la libération tandis que vous vous contentez peut-être de sourire sans du moins réagir comme devant une bonne blague italienne quand vous parvient l’écho des bouffonneries de l’ancien chef de gouvernement du pays où réside votre Saint Siège : « Je suis le Jésus Christ de la politique, une victime qui supporte tout, qui se sacrifie pour tous ». Tels sont les propos ahurissants d’Il Cavaliere Silvio Berlusconi.

De fait, la papauté romaine pratique l’inflation au sens plus que financier du terme : l’inflation verbale ou plutôt vocale. Elle gonfle artificiellement la trahison de Judas le Juif pour motif d’appât du gain afin de diminuer jusqu’à l’extinction finale la culpabilité, la criminalité, des requins du pouvoir et du tout-marché.

Mais là où je commence à voir rouge au point de parler très fort et même de rugir, c’est lorsque m’apparaît dans toute sa laide crudité le but de l’opération inimaginable du déisme chrétien : faire d’une pierre deux coups, salir à la fois Judas et Jésus. Et même faire d’une pierre trois coups, le troisième sali étant Dieu .

L’homme est habile et nuancé, doté d’un grand entregent et d’un esprit de conciliation assez remarquable. Il connaît remarquablement bien les questions économiques.

Comme Benoît XVI, il procède par petites touches, discrètement, mais non moins résolument. Sa tâche sera particulièrement difficile. Il se trouve en effet à la tête d’une majorité assez faible en pourcentage et surtout très composite. Elle s’étend de Clemente Mastella, un catholique fervent de 59 ans, très pro-Ratzinger et qui aurait tenu parfois des propos antisémites à Luxuria, une transexuelle acharnée à révolutionner les moeurs en Italie.

On devine le grand écart auquel Prodi sera certainement acculé.

Au plan religieux, Romano Prodi est un fervent catholique, très croyant mais éclairé, attaché par ailleurs à la laïcité et à l’esprit des Lumières. Ce Bolognais n’en fut pas moins en excellents termes avec le Cardinal Giacomo Biffi, longtemps son archevêque, un prélat très intransigeant dans ses positions.

Romano Prodi est unn ami personnel du Cardinal Camillo Ruini, ce qui ne l’empêche pas de ne pas toujours le suivre, loin s’en faut. En 1969, c’est Don Ruini qui assista au mariage de Prodi. Les deux hommes se portent une estime très sincère même si certains choix les placent en désaccord.

Romano Prodi serait très religieux et même, dit-on, enclin à la superstition. Lorsque Aldo Moro était retenu prisonnier (peu avant son élimination physique), Romano et ses amis firent tourner les tables pour connaître le lieu de sa détention. Les esprits lui indiquèrent un nom : « Gradoli ». Il faut savoir qu’une localité près de Rome porte ce nom. Des recherches de police y furent menées : en vain, on ne trouva aucune trace de Moro. En réalité, Moro était retenu prisonnier à Rome....via Gradoli !

La question qui se pose est la suivante : en Italie, dans les rapports entre la politique et le catholicisme quels changements interviendront avec cette entrée en fonction de Romano Prodi.

Il faut savoir qu’un nombre important de catholiques, progressistes ou proches de cette tendance, y compris des prêtres et des évêques, se réjouissent de la victoire de Prodi.

Une évidence, l’homme Romano Prodi est plus estimé, à titre personnel, par la Conférence Episcopale et le Vatican que son ancien rival, Silvio Berlusconi.

Pour autant, l’aile droitière et le centre-droit redoutent, après le retour de la gauche au pouvoir, que l’Eglise, en Italie ne puisse plus exercer aussi facilement et aussi ouvertement son influence que sous la précédente législature.

Prodi fera tout pour limiter ce qui déplairait de trop à Ruini et à ses troupes ; en échange, Don Camillo Ruini et le reste de la hiérarchie italienne devront faire preuve de plus de réserve, de plus de circonspection ; éviter un interventionnisme qui pourrait susciter en retour une réaction ’ laïcarde ’ trop vive et incontrôlable.

Ruini devra se faire équilibriste.

Deux candidats principaux seraient en lice. Le premier, Mgr Claudio Celli, un archevêque de 65 ans, actuellement Secrétaire de l’Administration pour le Patrimoine Apostolique, est soutenu surtout par le Cardinal Achille Silvestrini et, dit-on, Mgr Lajolo, actuel "ministre des affaires étrangères du Vatican. Celli a été l’un des artisans très efficaces de l’instauration de relations diplomatiques avec Israël. Fin diplomate, il espérait une éventuelle nomination comme Nonce à Washington. Jeune, il a fait un excellent travail aux Philippines. On le dit proche des milieux plus libéraux, de Silvestrini et de Laghi.

Sa nomination à Pékin ferait repartir une ascension brillante comme un peu interrompue et pourrait ouvrir la voie dans quelques années à une entrée dans le Collège cardinalice.

Rappelons, pour mémoire, que le premier délégué apostolique à Jérusalem, Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, a été récompensé un peu plus tard par la barrette rouge.

Pourtant, un candidat alternatif, soutenu par le cardinal Sepe - en relative disgrâce - mais de plus estimé dans les Sacrés Palais pour sa discrétion (personne ne le connaît parmi les vaticanistes) et pour son excellent travail, le Père Massimo Cenci, un religieux actuellement Sous-secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, ce qui donnerait une couleur plus pastorale que politique à cette nomination. A la Curie, les deux bras droits de Sepe, l’archevêque polonais Henryk Hoser et le Père Cenci sont considérés comme des commis fidèles et très compétents, de toute façon en attente de promotion.

Cependant, d’autres noms circulent, car on sait bien que lorsqu’il y a deux candidatures bien en vue c’est un troisième larron qui l’emporte. Les noms les plus souvent cités sont : l’archevêque Carlo Maria Vigano, 65, un milanais, Nonce en poste à la Secrétairerie d’Etat et qui attend une promotion depuis un certain temps ; il est considéré comme assez proche du Pape actuel ; Mgr Celestino Migliore, 54 ans, Nonce auprès de l’ONU, un grand travailleur ; Mgr Pietro Parolin, 51 ans, actuel adjoint direct de Lajolo qui pourrait ainsi commencer une carriière au niveau épiscopal que tous estiment prometteuse ; Mgr Paul Richard Gallagher, un anglais de 52 ans actuellement Nonce au Burundi ; Mgr Gianfrancesco Rota Graziosi, un bergamasque de 62 ans toujours en poste au Vatican et qui a refusé jusqu’à présent d’être Nonce mais qui est spécialiste de l’Asie ; Mgr Barnabé Nguyen Phan Vuong, un prélat vietnamien de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, âgé de 65 ans, qui suit les affaires asiatiques.

En tout état de cause, la reprise de ces relations diplomatiques revêt une très grande importance. On le sait, l’enjeu pour l’avenir de l’Eglise est presque vital. Ce n’est pas pour rien que le dernier consistoire a été beaucoup tourné vers le soleil levant.

Désormais, c’est là que commence à émerger un nouveau continent de l’espérance.

De la “lectio divina”, qui consiste à lire et relire un passage de l’Écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la “meditatio”, qui est comme un temps d’arrêt intérieur, où l’âme se tourne vers Dieu en cherchant à comprendre ce que sa parole dit aujourd’hui pour la vie concrète. Vient ensuite l’“oratio”, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la “contemplatio” ; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans nos cœurs » (2 P 1, 19).

La lecture, l’étude et la méditation de la Parole doivent ensuite déboucher sur l’adhésion d’une vie conforme au Christ et à ses enseignements.

Remarquons d’abord la différence avec son homélie de clôture des JMJ à Cologne : c’est le catéchisme et son résumé que l’évêque de Rome invitait alors à lire ! Mais, si chaque croyant a reçu l’Esprit Saint pour lire les Ecritures, comme il le précise justement, il n’en demeure pas moins que Dieu ne fait pas le travail à notre place et ce qui vaut pour le discernement de l’agir vaut aussi pour l’acte de lecture. On ne peut donc pas se passer d’une lecture critique !

Or notre bon pape a déclaré aux jeunes de Rome qu’il a rencontré dimanche dernier : « Cela me semble un point très important. On ne lit pas les Ecritures selon les méthodes de l’université, mais en priant et en disant au Seigneur : aide moi à comprendre ta Parole, ce que tu veux me dire dans cette page » et on ne voit pas bien comment il peut invoquer le cardinal Martini, ancien Recteur de l’Institut Biblique Pontifical, pour le soutenir dans cette perspective.

La prière suffirait-elle donc, par exemple, pour différencier les genres littéraires que Pie XII accepta de reconnaître en 1943, non sans que les « universitaires » catholiques ne payent le prix fort de cette lutte qui avait commencé au XVIème siècle ?

Certes la Lectio Divina est fondamentale mais elle ne peut se passer du travail critique et il est plus que dommage qu’un grand théologien comme Benoît XVI le dénigre ! Que signifie alors la création récente du Père Vanoye comme cardinal, lui qui fut également Recteur de l’Institut Biblique et cheville ouvrière du très beau texte de la Commission Biblique Pontificale sur les méthodes de lecture de la Bible ?

Sur cette question de la lecture se joue sans doute un de nos plus grands désaccords avec l’évêque de Rome. Avec lui et le catéchisme, nous reconnaissons, et c’est le cœur de notre foi, que « Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là » (n. 65).

Reste que cette Parole indépassable, nous n’avons jamais fini de la découvrir en l’interprétant en fonction de nouvelles questions, et s’il est vrai aussi que « Les Apôtres ont écouté la parole de salut et l’ont transmise à leurs successeurs », l’image de la « perle précieuse conservée, en toute sûreté, dans l’écrin de l’Église [et qui sans elle] risque de se perdre ou de se briser » demande des précisions.

Qui est cette Eglise ? Les évêques ? Le peuple dans son ensemble ? Benoît XVI répondra sans doute que l’on ne peut opposer les deux ; ce en quoi il aura raison si le prêtre comme l’évêque n’oublie pas qu’il n’agit pas seulement in persona Christi mais aussi ecclesiae... Ce que notre pape a malheureusement omis de préciser !

Mais c’est le vocabulaire de la « sûreté » qui me gène le plus quand on doit témoigner d’un Messie Crucifié ! Quelle sécurité de la Vérité ou de l’interprétation de la Parole invoquer quand on a quatre évangiles qui ne concordent pas ? Saint Jean, par exemple, que le pape cite en fin de discours, place le don de l’Esprit au soir de la Résurrection alors que pour Luc, c’est cinquante jours après ! Le travail universitaire n’est-il pas nécessaire pour clarifier les discours des deux évangélistes ? Ou bien, sur le mystère pascal, cœur de notre foi, devrons-nous rester dans la confusion ? On le voit bien aujourd’hui, avec le Da Vinci Code (2) ou la prochaine parution de l’évangile de Judas (3) , nous avons besoin d’un travail critique qui nous permette de garder un peu de lucidité et de sérénité. Ce n’est pas Benoît XVI qui nous dira le contraire ! Enfin, j’espère !

Notes

1 - Soyez rassuré(e)s : il est, quoi qu’il dise ou fasse, l’évêque de Rome et, à ce titre, nous respectons sa mission pour l’Eglise universelle... ce qui ne nous empêche pas de dire ce que nous pensons comme chrétiens, comme Paul le faisait savoir à Pierre ! C’est toujours l’amour de notre Eglise qui nous motive. Cela va sans dire, mais vues certaines réactions, il n’était peut-être pas inutile de le rappeler en cette grande semaine.

2 - Je vous signale un petit guide de lecture de GOLIAS sur le Da Vinci Code (dans le n°107 Mars-Avril - à paraître la semaine prochaine).

3 - Nous reviendrons sur ce sujet dans le prochain numéro de GOLIAS (n°108, mai-juin).

« Vous cherchez Jésus de Nazareth le Supplicié à mort, le Crucifié ? Il n’est plus où on l’avait mis. Il s’est évadé de la tombe », ce qu’on appelle res-susciter, déclare aux femmes le jeune homme inconnu de blanc vêtu. Alors, dit-il, « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? »

Je suis certain que le pur esprit fidèle ne pouvait qu’ajouter : quand on l’a tué, assassiné, exécuté, la mort n’a rien trouvé à prendre puisque tout était déjà donné. Il vous l’a dit sous des milliards de formes différentes : ma vie personne n’a jamais pu me la prendre pour la raison très simple que je la donne en totalité. Le don devance la prise. Il n’est plus là où il avait été déposé comme jamais au cours de sa vie. On n’a pu le trouver à la place qui lui était réservée. De sorte que, lorsqu’il est mort, son corps devenu cadavre mis au tombeau, il ne pouvait pas plus y rester qu’à chacun des instants de sa vie, il n’acceptait d’être immobilisé, fixé, figé au lieu comme au laps de temps borné qui lui était assigné.

Jésus, la Parole faite chair, transgressait en permanence contagieusement de toute notre commune humanité les frontières de l’espace et du temps pour embrasser l’histoire. Mais, c’est très précisément çà, réaliser cette transgression ininterrompue de tous les bornages et freinages imposés par la Toute Puissance infernale pseudo divine à l’origine des créatures compétitives d’Anti Création qui s’appelle Res-susciter.

Je vous précède en Galilée. Venez m’y rejoindre, fait dire par l’Ange d’abord aux femmes, Jésus évadé du tombeau. Ses paroles prendront leur envol universel quarante jours plus tard : allez voir partout ailleurs si j’y suis. Elles et eux y allèrent. Il y était. Avouez que la Résurrection n’a rien de sorcier ni même de miraculeux ou encore de mystérieux : c’est la logique d’évidence élémentaire de l’Amour fraternel mutuel universel en acte libérateur. Qui prétend aimer sans partout susciter la parole d’Amour liant d’amitié l’univers par delà les frontières de nations et même de siècles, d’insurrection en insurrection jusqu’à l’ultime Résurrection, n’est qu’un faux cœur de faux cul.

Il apparaît ainsi d’irréfutable vérité que l’évasion de la tombe du Premier-né des vivants et des morts sortis de tous leurs cachots et de tous leurs tombeaux, loin d’être la réponse, est la question d’étonnement naïf : mais pourquoi donc cherchez-vous parmi les réponses mortes celui qui est vivant ?

Tout le monde peut remarquer que l’on dit d’une réponse qu’elle est cinglante, bien envoyée, irréfutable - mais jamais qu’elle est cruciale - car seule est cruciale la question parce qu’elle soulève absolument tous les problèmes, ce qui provoque sa mise en croix d’où elle s’élance pour susciter, res-susciter la vie, la libérer de bien pire que la mort, la vie mortelle. Aussi, de deux choses l’une : ou bien, moi, individu, groupe humain, je me mets en question ou bien je mets les autres à la question - et c’est l’Inquisition. Qu’il avait raison, Romain Gary, d’écrire : « Le pire qui puisse arriver à la question, c’est la réponse ! »Aucune réponse, surtout officielle n’atteint la hauteur et la profondeur d’une seule question d’enfant. A cette lumière, nous voyons la Pâque dans sa vérité : la victoire de la question cruciale sur la Solution finale.

Je prolonge alors la question de l’Ange : Pourquoi avez-vous donc une conception posthume, mortifère, funéraire de la Résurrection au point de la parquer dans l’après mort ? Mais, tonnerre ! Jésus n’a pas attendu de mourir pour inaugurer la vie du peuple res-suscité. Il suscite, res-suscite avant la mort, pendant la mort et donc après la mort.

Arrachons la Pâque aux papolâtres La Pâque signifie, réalise le passage de tous les piétinés, de la servitude à la libération des vivants et des morts, de la mort à la vie.

Mais dans ces conditions, il n’existe rien qui soit plus tueur de la Pâque que le retour du monde sous les griffes parfois religieuses et chrétiennes d’une Toute Puissance divine au pouvoir monarchique absolu. C’est la raison pour laquelle je suis scandalisé à l’extrême par, tout près du dimanche grand jour de la Pâque, un article publié dans le Monde Vendredi 31 mars 2006 page 2 et intitulé « Jean Paul II le pape mythique ». A propos des deux derniers Pontifes romains qui sont en dyarchie d’après le chroniqueur religieux du journal Le Monde, je lis, stupéfait, cette phrase ahurissante : « La papolâtrie survit au Pape défunt ».

Exactement comme il est indécent, obscène de servir à la fois Dieu et l’Argent, impossible de vivre la Pâque et en même temps d’être non seulement idolâtre mais de pratiquer l’idolâtrie sous sa pire forme de papolâtrie. D’autant plus que le journaliste expert en religion ne nous laisse le choix qu’entre deux manières pontificales de se situer par rapport à l’Eglise Peuple de Dieu : ou bien le Pontife romain règne sur elle, style Jean Paul II, Pape mythique ou bien il la gouverne, style Benoît XVI, Pape caritatif et didactique.

Eh bien non, non et non ! Cher Monde, avec toute la Tradition catholique universelle non romanisée, je refuse l’option. Parce que l’Eglise de la Pâque, anticipation de l’humanité, ne tolère pas plus le règne sur elle que le fait d’être gouvernée. Elle ne connaît qu’un seul Acte, l’Acte de Res-susciter, parce que Jésus Christ avec son Père dans leur souffle commun d’égal à égal, ne règne sur personne et ne commande personne. Il le proclame et il le prouve : Vous m’appelez Maître et vous le dites bien parce que je le suis. Or, regardez où je me trouve : à vos pieds. Vous aussi, lavez-vous les pieds les uns les autres. Tout Jésus Christ est dans ce geste : la tête partout aux pieds, le plus beau gag de la Parole exécutée, res-suscitée.

Le renversement, la subversion radicale de tous les pouvoirs que j’aime ainsi résumer : rien ne va plus à contre pied du Vieux Dieu qui tient tout sous ses pieds que l’art d’être de plain pied en leur lavant les pieds, avec tous les va nu pieds, tous les foulés aux pieds à qui l’on essaie de faire croire depuis la nuit des temps que çà leur fait les pieds de leur casser les pieds.

A l’abbé cistercien de Fontfroide, Pierre de Castelnau, qui demande conseil à l’évêque castillan Diego d’Osma, le sous-prieur du chapître de celui-ci, Dominique de Guzman répond : « Faites ce que je vais faire ».

Cette histoire a lieu en 1206 à Montpellier ou, d’après certains, tout près de la ville, à Castelnau le Lez. Gwenaelle Moulins, l’auteur de l’article sur le Dominicain Gilles Danroc, écrit : « Le jeune Dominique refusant les armes face aux hérétiques, part prêcher à pied sans escorte ».

C’est ici que s’étale la phrase incroyable à faire sangloter les constellations comme disait l’extraordinaire polémiste Léon Bloy : « Cette chose simple (le geste de Saint Dominique) a changé le monde », explique le Père Danroc qui lui consacre un colloque « Dominique avant les dominicains », 23-25 février à Castelnau le Lez et Montpellier. « Nous sommes passés, dit toujours Gilles Danroc, d’une Eglise triomphante assénant sa vérité à une Eglise fraternelle faite de rencontres ».

Je dis Non ! Non ! Non ! Une telle assertion est fausse sur toute la ligne. D’abord parce que si Dominique refusa les armes contre les hérétiques pour s’en aller à pied sans escorte, prêcher, sa prédication n’a été qu’une voie parallèle au choix musclé de la solution militaire finale qui fut celui du pape Innocent III et de ses successeurs.

Mon appartenance fidèle rebelle à l’Ordre de la Sainte Prédication dont la devise est « Veritas », la vérité, pas d’abord dogmatique mais existentielle, historique, me fait une obligation éthique, de conscience, d’affirmer ceci : le père des prêcheurs, Saint Dominique, plus que Saint François d’Assise, le « poverello », le poète anarchiste d’amour fraternel de toute la création, les pauvres premiers servis, donc irrécupérable par les pouvoirs, fut en son temps, au mieux, l’alibi évangélique du pontife romain dans son déclenchement de la tuerie des Cathares, au pire, le coexistant pacifique de la guerre dite sainte, du Djihad chrétien. Car il n’existe pas caricature plus hideuse, horrible de la Croix insurrectionnelle où est cloué Jésus pour crime de lèse-majesté du Divin César, ce qui rend le Verbe fait chair inséparable de la révolte “spartakiste” des esclaves crucifiés soixante dix ans auparavant, que la croisade criminelle d’anti-humanité. La croisade c’est l’épouvantable parodie de la Croix. Et les croisés sont les ignobles pastiches des crucifiés.

Aussi, je suis blessé, meurtri, scandalisé jusqu’au fond de l’âme, comme frère prêcheur orateur de la Parole incarnée, crucifiée, ressuscitée lorsqu’un dominicain ose écrire qu’en 1206, avec saint Dominique, nous aurions réalisé le passage « d’une Eglise triomphante assénant sa vérité, à une église fraternelle faite de rencontres », alors qu’en Février 1231, quelques années seulement après la démarche du fondateur de l’ordre de la Sainte Prédication, avait lieu précédée du texte pontifical « Excommunicamus »réprimant l’hérésie, une autre fondation, une autre institution, la juridiction d’exception dont l’inventeur officiel est le Pape Grégoire IX et le nom tout un programme : la sainte Inquisition de la Foi.

(Ce que résume Yves Dossat dans le numéro 6 des Cahiers de Fanjeaux -ensemble des travaux d’histoire sur les cathares -la Croisade- les débuts de l’Ordre de saint Dominique, sous la direction du Père Vicaire, dominicain et publiés chez Privat, éditeur- Juin 1971).

Tous mes cheveux blancs se dressent sur ma tête d’octogénaire : ajouter au crime de la croisade le crime de l’Inquisition. Et ceci sous l’apparence, sous les saintes espèces d’un passage d’innocente hypocrite cruauté d’une Eglise triomphante assénant sa vérité à une Eglise fraternelle faite de rencontres. Cà il fallait le dire. Eh bien, c’est dit. Il fallait l’écrire. Eh bien, c’est écrit. Il fallait le faire. Eh bien c’est fait. Dans un style d’inflation verbale du geste de l’An 1206. Personne n’a besoin d’un grand flair prophétique pour s’apercevoir en 2006 qu’une régression du projet institutionnel de saint Dominique amorcé en 1206 s’était juridiquement mise au point depuis sept siècles.

Un bref regard sur les premières années de l’Ordre suffit à l’établissement d’un constat irrécusable d’échec du projet de Saint Dominique. Pouvait-il y avoir rien de plus contraire au départ à pied, sans armes, sans escorte, du père des prêcheurs en 1206 que le massacre par les armes des croisés en 1209 donc du vivant même de Saint Dominique de tous les habitants de Béziers. L’horrible boucherie au cours de laquelle le légat pontifical lança l’atroce cri de guerre dont se relève mal l’Eglise romaine en 2006 : « Tuez-les tous. Dieu reconnaîtra les siens ».

Pour que la Pâque 2006 ne soit pas l’ignoble simulacre, l’anniversaire hypocrite, menteur de l’événement pascal passage de toutes les servitudes à la libération, de la mort à la vie, il devient urgent d’urgence de salut public, de rompre publiquement avec sa monstrueuse caricature historique, l’Inquisition cette sœur maudite de la croisade exterminatrice telle que la décrit le Père Vicaire dominicain : le passage de la persuasion à la coercition.

C’est là que nous touchons du doigt l’ultime racine du reniement par l’Eglise plus romaine qu’universelle, sens de l’expression « catholique » de sa parole fondatrice crucifiée res-suscitée, Jésus-Christ : l’Eglise est historiquement très vite passée du Verbe créateur persuasif au pouvoir coercitif, de l’Amour d’amitié fraternelle contagieuse au recours à la force militaire et policière. Elle a rapidement préféré l’arme de l’excommunication au génie attractif de l’invitation chaleureuse à la communion. Elle a ainsi constitué à la fois le modèle et le plagiat de la pire politique réaliste du monde mondain toujours plus mondialisé des affaires qui lui aussi rejette l’art de généreusement persuader pour le remplacer par l’acte de dissuader jusqu’à l’énergie de dissuasion nucléaire.

Ici Eglise et Tout Marché mondial se heurtent à la logique imparable du Verbe anti-pouvoir : qui manie l’épée périra par l’épée. Donc qui manie la bombe crèvera par la bombe. Je songe brusquement au mot que je cite de mémoire de Gabriel Vidal dans « la dette de Dieu » aux Editions Golias : « La plus terrible de toutes les hérésies, c’est la manière dont l’Eglise a traité les hérétiques ».

Il faut par conséquent mobiliser toutes les paroles du Verbe fait à faire chair, à recréer en humanité universelle et singulière pour sommer l’Eglise de re-naître autre dans un monde autre.

Tout le monde se souvient de ce que nous dira notre commune parole au grand soir de la vie : «  J’ai eu faim et vous m’avez ou vous ne m’avez pas donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez ou vous ne m’avez pas donné à boire. J’étais un étranger, vous m’avez ou vous ne m’avez pas accueilli ; nu, vous m’avez ou vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, vous m’avez ou vous ne m’avez pas visité ».

Mais il est une seule chose que Jésus, le Verbe humanisé ne pouvait pas prévoir car s’il avait pu la deviner, il aurait triché avec l’incarnation, avec les possibilités de Dieu en homme réellement humain, capable d’imaginer le comble inimaginable de l’horreur absolue : « j’étais hérétique et vous m’avez brûlé vif. »

Il y a dix ans, les sept moines de Tibhirine étaient enlevés et assassinés en Algérie.

La mémoire de ces martyrs est restée très vive dans les communautés chrétiennes. Me Baudouin s’exprimait au cours d’une conférence de presse à la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH) à l’occasion du 10e anniversaire de la mort des sept moines trappistes.

Il a déploré « une opacité anormale » dans cette instruction ouverte en février 2004, qui se déroule selon lui avec une « lenteur excessive ». Me Baudouin a rappelé qu’il avait formulé en octobre une demande d’acte visant à faire procéder à des auditions de témoins, dont notamment Abdelkader Tigha un ancien des services de sécurité qui se trouve aux Pays-Bas.

Le droit à la vérité

Autre réaction, dix ans après ce massacre. L’entourage des sept moines français de Tibhirine, enlevés et assassinés il y a dix ans a « droit à la vérité » comme toutes les victimes du drame algérien, a déclaré de son côté le père Armand Veilleux, procureur général de leur ordre cistercien au moment des faits.

« Avant de tourner la page, il faut la lire jusqu’en bas. Nous pardonnerons totalement le jour où nous saurons à qui il faut pardonner », a souligné le père Armand Veilleux lors d’une conférence de presse. Il s’exprimait aux côtés de membres de la famille de Christophe Lebreton, l’un des moines assassinés, qui ont porté plainte avec lui en décembre 2003.

« Nous attendons un peu de lumière, car nous ne sommes pas naïfs, nous savons que du côté algérien nous ne saurons jamais toute la vérité », a-t-il estimé, relevant également des points obscurs côté français notamment sur l’existence ou non de négociations.

01 : Essai de définition :

Dogmes : Affirmations données sur un ton sentencieux et tranchant. Point fondamental d’une doctrine philosophique ou religieuse.

Le dogme catholique est l’ensemble des doctrines que l’église enseigne au nom de Dieu. Ses sources sont l’écriture sainte et la tradition. Les dogmes sont immuables. Définir un dogme ce n’est pas le créer, mais déclarer officiellement qu’il doit être cru par tous les fidèles. Le développement du dogme est l’explication progressive de son contenu.

L’église catholique romaine déclare dans Le droit Canon n ° 752. « Il faut accorder non pas un assentiment de foi, mais une soumission religieuse de l’intelligence et de la volonté à une doctrine que le Pontife Suprême ou le collège des évêques énonce en matière de foi ou de moeurs, même s’ils n’ont pas l’intention de la proclamer par un acte décisif ; les fidèles veilleront donc à éviter tout ce qui ne concorde pas avec cette doctrine. » ..... !...

D 02 : Quelques dogmes dans l’église catholique romaine :

Dogme de l’infaillibilité du Pape : Proclamé par Pie IX en 1870 ( Giovani Maria Mastaï Ferretti 1792-1878). Pape de 1846 1878.

Histoire brève : Le pape s’enfuit devant les révolutionnaires qui proclament la république romaine en 1848. . Des volontaires français s’engagent pour défendre le pape (montée des intransigeances, ultramontanisme). Pendant 20 ans le pape Pie IX luttera par les armes contre le Piémont et perdra ses territoires en 1870. L’Italie annexe ses états et ne lui laisse que le Vatican. Il se considéra dés lors comme prisonnier au Vatican. Il affirme son autorité en proclamant en 1854 le dogme de l’Immaculée Conception .

Ce que Pie IX avait perdu sur le plan temporel , il réussit à le reprendre la même année,sur le plan spirituel. Il proclama l’infaillibilité Pontificale en 1870. « Le pontife suprême, en vertu de sa charge, jouit de l’infaillibilité dans le magistère lorsque, comme Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles auquel il appartient de confirmer ses frères dans la foi, il proclame par un acte décisif une doctrine à tenir sur la foi ou sur les moeurs. ( Droit canon , livre 3 n° 749) »

Nulle partie des évangiles ou des lettres de Paul ne nous laisse comprendre que Pierre est infaillible. Le concile de Jérusalem nous affirme même le contraire. ( voir actes 11- et Galates 01) . Pierre même confirmé, renie le Christ ( Luc 22-57 ) « femme, Je ne Le connais pas ».

Résultats : Les chrétiens divers dont les orthodoxes et les protestants, sont sans voix, consternés .L’église catholique romaine apparaît ainsi, à leurs yeux, comme une volonté de puissance, une domination insupportable. La tradition était basée sur l’égale autorité des patriarches et une reconnaissance de mission de communion du pape.Les conflits inhérents aux hommes qui ont des pouvoirs existaient , chaque patriarche pouvait affirmer qu’il avait raison. Mais avec le dogme de l’infaillibilité du pape tout dialogue semble voué à l’echec puisque il y en a un seul qui ne se trompe pas. voir l’histoire des papes : 1251_papes.html

Dogme de Marie mère de Dieu : Défini au Concile d’Ephèse en 439 et 431 par seulement une partie des représentants officiels des communautés. Cherchait principalement à affirmer les deux natures du Christ : vrai Dieu, vrai homme contre les ariens qui ne voulaient connaître que la nature humaine du hrist

Certains Pères ont pensé qu’en disant que Marie était mère de Dieu cela résolvait la question. Les actes de ce concile furent cassés par le concile de Chalcédoine en 451. Le concile de Chalcédoine (Symbolum Chalcedonense DH 301 ) ne désigne Marie que mère de Jésus Christ dans les jours de son humanité, en tant qu’homme, pas en tant que Dieu ). Cependant, le canon 1246 dit : « Doivent être observés les jours de la nativité de Notre Seigneur Jésus Christ, de l’Epiphanie, de l’Ascension et du très Saint Corps et Sang du Christ, le Jour de Sainte Marie Mère de Dieu.... » Donc l’ensemble des catholiques romains est invité à considérer Marie comme Mère de Dieu. ( voir canon 552 déjà cité). Dans l’ordinaire de la messe, Marie est nommée : mère de Dieu,ainsi que dans certaines prières, dont le rosaire.

Certains évêques affirment sans sourciller, dans leur sermon solennel que Marie est mère de Dieu et ensuite mère de Jésus Christ. Le fidèle ordinaire ne peut contredire et s’en moque.Le pape, les évêques et l’église catholique romaine perdent de leur autorité auprés de l’ensemble des hommes et des femmes qui ont la chance de savoir lire, d’avoir appris à réfléchir et a se forger une opinion personelle libre, comme nous y invite Paul aux Galates..

Quel bénéfice pour l’annonce de l’évangile, du Christ ? Un dogme à annuler ou à revisiter en urgence. A moins qu’on ne jette aux orties l’évangile de Jean :" Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu, Il était au commencement....tout a été fait par Lui....."( Jean 1, 1 et 2)

Dogme de l’assomption de la vierge Marie : A la suite d’une longue tradition ; dés le IX° siècle apparaît cette approche dans les sculptures et les peintures.

Une tradition différente mais aussi ancienne, vénère le tombeau de Marie ( chapelle de la Dormition à Jérusalem ) . Diverses peintures et sculptures représentent Marie dans son tombeau en Espagne, en Italie, en France et ailleurs. La dévotion populaire à Marie dans son assomption est utilisée par Louis XIII pour affirmer le 15 août , dévotion de l’assomption, la naissance miraculeuse de son fils, Louis XIV. Napoléon utilise aussi cette dévotion populaire et fête le 15 août 1801, le concordat, avec l’église catholique romaine et ainsi se concilia les faveurs du pape qu’il avait malmené. En 1922 Pie XI désigne Marie dans son assomption patronne principale de la France.

Pie XII le 1-11-1950 proclame le dogme de l’Assomption de Marie.Il l’étaye sur l’affirmation de la maternité divine de la vierge Marie. ( Bien que le concile de Chalcédoine en 451 (Symbolum Chalcedonense DH 301 ) ne désigne Marie que mère de Jésus Christ dans les jours de son humanité, en tant qu’homme, pas en tant que Dieu ). Marie exempté du péché originel est donc Immaculée Conception .( 1854 ) S’appuyant sur de nombreuses décennies de dévotion, le pape et nombre de cardinaux en déduisent que Marie aurait été exempte ( morte) de la corruption de la chair et qu’elle aurait été enlevé au ciel....Assomption

Résultats : Les amateurs d’objets de piété et de fêtes populaires sont ravis .Mais les diverses confessions chrétiennes sont catastrophées.

03 : Quelques dogmes ne seraient-ils pas en préparation ? au Vatican ? Dogme de Marie Médiatrice de toutes grâces  : Déjà accueilli comme vérité de foi dans tous les groupes de rosaire du monde et par de nombreux catholiques romains. « Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pécheurs... » est répété inlassablement . Ainsi, une piété, une dévotion,ont de grandes chances de devenir des dogmes dans l’église catholique romaine et d’être imposé à la foi de tous . Quel bénéfice pour l’annonce de l’évangile, du Christ ? Pour l’unité entre chrétiens  ? Les dogmes sont ils facteurs d’unité ou de division, à vous de juger !

Edmond Savajol 2005 http://www.croire.be

Jusqu’à présent, le Pape ne semble guère pressé d’entreprendre une vraie réforme importante de la Curie.

Certes, certaines attributions passent d’une Congrégation à une autre ; l’un ou l’autre dicastère a perdu ou perdra son autonomie (comme par hasard le Conseil pour le dialogue interreligieux) ; l’un ou l’autre pourrait être constitué (par exemple pour la promotion de la musique sacrée et du chant latin).

Il est non moins vrai que le Pape Ratzinger n’entend pas favoriser l’engraissement du mammouth curial. A la différence par exemple d’un Angelo Sodano, cardinal Secrétaire d’Etat sur le départ,

Benoît XVI ne mise pas sur l’excroissance de ce corps centralisé et se conservant lui-même pour imprimer à l’Eglise une orientation plus nette et lui permettre de mieux laisser transparaître sa nature profonde. Inspiré par l’ecclésiologie allemande de Romano Guardini, le Pape a beaucoup moins tendance que les cardinaux italiens à souligner la visibilité et à majorer la dimension juridique et institutionnelle.

L’Eglise relève davantage de l’ordre du mystère.

D’autres réformes seraient en cours : l’âge de la retraite des évêques serait reportée à quatre-vingt ans ; le transfert d’un siège à un autre serait rendu moins facile ; les cardinaux octogénaires retrouveraient droit de cité au Conclave.

Les grandes réformes attendues, en revanche, continuent à se faire attendre. A commencer par un développement véritable de la collégialité épiscopale. Même si le choix récent pour la pourpre cardinalice du Président de la Conférence Episcopale française et non de l’archevêque de Paris constitue un indice intéressant.

L’enjeu véritable d’une Eglise qui reste à réformer est de passer enfin du système ecclésiastique à l’attestation ecclésiale. L’ampleur d’une telle mutation suscite bien entendu de fortes résistances. Le Cardinal Ratzinger semble se démarquer d’une sorte de complaisance généralisée et aveugle à l’endroit du fonctionnement de la Curie. Il place ailleurs le centre de gravité : par exemple dans ses textes ou dans les célébrations.

Depuis pratiquement un demi-siècle, on ne compte plus les livres proposant des plans de réforme, de Hans Kung à Ghislain Laffont. En fait, beaucoup de propositions se recoupent. Nous notons simplement trois accents principaux :

1 - une Eglise moins bureaucratique et davantage à visage humain ;

2 - une rupture avec le modèle des Césars, car Rome n’est peut-être pas devenu vraiment chrétienne en définitive ;

3 - une répartition plus équilibrée des décisions et des initiatives.

4 - une mise à plat théologique et doctrinale pour repenser la posture chrétienne dans le monde d’aujourd’hui.

Franchement dit, les logiques du pouvoir et du prestige qui se donnent libre cours, ne s’effaceront pas par un seul coup de baguette magique. Au contraire, semble-t-il. L’idée d’une véritable « emendatio » de l’Eglise, déjà caressée en rêve par Luther, ne peut que rencontrer, malgré la bonne foi souvent des protagonistes, un obstacle insurmontable. La force d’inertie de tout système qui tend à se conserver lui-même et néglige parfois ce pour quoi il est fait, se prenant pour son propre objectif.

Il y a sans doute une autre raison à la prudence de Benoît XVI. Alexis de Tocqueville nous a appris qu’une institution déjà trop usée et sclérosée risquait gros lors d’un appel d’air. Comme si l’édifice vermoulu menaçait alors de s’effondrer complètement. On sait que l’illustre historien français du XIXe siècle analysait ainsi la chute de l’Ancien régime au moment même où il commençait à s’ouvrir aux réformes.

La vraie question posée, en définitive, est la suivante :

la fraîcheur et la confiance d’un Pape Jean XXIII, aujourd’hui, permettraient-elles à l’Eglise de retrouver un visage plus évangélique et plus fraternel ? Autrement, est-il encore temps de rattraper les choses ? Les termites du conservatisme ont-elles fait leur oeuvre ?

L’utopie reste notre route.

En raison du recul de l’âge de nomination et de l’accroissement de l’espérance de vie, il semble largement souhaité de repousser l’âge de la retraite à 80 ans.

Un autre souci avait été déjà largement exprimé dans le passé. Celui d’éviter le carriérisme, le jeu des chaises musicales, le passage de prélats d’un diocèse à un autre.

Dans l’Eglise ancienne, l’évêque était comme marié avec son Eglise. Le passage à un autre diocèse, même plus grand, n’était envisageable qu’à titre erxceptionnel (par exemple crise dans un autre diocèse demandant le secours d’un homme de grande expérience, ou problèmes perrsonnels de l’évêque).

Il y a une dizaine d’années, plusieurs cardinaux de la Curie et non des mondres puisqu’il s’agissait des cardinaux Re, Fagiolo, Gantin ... et Ratzinger lui-même semblaient prendre partie en faveur d’un retour partiel à la spiritualité ancienne : le passage d’un diocèse à un autre devant rester l’exception.

Une autre réforme envisageable pourrait être la réintégration des cardinaux de plus de quatre vingt azns dans le Conclave.

Paul VI, en 1970, les en avaient écartés, pourt des raisons stratégiques. Parmi la vieille garde des prélats octogénaires et nonagénaires d’alors il comptait de nombreux ennemis. Beaucoup de ces vieux prélats (souvent de Curie comme le Cardinal Ottaviani) ne dissimulaient pas leur volonté de siffler la fin de la récréation conciliaire.

Le cardinal Montini, le pape du moment, savait qu’en cas de décès prématuré, il ne pourrait bien sûr plus compter sur lui-même pour enrayer l’évolution : une frange importante de vieux prélats se mobiliseraient en faveur du Cardinal de Gênes, Giuseppe Siri. La page conciliaire se fermerait.

Par la suite, en 1990, une vingtaine de cardinaux émirent une supplique au Pape demandant leur réintégration au Conclave (parmi eux, deux non-concernés, puisqu’âgés de moins de quatre-vingt mais solidaires de leurs aînés, les cardinaux Agnelo Rossi et William W. Baum). Jean Paul II repoussera la suggestion.

Désormais, pour Joseph Ratzinger, il s’agirait de corriger ce qui fut jadis, selon lui, une rupture avec la tradition. En effet, l’exclusion d’une part des cardinaux du Conclave, laquelle traditionnellement n’invalide sans doute pas l’élection, constitue une sorte de rupture par rapport à la tradition.

Ironie de l’histoire, aujourd’hui, ce sont les cardinaux les plus conservateurs qui semblent réticents au retour des octogénaires (et plus).

En effet, au fil des années, le choix des hommes portant la pourpre s’est porté de plus en plus sur des prélats conservateurs. Beaucoup des grands ténors libéraux sont très âgés. Permettre leur retour au Conclave, au-delà de la question de principe, serait faire rentrer à nouveau des loups progressistes dans la bergerie (comme les cardinaux Etchegaray, Willebrands, Silvestrini, Piovanelli, Lorscheider ou Arns).

L’enjeu en vaut-il la chandelle ? Avec un escadron encore convaincant de «  conciliaires  », Joseph Ratzinger aurait-il été si facilement élu ?

D’ores et déjà, il s’agit pour le très astucieux Don Camillo de rendre imprenables les citadelles de l’intransigeantisme sans pour autant trop heurter de front des adversaires qui pourraient l’emporter.

Ainsi, si le Cardinal Ruini se montre ferme et refuse l’idée même de la reconnaissance d’un mariage gay, et même d’un Pacs, il semble envisager une solution alternative de repli admettant une sorte de "donation réciproque" qui ne serait pas considérée comme une reconnaissance morale ou légale mais accorderait des avantages substantiels et pallierait aux carences actuelles. Il y a quelques années, l’idée avait déjà été lancée par la "Civiltà Cattolica", organe officieux de la Secrétairerie d’Etat.

En revanche, Don Camillo se montre finalement très hostile au projet d’introduire des heures d’enseignement de la religion musulmane, revendiqué par un autre cardinal, Renato Martino, Président du Conseil Pontifical "Justice et Paix", au nom de la liberté religieuse.

Pour le Président de la Conférence Episcopale, la bataille revêt une importance capitale :défendre l’idée d’une idée associée culturellement et politiquement au catholicisme romain. Le mirage d’une ’pluri culture religieuse’ (incluant l’islam) est conçu comme dangereux et susceptible de fragiliser le ciment de la société de la péninsule. D’une part, en raison des risques, réels mais ici secondaires, de diffusion des thèses islamistes intégristes, d’autre part, et surtout, pour endiguer tout vague relativiste.

L’évêque de Rome, pour bavarois qu’il soit, est hanté par le même souci :l’Italie restera catholique. Qu’on se le dise !

L’enseignement du Coran à l’école italienne est une menace d’endoctrinement social, a estimé le cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et vicaire de Rome, lors de l’ouverture du Conseil permanent de la CEI à Rome, le 20 mars 2006 dernier.

Pour le cardinal Ruini, un tel enseignement de la religion musulmane pourrait être possible dans les écoles. Mais, tempère-t-il aussitôt, seulement s’il ne constituait pas un risque “d’endoctrinement social“.

Dans la perspective des élections législatives du 9 et 10 avril prochains dans la péninsule, le cardinal Ruini est revenu sur la controverse déclenchée par le cardinal Raffaele Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, qui a estimé le 7 mars que l’enseignement du Coran dans les écoles italiennes serait “source de respect“ envers l’Islam et un moyen de défendre l’enseignement du catéchisme.

Attendre la réciprocité pour les minorités chrétiennes dans les pays musulmans veut dire se mettre sur le même plan que ces pays“ avait déclaré le cardinal Martino.

Le cardinal Ruini, estimant que son collègue s’était exprimé “à titre personnel“, a relevé que “les compétences de l’Eglise catholique concernent les relations avec l’Etat italien sur la question de l’enseignement du catéchisme et non par rapport aux autres religions“. Cependant, le vicaire de Benoît XVI pour le diocèse de Rome a apporté des “précisions nécessaires“.

Le droit à la liberté religieuse est valable pour tous et, dans cette optique, le principe de l’enseignement de l’Islam à l’école n’apparaît pas impossible“, a précisé le cardinal. Pourtant, il y a “des conditions fondamentales“ à ce droit, “valables pour tous les enseignements dans les écoles italiennes“. Il ne doit pas y avoir “d’opposition entre leur contenu et la Constitution, par exemple en ce qui concerne les droits civils, à commencer par la liberté religieuse, mais aussi la parité entre hommes et femmes et le mariage“.

Concrètement, a poursuivi le cardinal Ruini, “il manque pour le moment un organe représentatif de l’Islam qui soit habilité à fixer avec l’Etat italien un accord sur cette question“. Il faudrait aussi “assurer que l’enseignement de la religion islamique ne donne pas lieu, de fait, à un dangereux endoctrinement social“.

Enfin, le président de la Conférence épiscopale italienne a rappelé que l’enseignement de la religion catholique à l’école, selon l’article 9 du Concordat révisé de 1984, avait aussi pour fondement le fait que “les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien“. Le cardinal a défendu ainsi l’heure hebdomadaire de catéchisme, qui ne doit pas être remplacée par un enseignement de l’histoire des religions sous le prétexte “d’un plus grand pluralisme en présence de religions issues de l’immigration“.

Le cardinal s’est aussi défendu de voir le catholicisme “décliner en Italie“, où 91 % des élèves fréquentent “librement“ le catéchisme à l’école.

Par ailleurs, au fil de son long discours, le cardinal est revenu sur le refus par l’Eglise italienne des projets de PACS prévus par la coalition de gauche. “Des signes inquiétants sont venus de différents conseils régionaux, où ont été présentées et parfois approuvées des propositions au sujet des unions de fait“, ce qui pourrait avoir des conséquences directes sur la législation nationale.

Il s’est aussi arrêté sur la question de l’immigration et du chômage. Le nombre de demandes de régularisation dépassant les quotas annuels, c’est une remise en cause d’un “accueil solidaire et d’une réelle intégration tout en posant des questions sur les conditions effectives du marché du travail“.

Le cardinal Ruini assume la présidence de la CEI depuis 15 ans. Souffrant de problèmes cardiaques, le cardinal, qui a fêté ses 75 ans, âge de la retraite administrative selon le droit canon, le 19 février, a demandé d’être relevé de ses fonctions. Aussi, Benoît XVI avait-il décidé, fin janvier 2006, de lancer une consultation des évêques italiens sur le choix d’un successeur.

A l’approche des élections législatives, Benoît XVI a cependant voulu maintenir dans ses fonctions un cardinal très présent sur la scène politique de son pays. Il a ainsi manifesté son approbation pour les positions de son vicaire, pourtant contestées en Italie. En effet, personnage clef de la vie ecclésiale et politique de la péninsule, le cardinal Ruini est souvent critiqué pour son "ingérence" dans les affaires publiques.

Le cardinal Camillo Ruini devrait rester président de la CEI jusqu’au 4e Congrès ecclésial national de Vérone, qui aura lieu du 16 au 20 octobre 2006 et auquel Benoît XVI pourrait participer.

BENOÎT XVI a reçu en audience le 18 mars les représentants du Saint-Siège auprès des organismes internationaux, les enjoignant à "livrer la voix de la conscience à tous ceux qui composent la communauté internationale“.

L’accroissement des représentants du Saint-Siège auprès des organismes internationaux constitue un précieux stimulant" a aussi déclaré Benoît XVI.

Soulignant le travail “délicat et fatiguant“ des diplomates du Saint-Siège, le pape a estimé que leur tâche, “au nom de la vérité“, devait participer “à construire une société internationale plus attentive à la dignité humaine“.

La présence du Vatican au sein des organismes internationaux intergouvernementaux apporte “une contribution fondamentale au respect des droits de l’homme et du bien commun et encore plus à la vraie liberté et à la justice" a-t-il ajouté.

Benoît XVI a invité à lutter contre “les injustices“, le “désintérêt et le désordre“, qui minent la “cellule originelle de la société“ qu’est la famille. Le pape a aussi condamné “l’arrogance“ qui ne laisse pas la parole “à ceux qui n’ont pas la force de la faire entendre“, en particulier pour la défense de “la vie humaine naissante“.

Les 23 représentants du Saint-Siège auprès d’organismes internationaux intergouvernementaux et de l’Union européenne se sont retrouvés à Rome pour une réunion de travail autour du cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano, Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, et Mgr Leonardo Sandri, substitut de la Secrétairerie d’Etat. A leur ordre du jour se trouvait la question du développement du Saint-Siège au sein des organismes internationaux et de l’activité internationale.

Ils ont abordé deux points spécifiques, le premier portant sur la collaboration avec les organisations catholiques ou apparentées qui oeuvrent auprès des organisations internationales, le second sur l’évolution “du concept de droits de l’homme“.

Comme d’autres communautés religieuses, l’Eglise catholique pratique le lobbying au sein des instances internationales. Le cardinal Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucipalda (Honduras), avait ainsi révélé en juin 2005 l’action de groupes de pression organisée pendant plusieurs mois par certains évêques et cardinaux afin d’obtenir du G8 l’annulation de la dette des pays les plus pauvres.

Interrogé à l’époque sur le caractère "étrange" d’un travail de lobby politique exercé par des hommes d’Eglise, le cardinal Maradiaga avait répondu que cela ne l’était "absolument pas". "L’Eglise catholique est une autorité morale dans le monde dont parfois, mêmes nous les ecclésiastiques, ne sommes pas pleinement conscients", avait-il expliqué. Pour lui, "il est bon d’utiliser cette autorité politique pour des causes justes ".

A partir de cette distinction à faire entre le Pape, chef de toute l’Eglise, et, au contraire, son rôle plus spécifique de Patriarche de l’Occident, Congar entendait tracer un horizon pour une réforme de la papauté et une mise en question de la théologie romaine exagérant la "summa potestas" du Pontife romain sur toute l’Eglise.

Or, la position de Congar a été discutée. Justement par l’un des proches collaborateurs de Joseph Ratzinger, à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le franciscain Adriano Garuti.

Ce dernier estime, en substance, que le titre n’a pas de réelle pertinence car il n’y a pas symétrie entre la vision orientale et la vision occidentale. Le Pape n’a rien d’un Patriarche de Constantinople pour l’Ouest de la chrétienté. Tenter une minimisation du ministère et de l’autorité du Souverain Pontife derrière une distinction factice (celle justement proposée par Yves Congar), voilà justement ce qu’entend combattre le Père Garuti. Il se pourrait qu’il ait, au moins en partie, convaincu le futur Benoît XVI de l’inutilité voire de l’ambiguïté du titre "Patriarche d’Occident".

Cette discussion autour de la légitimité historique et doctrinale du titre "Patriarche d’Occident" pour le Pape n’a rien d’une querelle byzantine. L’enjeu de fond est double : un rapprochement entre l’ecclésiologie orientale (patriarcale) et celle de l’occident latin ; une réforme de la forme concrète d’exercice de la primauté par le Pape (envisagée clairement par "Ut unum sint").

En se délestant du titre "Patriarche d’Occident", le Pape entend, peut-être, couper court à toute tentative de mettre en cause son autorité sur l’ensemble de l’Eglise. Il entend certainement aussi, tout simplement, corriger toute inflation qui ne lui semble pas doctrinalement fondée.

Il n’en demeure pas moins que l’appellation présente ses lettres de noblesse reconnues par un official américain de la Curie, à l’occasion d’une thèse en théologie, Mgr Michael Magee. Ce dernier aurait appris juste au moment de sa soutenance de thèse l’éclipse du titre en question.

Le Père Garuti, mentionné plus haut, est connu à Rome pour incarner le courant le plus "romain" en ecclésiologie, prenant le relai de l’ancienne école romaine de théologie aujourd’hui disparue : cette tendance s’efforce de minimiser l’acquis que constitue une plus grande reconnaissance de la Collégialité. Joseph Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi, ne campait pas sur les mêmes positions que le Père Garuti. Pourtant, il ne se montrait certainement pas insensible aux inquiétudes manifestées par son subordonné d’alors.

Une autre querelle théologique fut en son temps réveillée par Garuti. Elle concernait un point discuté au Concile de Vatican I et sur lequel, récemment, un théologien strasbourgeois, Mgr Roland Minnerath (qui depuis a coiffé la mitre), exprimait un avis diamétralement opposé à celui du franciscain romain. Pour Adriano Garuti, le Pape est, en un certain sens, évêque de l’Eglise universelle ; son pouvoir sur l’Eglise toute entière serait de nature épiscopale. Pour Roland Minnerath, au contraire, l’évêque de Rome n’est que premier parmi les évêques ; il n’a pas véritablement un pouvoir de type épiscopal sur toute l’Eglise (sauf bien sûr à Rome même dont il est l’évêque) car chaque Eglise locale ayant un pasteur comme époux, serait, dans l’hypothèse de Garuti, bigame.

L’enjeu d’un tel débat n’a rien de secondaire : l’éventuelle reconnaissance plus large, en Eglise, de la collégialité.

MOSCOU S’ÉTONNE ET SE DEMANDE....

Le métropolite orthodoxe Hilarion de Vienne et d’Autriche, sous la juridiction du patriarcat de Moscou s’étonne et se pose cette question : Que signifie pour les orthodoxes l’abandon par le pape du titre de « patriarche d’Occident » ?

Après avoir rappelé que la nouvelle version de ’Annuario pontificio’ pour l’année 2006, omet un des neuf titres du pape, celui de « patriarche d’Occident », parmi tous les autres qui le désigneront encore dans l’avenir comme

"Evêque de Rome,

Vicaire de Jésus-Christ,

Successeur du prince des apôtres,

Souverain pontife de l’Eglise universelle,

Primat d’Italie,

Archevêque-métropolite de la province romaine,

Souverain de l’Etat de la Cité du Vatican

et le Serviteur des serviteurs de Dieu".

"Certains, dit le métropolite Hilarion, ont vu dans cet abandon du titre de patriarche d’Occident un signe du désir du pape d’améliorer les relations avec l’Eglise orthodoxe. Cependant, ce désir reste mystérieux : de quelle façon la suppression de ce titre peut améliorer les relations du siège de Rome avec les orthodoxes ? Au contraire, ce geste peut être interprété comme une preuve des prétentions de plus en plus croissantes de l’évêque de Rome à la primatie universelle, bien soulignée dans les titres conservés."

Dans son analyse historique, il remarque : "A l’époque byzantine il existait quatre patriarcats orientaux : Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le patriarcat de Rome était alors considéré comme le premier parmi les égaux ; c’est en premier lieu que l’évêque de Rome était cité dans les diptyques orientaux jusqu’en 1054."

"Ainsi, tandis qu’en Occident il n’y avait qu’un seul patriarcat, en Orient il y en avait quatre. Ensemble, les patriarcats d’Occident et d’Orient formaient ce qu’on appelle la ’pentarchie’ ».

"De tous les titres du pape le plus acceptable pour les orthodoxes est celui de l’évêque de Rome. Les titres d’archevêque-métropolite de la province romaine et de primat d’Italie sont également reconnus par les Eglises orthodoxes. Ces trois désignations pourraient tout à fait être celles du pape si la communion devait être rétablie entre l’Orient et l’Occident. Dans ce cas le pape serait considéré aussi comme le patriarche d’Occident, c’est-à-dire le chef des chrétiens qui ne relèvent pas de la juridiction des patriarches orientaux."

"Dans ce contexte les titres les plus inacceptables et même scandaleux de l’évêque de Rome sont ceux qui soulignent sa prétension à la juridiction universelle : vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres et souverain pontife de l’Eglise universelle."

"Selon le point de vue orthodoxe, il n’y a pas et il ne peut y avoir de vicaire unique du Christ sur la terre. Le titre de successeur de l’apôtre Pierre a été utilisé par Rome dans un sens déformé, signifiant la soumission de toute l’Eglise universelle au siège romain. Le titre de souverain pontife (pontifex maximus) a été porté par les empereurs païens de Rome. L’empereur Constantin n’y a pas renoncé en devenant chrétien."

"Dans le cas de l’évêque de Rome, le titre de souverain pontife de l’Eglise universelle une fois de plus renvoie à sa prétendue autorité universelle qu’aucune Eglise orthodoxe n’a jamais reconnue et ne peut reconnaître. Si le pape voulait faire un geste ou donner un signe aux orthodoxes, comme il le promettait dès son premier discours en tant qu’évêque de Rome, c’est au titre de souverain pontife qu’il aurait dû renoncer."

"Espérons, conclut le métropolite Hilarion, que le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens donnera une explication officielle de ce geste. Le modèle éventuel de l’unité entre l’Orient et l’Occident sera en effet étudié par la Commission mixte internationale catholique-orthodoxe qui se réunira, après six ans de pause, en Serbie, en automne 2006."

"Bien entendu, ce modèle aura un caractère hypothétique, car il existe encore de nombreux obstacles d’ordre dogmatique et ecclésiologique à élucider. Toutefois, les théologiens orthodoxes considèrent comme le principal et le plus grand obstacle à l’unité la doctrine latine de l’autorité universelle de l’évêque de Rome. Ce problème sera le premier à l’ordre du jour du travail de la Commission mixte". (source : patriarcat de Moscou)

Les positions de ce prélat distingué, affable, d’une exquise courtoisie, toujours prudent et qui pèse chacun de ses mots, le rapprochent étroitement de son ami et aîné Joseph Ratzinger.

L’Eglise canadienne, longtemps omnipotente, arrogante et granitique a connu en peu de temps une évolution interne assez radicale. Il est vrai que des hommes de coeur, d’une grande authenticité personnelle, comme le sulpicien Paul-Emile Léger, cardinal-archevêque de Montréal, jadis considéré par Pie XII et Mère Pasqualina comme l’équivalent canadien d’un Giuseppe Siri (c’est dire) devenu au Concile l’un des ténors de la majorité ouverte, missionnaire au Cameroun sur le tard ont ouvert la voie.

Paul-Emile Leger et des évêques remarquables (comme Mgr Aurèle Plourde) contribuèrent à façonner un autre visage d’Eglise, évangélique et fraternel.

Rome s’inquiétait de plus en plus des tournants libéraux et progressistes de l’Eglise canadienne. Une toute petite minorité conservatrice, autour du Cardinal de Curie Edouard Gagnon plaida pendant des années pour une restauration doctrinale de l’Eglise canadienne. En vain semble-t-il. Pour deux raisons principales dit-on : le peu de consistance et de motivation du Nonce, Mgr Carlo Curis ; l’absence de personnalités dotées d’une étoffe suffisante et susceptibles de mettre en place une ligne alternative à la ligne progressiste.

Lorsqu’on parlait du Canada à Jean Paul II celui-ci levait les bras au ciel : comme si ce vaste pays était devenu pour l’Eglise une cause perdue.

En fait, le Papoe Wojtyla nomma archevêque de Toronto l’archevêque Ambrozic, d’origine slovène, un conservateur décidé et au tempérament vigoureux. Cardinal, ce dernier agit beaucoup dans le Canada anglophone pour inverser le sens de la vapeur. Non sans un relatif succès. Par contre, le Canada francophone demeurait dominé par le courant progressiste. Rome bloqua, en 1990, la nomination au poste de Cardinal de Montréal d’un évêque très en vue, Mgr Bernard Hubert, champion de l’aile avancée et lui préféra un prélat prudent, Mgr Jean-Claude Turcotte.

Le choix en 2002 de Mgr Marc Ouellet comme archevêque de Québec, longuement réfléchi, constitue l’évènement le plus décisif. Depuis lors, la tendance modérée (sinon conservatrice) gagne chaque jour du terrain. Dès le premier consistoire, Mgr Ouellet reçut la barrette. Un signe d’autant plus fort que son prédécesseur, Mgr Maurice Couture, dont le Pape regrettait la faiblesse face aux « dérives » progressiste, se la vit toujours refuser.

Le Cardinal Marc Ouellet avance pas à pas ; compose touche à touche sa toile. Sur le fond, cet intellectuel brillant et très cultivé ressemble beaucoup au nouveau Pape. Sensible au chant grégorien et aux belles liturgies, il défend en morale la ligne intransigeante mais sait présenter les choses et évite toute posture caricaturale. Ainsi, il s’oppose nettement à toute avancée de la cause gay mais en tenant des propos souvent enrobés, à l’opposé du ton cassant et agressif d’un Tony Anatrella. Esthète confirmé, cet homme de goût réussit à se faire estimer dans tous les milieux.

Selon des indiscrétions, Marc Ouellet était le véritable favori de Joseph Ratzinger à sa succession pour la charge de Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. S’il ne fut nommé, c’est en raison de l’importance jugée stratégiquement vitale de son maintien en terre canadienne.

D’aucuns parlent de lui comme possible Secrétaire d’Etat à la place d’un Angelo Sodano en fin de règne et désormais plus ou moins discrédité (cf. notre article « le Secrétaire d’Etat se dirige vers la roche tarpéienne ») . Un choix vraiment ’ratzingérien’. Cette nomination placerait Ouellet en place de favori pour le prochain Conclave (né en 1944, il a l’avenir pour lui...)

Un autre élément joue beaucoup en faveur du Cardinal Ouellet. Le recul des francophones dans l’Eglise universelle. Depuis le départ en retraite d’un Roger Etchegaray que Joseph Ratzinger n’a jamais apprécié, avec la nomination d’un sous-fifre médiocre comme archevêque de Paris, l’Eglise universelle ne compte plus qu’un prélat francophone brillant : l’archevêque du Québec. Les limites évidentes d’un archevêque de Paris peu considéré et l’excessive frénésie d’un archevêque de Lyon jugé à Rome désormais comme trop « chien fou » font du Cardinal de Québec le seul cardinal francophone véritablement de tout premier plan. Or, aujourd’hui encore, la théologie et les orientations pastorales de l’Eglise s’expriment souvent en français.

Canada : Lettre ouverte sur l’homosexualité, les évêques canadiens ouverts au dialogue

Ils réagissent à la lettre de 19 prêtres

Les évêques canadiens se disent ouverts au dialogue à propos de l’homosexualité. Ils réagissant ainsi à la lettre ouverte de 19 prêtres québécois. Ces derniers critiquent les directives romaines sur la non acceptation de personnes homosexuelles dans les séminaires et la position des évêques canadiens sur le mariage des conjoints de même sexe. Mgr André Gaumond, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), a dit comprendre que des gens puissent souffrir de la réaction de l’Eglise sur ces questions. La directive sur l’accès des homosexuels à la prêtrise mentionnait notamment que l’homosexualité est « objectivement désordonnée ».

S’il ne critique pas cette position, il aurait préféré un autre choix de mots. « Il ne faut pas choisir les expressions qui choquent le plus », a-t-il lancé. Cependant, estime-t-il, le document des évêques canadiens a été « mal compris », car il visait la question de la redéfinition du mariage. « L’Eglise catholique a ordonné des prêtres homosexuels, et continuera à le faire », a commenté pour sa part René Laprise, porte-parole de l’archevêque de Gatineau, Mgr Roger Ebacher, ce que rapporte le quotidien québécois « La Presse ».

Les évêques catholiques du Québec devraient aborder la question lors de leur Assemblée prévue cette semaine. Les prêtres signataires de la lettre ouverte n’ont pas tous la même opinion sur l’homosexualité. « Il y en a qui sont pour le mariage homosexuel, d’autres qui sont contre, affirme l’abbé Raymond Gravel. Ce qui nous unit, c’est notre opposition au langage que le Vatican a contre les homosexuels, et la tiédeur de nos évêques pour s’en distancier ». L’abbé Gravel, cosignataire de la lettre dénonçant notamment la position du Vatican sur l’ordination des prêtres homosexuels, a déjà été dans le collimateur de la hiérarchie. Son évêque, Mgr Gilles Lussier, évêque de Joliette, ne va cependant pas sévir contre ce prêtre qui dénonce régulièrement les positions de l’Eglise catholique en matière de sexualité, selon « La Presse ». « J’ai régulièrement des mises au point avec l’abbé Gravel, dit Mgr Lussier. Je ne mets pas en doute son amour pour l’Eglise, et je ne crois pas qu’il remette en cause la doctrine, mais son ton, peut-être, blessant, pamphlétaire ».

Le commentaire de Mgr Lussier représente bien la réaction de l’épiscopat québécois à la lettre ouverte, affirme La Presse : celle-ci ne remet pas en question la doctrine catholique et concerne davantage une question de vocabulaire, de choix de mots. La méthode de la lettre ouverte n’est pas la plus appropriée, estiment les évêques québécois, qui auraient préféré un débat à l’intérieur de l’Eglise.

Le prêtre de Saint-Joachim-de-la-Plaine demande comme les autres confrères signataires que l’Eglise soit plus respectueuse de « l’expérience de vie de leurs frères et soeurs homosexuels », tout en affirmant que l’Eglise ne détient pas toute « la vérité sur l’être humain ».

Plus de catholiques au Québec d’ici une ou deux générations ? « Ce qui ressort de la lettre, c’est que l’Eglise catholique a une position homophobe », déclare le président de Gay-Écoute, Laurent McCutcheon. Il affirme que l’Eglise a décidé « qu’il est plus rentable de s’opposer à l’homosexualité parce que c’est une position dominante dans les pays en voie de développement, où il y a de plus en plus de catholiques. Mais en Occident, cette position ne colle plus. D’ici une ou deux générations, il n’y aura plus de catholiques au Québec ». Notons que trois évêques québécois, réagissant à la récente directive du Vatican interdisant aux hommes ayant des « tendances homosexuelles profondément enracinées » de devenir prêtres, ont affirmé que cette directive visait seulement à assurer que les prêtres homosexuels restent chastes, tout comme les hétérosexuels.

Mgr Lussier, Mgr Louis Dicaire, de Saint-Jean-de-Longueuil, et Mgr André Gaumont, de Sherbrooke, l’ont interprétée de façon souple. D’autres ecclésiastiques, particulièrement au Vatican, voulaient qu’elle soit comprise de façon plus restrictive, pour empêcher l’accès à la prêtrise aux homosexuels chastes. Selon le mouvement « Equité-Famille », fondé à l’occasion du grand débat entourant l’instauration des mariages homosexuels au Canada, prêtrise et homosexualité sont incompatibles. Son porte-parole Michel Lizotte rejette catégoriquement les arguments des prêtres membres du « Forum André Naud », qui critiquent les positions de l’Eglise sur l’homosexualité et le mariage.

M. Lizotte considère, en se référant au psychanalyste français et conseiller du Vatican Tony Anatrella, que l’homosexualité est « pathologique ». Il estime ainsi que ces personnes « ne sont pas dans l’état adéquat pour se marier, pour adopter des enfants ou pour accéder au sacerdoce ». Et d’affirmer que les prêtres homosexuels « détournent leur fonction à des fins narcissiques ».

Malgré ce qu’en dit le maître à penser des chroniqueurs religieux, Henri Tincq du Monde, « Jésuites et dominicains rivalisant d’éloquence » dans la chaire prestigieuse, rien ne reste au cœur de la mémoire d’humanité, d’un seul mot cordial, chaleureux, percutant, des hauteurs d’immense cathédrale. Jamais n’y retentit le Verbe paradoxal et provocateur du Discours sur la Montagne, tant les prédicateurs en avortaient afin de lui substituer l’habituelle ration dominicale pour temps de pénitence, de l’académique dissertation.

Deux mots me viennent à l’esprit, qui caractérisent cet exploit oratoire : le premier, quand un prédicateur faisait preuve d’une force d’éloquence - et j’ai eu droit dans ma jeunesse dominicaine à ce type de compliment - il était dit de lui : « Il finira à Notre Dame ! » Quelle drôle d’idée d’envisager la prédication dans la chaire de la cathédrale parisienne, comme une fin de carrière !

Le second mot était proféré par l’un de mes vieux cousins, homme d’affaires, teinté d’un christianisme catholique de bon ton. Quand il voulait faire l’éloge du discours de tel ou tel évêque, la même formule lui venait : « Il a dit ce qu’il fallait dire comme il fallait le dire . » Alors j’étais absolument certain qu’il n’avait rien dit !

Ici, nous rejoignons dans l’ordre de l’éloquence sacrée le phénomène lui laïc mentionné par Jean Pierre Chevènement au cœur d’un de ses livres où personne, me semble-t-il, n’a eu l’idée, avant ma découverte, d’aller le chercher : « Nos hommes politiques aiment mieux ne rien penser du tout que dire ce qu’ils pensent. » J’ai confié à l’auteur de cette prodigieuse boutade : Et, à force de ne jamais dire ce qu’ils pensent, ils finissent par ne plus penser ce qu’ils disent... et ils le disent !

Il est clair que ce propos exhaustif de la tête pensante du rassemblement républicain trouvait son point culminant d’application dans le genre sacral des conférences de Carême à Notre Dame de Paris. Le solo du prédicateur d’en haut donnait depuis des années ses dernières notes d’agonie d’un chant du cygne qui laissait froid l’ultime carré des admirateurs les plus endurcis. Il fallait donc au plus tôt changer la forme du spectacle.

C’est alors qu’une idée géniale traversa l’esprit de son excellence Monseigneur Vingt Trois. Certains prétendent qu’il fut inspiré par le couvre-chef cardinalisse qui venait de lui passer sous le nez pour venir se poser sur la tête de Monseigneur Ricard, archevêque de Bordeaux.

Toujours est-il que le titulaire du siège de Paris a bien dû s’écrier un jour : « Le solo est mort. Vive le duo ! » Le soliste n’a plus de souffle. A son répertoire il n’avait qu’un numéro qui ne recueillait qu’applaudissements polis des habitués de la pieuse boutique . Alors, tirant avec le retard d’au moins trois siècles depuis Bossuet, les leçons de l’expérience, le soliste usé descend de la chaire où l’avait suivi le conférencier de la dissertation sacrée. Il s’assied au premier rang des fidèles pour écouter... les duettistes.

A la noyade du Verbe dans le solo du genre faux d’acte de disserter pour ne pas parler, les princes des prêtres de l’Eglise substituent chichement la parole sélectivé donnée à quelques duos d’hommes de qualité qui tolèreront ici ou là une femme exceptionnelle : une pincée ou un large morceau de Michel Serres, un zeste de Julia Kristeva, un soupçon de Jean Vanier. Décidément, j’admire l’art, plus d’une maîtresse de maison que d’un metteur en scène, que déploie Monseigneur Vingt Trois : Neutraliser la Parole en direction mesurée de l’extérieur bien ouaté, inoffensivé par l’ambiance recueillie de Notre Dame, et baillônner le Verbe jailli des profondeurs du Peuple de Dieu.

La porte entrouverte pour l’entrée des artistes du parler vrai chrétien et d’agnostiques libéraux triés sur le volet, il fallait le faire ! Et c’est fait ! Plus crûment, le dialogue limité avec le dehors mais le verrouillage féroce, la fermeture à clé de toutes les portes et fenêtres du dedans, là aussi il fallait le faire. Et c’est fait !

Je connais assez les cercles dirigeants du monde ecclésiastique pour savoir qu’ils préfèrent dix solides anticléricaux agnostiques à un seul prédicateur irréductible dans mon style . Je vais même proclamer la vérité toute entière : la plupart des évêques sont démissionnaires de la Parole. Et pourtant, j’ai honte pour eux de le rappeler : les évêques sont au premier chef les hommes de la prédication. Or, ils se contentent d’administrer la survie du culte catholique.

La vérité sur ce thème fondamental a surgi de la bouche d’où je l’attendais le moins. Oui, des lèvres de Nicolas Sarkozy. Je ne l’ai rencontré jusqu’ici qu’une fois, dans les coulisses du plateau de l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde. » Le ministre de l’Intérieur... et des cultes a été stupéfait de m’entendre lui dire : Je vous félicite pour la page 51 de votre livre « La république, les religions et l’espérance », curieusement aux Editions Dominicaines du Cerf qui aiment mieux publier un texte gouvernemental que la parole de leur frère suspect. Mais que peut bien dire le responsable français de l ’ Intérieur ? Ceci : « J’avoue avoir été parfois déçu, lors de certaines messes, par la pauvreté de l’homélie. Je me suis parfois demandé comment une si belle idée pouvait être si sèchement défendue. La fadeur de certains discours d’hommes chargés d’annoncer une bonne nouvelle est un véritable contresens. » Totalement d’accord sur ce point, Monsieur le Ministre. Mais vous, c’est d’un point de vue d’usager que vous vous prononcez. Moi, c’est en tant que co-producteur.

Je suis effaré de la nullité structurelle et conceptuelle de la prédication. Je n’entends jamais l’humano-divine contagion libertaire, égalitaire, fraternelle, trinitaire du Verbe en croix de l’unique en trois dans ce qu’elle a d’universellement attractif et subversif. J’ajoute que cette nullité de l’annonce du message n’a d’égale que la vacuité absolue de la recherche théologique. Je ne m’habitue pas au fait irrécusable que les évêques aient pour principaux ennemis les hommes en qui ne font qu’un la parole et l’aventure de la pensée ; les orateurs penseurs. On ne pense pas plus qu’on ne parle dans l’église, mais, par contre, c’est fou ce qu’on peut y calculer, y intriguer.

Sarkozy a dit le mot : « La fadeur du discours d’hommes chargés d’annoncer une Bonne Nouvelle ». Le contresens, tout proche du non-sens !

Il y a des siècles et des siècles que l’Eglise n’est plus ni le Sel de la Terre ni la Lumière du Monde. Elle est fade.

Mais « le Sel en perpétuel affadissement, avec quoi voulez-vous qu’on le sale ? Il n’est plus bon à rien qu’à être foulé aux pieds par les hommes ! »

Or, on l’ignore souvent, Sodano - le secrétaire d’Etat (n°2 du Vatican) - et Ruini - vicaire de Rome et patron des évêques italiens - n’ont jamais été de grands amis. Il est notoire qu’une rivalité évidente d’influence entre ces deux italiens, y compris et surtout en ce qui concerne la politique italienne elle-même n’a pas contribué à les rapprocher.

De fait, Ruini se considère comme le relai autorisé de l’autorité pontificale dans ce domaine. Or, Sodano ne voit pas les choses de la même manière. Il estime, au contraire, que le rôle du Président de la Conférence Episcopale italienne, devait se limiter aux questions pastorales et ne pas empiéter trop sur le domaine politique. Un proverbe italien le dit très bien : “malheur au poulailler s’il y a deux coqs...”

Il se trouve que Camillo Ruini vient tout juste de fêter ses 75 ans. Ayant atteint l’âge limite, il doit présenter au Pape sa démission. Rien de plus normal et de plus habituel.

La Secrétairerie d’Etat Sodano en tête) a saisi l’occasion pour laisser se développer l’idée selon laquelle un grand nombre d’évêques italiens souhaitaient en fait un changement et la désignation à la place d’un prélat qui s’engagera moins dans les affaires politiques. Comme par hasard, depuis un certain temps déjà, les cardinaux Angelo Scola et Carlo Caffarra, bien placés parmi les prétendants à la succession de Ruini, multiplient les déclarations laissant entendre qu’ils étaient partisans d’un moindre engagement de l’épiscopat italien dans les questions politiques. Devinez pourquoi !

Benoît XVI, selon toute probabilité, souhaite que Camillo Ruini reste à la tête de la Conférence des Evêques, au moins encore jusqu’à l’automne prochain. Angelo Sodano ne désire certainement pas que son vieux rival Camillo reste en fonction plus longtemps que lui. Selon toute vraisemblance, il pourrait être à l’origine du coup fourré mené contre Ruini.

En effet, de sa propre initiative, par les soins du Nonce en Italie, l’archevêque Paolo Romeo, une créature de Sodano, la secrétairerie d’Etat a lancé une enquête cherchant, en clair, à établir que la majorité des évêques italiens cherchent à changer de patron et espèrent donc un prompt remplacement de Ruini par un évêque moins politique : Mgr Paolo Romeo. Ce dernier espérait devenir bientôt cardinal-archevêque de Palerme, mais son rêve s’éloigne. Ô combien ! Il a donc adressé une lettre à chacun des 226 évêques de la Péninsule. Avec beaucoup d’audace et de son propre chef, ce Nonce bien imprudent a osé écrire dans cette fameuse lettre que le Pape souhaitait un changement à la tête de la Conférence épiscopale.

On devine sans peine la colère du pourtant doux Benoît XVI, lequel n’entend pas, justement, procéder rapidement à un tel changement.

Joseph Ratzinger ne déteste rien autant que de se voir forcer la main. Le Pape a donc convoqué le Nonce et l’a tancé de belle manière, dit-on. Il devrait y laisser sa carrière. Il doit y avoir, en chrétienté, un autre diocèse virtuel du genre de “Partenia” pour l’accueillir.

En fait, il est plus que vraisemblable que jamais Romeo n’aurait pris un tel risque sans la décision de son supérieur, Sodano lui-même. Cette probabilité fragilise totalement le Secrétaire d’Etat. Une telle gaffe, non seulement en soi une faute mais le signe en définitive d’un manque d’intelligence ; Sodano aurait bien pu se douter de la réaction du Pape. Une telle erreur sonne peut-être la dernière heure de Don Angelo.

Benoît XVI a tenu à confirmer "expressis verbis" la prolongation du mandat de Ruini, ce qui en soi n’est pas nécessaire mais automatique jusqu’à l’acceptation formelle de sa décision. Il confirme par là sa pleine résolution à vouloir maintenir son fidèle Ruini en poste. Il dit à chacun : le Pape, c’est moi. A l’évidence, cette imprudence de Sodano constitue une aubaine pour Ruini, bénéficiant indirectement de la tentative ratée de son rival.

Désormais, la nomination du nouveau Secrétaire d’Etat pourrait bien être une question de semaine. Un certain nombre de prétendants se bousculent au portillon, mais aucun nom ne sort favori du chapeau du grand magicien pontifical.

A suivre

Après l’audience de Hans Küng, celle donnée au prieur italien, chantre de l’œcuménisme (son monastère fait cohabiter moins catholiques, orthodoxes et pasteurs protestants), cette audience donc, démontre l’intérêt de Benoît XVI à trouver un terrain d’entente avec un des leaders « libéraux » les plus influents du catholicisme italien (et européen).

Avec Hans Küng, le terrain d’entente concerne aujourd’hui l’éthique mondiale, commune à tous les hommes et à toutes les religions, le grand sujet de recherche du théologien suisse-allemand.

Avec Enzo Bianchi, en revanche, le terrain d’entente vise davantage le fonctionnement interne de l’Eglise catholique.

En effet, depuis le début du pontificat de Benoît XVI, le prieur de Bose a manifesté son soutien à Joseph Ratzinger, pape et théologien. Un tel soutien a d’ailleurs pris une dimension supplémentaire lors de la publication de l’encyclique « Deus Caritas est », saluée par Enzo Bianchi à l’occasion d’un article enthousiaste dans le quotidien « La Stampa ». Or les jugements positifs de Bianchi sur Benoît XVI font encore davantage mouche car ils contrastent avec les appréciations critiques contre le pontife actuel d’un autre intellectuel catholique réputé de l’aile progressiste du catholicisme, l’historien Alberto Melloni.

Jusqu’à ces derniers mois, Bianchi et Melloni travaillaient dans la même direction. Ensemble, ils étaient les représentants de l’Ecole de Bologne fondée par don Giuseppe Dossetti et dirigée par Giuseppe Alberigo, coordonnateur (avec Melloni) d’une histoire du Concile Vatican II durement critiquée par Benoît XVI lors de son discours programme à la curie le 22 décembre dernier (voir Golias n°106).

Aujourd’hui, Bianchi et Melloni semblent séparés quant à l’analyse du pontificat de Benoît XVI. En effet, le jour où Bianchi ne tarissait pas d’éloges l’encyclique « Deus caritas est » dans « La Stampa », de son côté, Melloni la « liquidait » en quelques phases : « cette encyclique ravit tout le monde. Benoît XVI a réussi à faire un discours sur l’amour sans parler de morale sexuelle. Il sera intéressant de voir si elle finira par être enterrée, comme cela arrivait souvent avec celles de son prédécesseur ».

Cependant l’Eglise catholique refuse de porter la responsabilité de cette situation.

« Notre Eglise n’a jamais voulu, et ne veut pas que cet accord cause des tensions politiques au sein de l’Etat. Elle ne peut endosser la responsabilité de ce qui est arrivé » a déclaré le porte-parole de l’Eglise, Marian Gavenda, dans un communiqué.

Le 9 février, les parlementaires slovaques ont voté pour demander des élections anticipées le 17 juin après l’éclatement du gouvernement. « Des efforts ont été faits concernant cet accord avec le Vatican en même temps qu’un texte pratiquement identique que le gouvernement aurait dû signer avec les onze autres Eglises enregistrées en Slovaquie » a expliqué Marian Gavenda. « Il a été accepté par tous les départements concernés et approuvé par le Vatican, qui ne voit aucune raison de le renégocier. »

Le président Ivan Gasparovitch a accepté la démission de trois ministres du gouvernement de centre droit, le 8 février, après la décision du Premier ministre Dzurinda d’écarter l’accord, qui aurait permis aux catholiques de refuser, au nom de leur conscience, d’accomplir certains actes professionnels qu’ils estiment contraires à leurs principes.

Dans un communiqué, les démocrates chrétiens affirment que le Premier ministre a violé un accord en bloquant le traité avec le Vatican, qui aurait dû être présenté pour ratification parlementaire avant les élections prévues pour septembre. Cependant, le traité a été rejeté par le Premier ministre qui estime que le texte est incompatible avec le droit slovaque et contient de « nombreuses erreurs ».

L’accord, qui autoriserait, entre autres, les médecins à refuser de pratiquer des avortements, est le dernier d’une série de mesures contenues dans un Concordat de novembre 2000 avec le Vatican, codifiant les droits des catholiques représentant 69% des 5,4 millions de Slovaques, selon un recensement de 2001.

Dans une lettre ouverte du début janvier au premier ministre Dzurinda, plus de 50 membres du Parlement européen et 130 organisations non gouvernementales étrangères en faveur du droit des femmes à choisir l’avortement, affirment que les clauses de l’accord enfreindraient les droits des femmes et les normes de l’Union européenne.

Cet argument a toutefois été rejeté par le président du Parlement slovaque et leader démocrate chrétien Pavol Hrusovsky, qui estime que « l’hystérie politique des opposants aux valeurs chrétiennes » a remplacé « le jugement raisonné ».

Du côté de la salle de presse, les choses bougent aussi : Navaro-Valls serait remplacé par l’actuel vice-directeur de cet organisme : Ciro Benedettini bien connu pour être un « homme du système ».

Cependant d’autres sources vaticanes indiquent des candidats différents à ces deux postes « sensibles » de la communication du pape.

Andrea Riccardi, le leader (et gourou) de la communauté Sant’Egidio (cf Golias n°104 par exemple) aurait été approché depuis quelques semaines pour prendre la succession de Mario Agnès à l’Osservatore Romano, et cen sous les recommandations du cardinal Ruini homme d’influence s’il en est sous ce pontificat.

A la salle de presse du Vatican, l’avenir de Navarro-Valls semble compromis. Il serait remplacé non par le candidat favori (l’actuel vice directeur Ciro Benedettini) mais par le jésuite Gianpaolo Salvini, le direcetur du mesuel « Civitta Cattolica » (voir nos informations plus haut).

A suivre donc...

En attendant, cet homme de terrain, véritable pasteur qui détestait l’ambiance romaine ? sera amené à oeuvrer pour le Saint Siège en terre d’islam.

Mgr Fitzgerald est d’ailleurs la personnalité au sein de l’Eglise catholique qui connaît le mieux la question de l’islam. Son approche « soft » de la religion de Mohamed ne convenait plus depuis quelque temps à Benoît XVI et à son entourage immédiat. Notamment au cardinal Ruini, vicaire de Rome, homme influent de l’actuel pontificat, partisan d’une ligne plus « dure », genre « choc des civilisations » à l’italienne : entretenir de bonnes relations avec les musulmans mais les situer dans un cadre plus critique et surtout porteur d’une exigence de réciprocité, sans concession, considérant que les immigrés issus des pays musulmans bénéficient d’une liberté religieuse en Occident qui n’est pas de mise pour les communautés chrétiennes en Orient. Ce qui n’est pas faux.

Enfin, le rapport de force, voire la rivalité, dans les pays dits de « mission » entre l’islam et le christianisme (en Afrique et en Asie tout particulièrement) nécessite aux yeux d’autres personnalités de l’entourage de Benoît XVI une réaction plus « musclée » de la part de l’Eglise catholique.

L’Eglise doit aussi faire face sur son autre aile au développement fulgurant des églises évangéliques.

C’est cette perception qu’avait déjà Joseph Ratzinger lorsqu’il était président de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Devenu pape,il n’a pas changé d’avis. Le départ de Mgr Fitzgerald ne signifie pas pour autant que ce grand serviteur de l’Eglise sera réduit à un rôle de figuration en Egypte où se trouve la célèbre université Al-Azhar du Caire, « le Vatican de l’Islam » en terme de référence théologique. Nul doute que le prélat britannique en sera l’interlocuteur privilégié pour Benoît XVI.

N’empêche, son départ de la Curie signifie un changement dans la stratégie pontificale.

Pour Benoît XVI, le dialogue interreligieux ne peut pas être conduit sur les bases du dialogue oecuméniques, sous peine de tomber dans ce que le nouveau pontife exècre le plus : à savoir le relativisme.

Aussi, d’après nos informations, il n’est pas interdit de prévoir que dans les prochaines semaines la restructuration de la Curie (en cours actuellement) transfère le Conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux sous la coupe du Conseil pontifical pour la Culture (cardinal Poupard)... Un sacré amouflet en perspective pour les grandes religions qui se verraient ainsi reléguer au statut de courants culturels ou philosophiques. Une sorte de relativisme à l’envers...

Une autre source d’information parle du transfert du Conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux à la Propagation de la Foi (cardinal Sepe qu’on annonce sur le départ), ce qui serait l’humiliation suprême et mettrait définitivement au magasin des accessoires « l’esprit d’Assise » dont Benoît XVI s’est toujours méfié.

A suivre donc...

La première "victime" a été, il y a quelques mois, l’archevêque Domenico Sorrentino, Secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, transféré à Assise : un petit diocèse (moins de 100.000 habitants) avec d’épineuses tensions à apaiser. Or Mgr Sorrentino était considéré comme l’un des plus opposés au retour à la liturgie tridentine. Ses réticences faisaient désordre dans le cadre du “rabibochage” avec les intégristes.

On le sait, le 13 février, le Pape a réuni les Chefs de Dicastère en vue d’envisager justement le chemin à parcourir vers une telle réconciliation.

L’une des plus grandes difficultés à surmonter réside dans le dialogue interreligieux voulu par Karol Wojtyla et mis en oeuvre avec détermination par le Président du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux, l’archevêque anglais Paul Michael Fitzgerald. Une deuxième tête à abattre. Le prélat vient d’être muté au Caire comme Nonce Apostolique, transfert qui ne présente même pas l’apparence d’une promotion, contrairement aux usages romains. Mgr Fitzgerald est ainsi écarté d’un poste stratégique, d’où il défendait les audaces conciliaires et l’esprit d’Assise. On sait que d’aucuns conseillaient à Benoît XVI de muter Fitzgerald à Washington, à une Nonciature de premier plan, pour éviter une disgrâce trop évidente. Joseph Ratzinger n’est pas de cet avis. Il prend les nominations très au sérieux. Aucun poste trop important ne saurait être sacrifié à des stratégies internes visant à ménager des susceptibilités.

Le Pape nettoie les écuries d’Augias pour que la Curie incarne le "vrai Concile" et non l’esprit progressiste s’y référant.

Le troisième non sur sa liste noire sera sans doute Mgr Piero Marini, le cérémoniaire, dont Joseph Ratzinger réprouve la ligne liturgique. Peut-être reste-t-il quelque part dans le monde une Nonciature exotique demeurée vacante ou un petit diocèse italien de montagne. Le Pape de la restauration souhaite des transfusions sans risque de nouvelles contaminations.

Selon les informations recueillies à Rome dans cette "circulaire", le cardinal Sodano aurait toutefois rappelé l’importance que le pape accorde à ses nonces et l’attention qu’il porte à la mission de ses ambassadeurs. Le Saint-Siège a actuellement des représentants diplomatiques auprès de plus de 200 Etats et organisations internationales. Un nonce est parfois accrédité auprès de plusieurs pays.

Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI a déjà pris l’habitude de ne s’entretenir avec les nonces de passage à Rome que quelques minutes à la fin de l’audience générale du mercredi. Ce qui ne permettrait pas un véritable "dialogue", regrettent certains d’entre eux.

Les diplomates du pape ne sont plus reçus, ordinairement, que par le substitut de la secrétairerie d’Etat, Mgr Leonardo Sandri, le cardinal secrétaire d’Etat du Saint-Siège, Angelo Sodano, et Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire pour les rapports avec les Etats. Ces deux derniers gèrent quotidiennement la diplomatie du Vatican. Changement dans les habitudes de la curie. Petit à petit, Benoît XVI change ainsi le fonctionnement et les habitudes de la curie. Il a déjà décidé d’une nouvelle répartition des compétences au Saint-Siège concernant la nomination d’évêques dans les pays de l’ancien bloc soviétique, dans un “Rescriptum ex audientia” daté du 4 janvier 2006. Le pape a aussi déjà discrètement fait glisser, le 1er août dernier, la responsabilité du traitement des causes de dispense de l’obligation du statut clérical pour les prêtres et les diacres de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements vers la Congrégation pour le clergé. En outre, Benoît XVI tient à avoir un regard de contrôle sur le Saint-Siège, et signe personnellement beaucoup de circulaires dont la responsabilité était laissée à la Secrétairerie d’Etat sous le pontificat de Jean Paul II. Exemple anecdotique mais significative, une circulaire récente concernant la tenue des employés du Saint-Siège. Dans les salons feutrées des Palais Apostoliques, la "pilule" a du mal à passer...

Discussions qui aborderont aussi le fait de savoir et d’identifier quels sont culturellement les leaders de la Société St Pie X. Mais selon nos informations, les cardinaux pourraient être plus nombreux à l’occasion de cette rencontre importante ; Benoît XVI désirant aussi créer une commission pour davantage faciliter dans les églises l’usage de la messe traditionnelle Saint Pie V, en vigueur avant le concile Vatican II. En théorie, la possibilité d’utiliser cette messe existe, mais elle requiert une approbation explicite des évêques dans chaque diocèse. En conséquence de quoi, des fidèles tradionnalistes différents de ceux de la Société St Pie X, en totale communion avec Rome, ne peuvent participer à cette messe d’avant Vatican II, car beaucoup d’évêques refusent d’accorder cette autorisation ou l’accordent dans des circonstances très limitées. Aussi le cardinal Dario Castrillon de Hoyos (colombien) responsable des négociations avec les lefebvristes, et le cardinal Julian Herranz (espagnol) membre de l’Opus Dei et responsable du Conseil pontifical pour les textes législatifs, travaillent ensemble depuis plusieurs mois afin de trouver une voie juridique libérant totalement l’usage de la messe traditionnaliste. Le document final n’est pas encore connu, mais il serait publié dans les prochaines semaines. Toutefois ni la rencontre ni le document final des cardinaux sont une garantie que du sommet des cardinaux le 13 février prochain sortira quelque chose de concret. Une rencontre similaire, convoquée par Jean Paul II en mars 2001, avait pris fin sur ces paroles du pape : « Le temps n’est pas encore mûr pour faire des concessions aux lefebvristes. » Aujourd’hui, il semble bien que le temps eût fait son oeuvre.

Ingrid Stampa est la gouvernante de Joseph Ratzinger depuis 1991, elle commença son service dans l’appartement de 300 m2 que le Préfet de la doctrine de la foi occupait à quelques pas du Vatican. Aujourd’hui elle fait la navette entre cet appartement et le Palais Apostolique où ont été entrepris des travaux pour l’aménagement de l’appartement pontifical. Benoît XVI possède en effet une immense bibliothèque, arrangée avec beaucoup d’ordre, qui occupait tous les murs de son appartement du Borgo. Birgit Wansing, elle, n’a pas suivi le pape dans sa nouvelle résidence ; elle continue comme avant à travailler à la Congrégation pour la doctrine de la foi, où Joseph Ratzinger a été préfet durant 23 ans. Alors que Ingrid Stampa a été intégrée dans la section allemande de la Secrétairie d’Etat. Dans son domicile au Palais Apostolique, en revanche, Benoît XVI s’est entouré de Carmela et Loredana, qui appartiennent aux « Memores Domini », une branche monastique du mouvement (conservateur) « Communio et Liberation ». Elles pratiquent les trois voeux religieux mais ne sont pas habillées en religieuses. Elles s’occupent de la cuisine, du nettoyage et de la garde robe du pape. Loredana a d’ailleurs travailler dans le passé avec le cardinal Scola, quand celui-ci était recteur de l’université Pontificale du Latran. Deux autres consoeurs complètent cette équipe de choc. Il s’agit d’Emmanuela et Cristina. On trouve ensuite le secrétaire personnel du pape bavarois comme lui, Georg Gaenswein, 49 ans, prêtre du diocèse de Fribourg. Il enseignait jusqu’à l’année dernière à l’Université pontificale de la Sainte Croix, la faculté romaine de l’Opus Dei. Il était déjà secrétaire de Joseph Ratzinger depuis deux ans. Entre lui et le célèbre bras droit de Jean Paul II, Stanislav Dziwisz, aujourd’hui archevêque de Cracovie, la différence est grande. Sur les mille et une décisions décisives du gouvernement ordinaire de l’Eglise prises par Jean Paul II, Dziwiscz avait voix au chapitre de manière importante, puisqu’il n’y avait pas un repas (midi et soir) du pape sans la présence de l’encombrant secrétaire polonais. Avec Benoît XVI, il n’en est plus ainsi. Gaenswein apparaît rarement et pèse moins dans l’entourage du pape. A déjeuner et à dîner, le nouveau pape n’invite personne, comme du reste il le faisait aussi par le passé. Lorsqu’il invite, les discussions se font en tête à tête avec son ou ses interlocuteurs, et les décisions sont mûries et prises par lui en personne. La première surprise fut la nomination de son successeur comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi : l’américain William J. Levada. Les futurs nominations à la curie risquent de révéler aussi des surprises. Ainsi à la salle de presse du Vatican, le vent a tourné même si Joaquim Navarro-Valls a été confirmé dans son poste de directeur. Car, avec Benoît XVI il n’a plus les mêmes rapports de complicité qu’il entretenait avec Jean Paul II. Il ne peut plus se permettre de modifier ou d’amplifier les gestes, les phrases, les mises en scène du pape, Benoît XVI souhaitant s’en occuper tout seul et gérer, avec beaucoup d’économie, sa propre image et son propre contact avec le public. A Navarro-Valls reste le rapport avec la Secrétairie d’Etat dont il dépend statutairement. En trois mois, il dût même « avaler quelques couleuvres », lui qui avait l’habitude de le faire pour les autres : la première a trait à un démenti concernant une pré-enquête vaticane sur les accusations d’abus sexuels contre le fondateur des Légionnaires du Christ, le Père Marcial Maciel, la seconde est relative à l’adjectif « anti-chrétien » d’abord appliqué aux attentats terroristes de Londres le 7 juillet 2005, dénomination disparaissant par la suite. Dans et l’un et l’autre cas, ni la salle de presse vaticane, ni le secrétaire d’Etat ont brillé par la clarté de leur communication. D’autre part, Navarro-Valls était l’attaché de presse des livres publiés par Karol Wojtyla quand celui-ci était pape. Avec Benoît XVI, ce n’est plus le cas. Pour faire imprimer en Italie son premier livre comme pape « L’Europe de saint Benoît dans la crise culturelle », Ratzinger a tout fait lui-même. Il a choisi personnellement l’éditeur, « Foi, vérité, tolérance », il s’est fait imprimer cent exemplaires numérotés, sur un papier luxueux, qu’il a offert personnellement à des invités triés sur le volet. Navarro-Valls n’apprécie vraiment pas d’être traité ainsi...

Cette position a été défendue par un certain nombre d’évêques résidentiels : les Cardinaux Murphy O’Connor et Schönborn, Mgr Rouet de Poitiers, Mgr Salina, alors président de l’épiscopat suisse. Les derniers mois du Pontificat de Karol Wojtyla, un certain nombre de cardinaux de Curie eux-mêmes semblaient rallier cette position. En particulier le Cardinal Lozano Barragan, ministre de la santé du Pape, le Cardinal Georges Cottier, son théologien. Joseph Ratzinger lui-même n’avait pas pris position sur la question mais semblait proche de la position de son ami Cottier.

Par contre, une aile réactionnaire dure continue à estimer que le préservatif n’est licite en aucune circonstance. Ce point de vue est défendue avec acharnement par l’archevêque ultra-conservateur de Bologne, Mgr Carlo Caffarra, grand artisan jadis des attaques au Vatican contre les théologiens progressistes en morale sexuelle (comme le Père Haering). Il est rejoint par le Cardinal Lopez Trujillo, le redoutable « ministre de la famille ». Or, ce colombien très intriguant a été l’un des artisans de l’élection de Benoît XVI (avec sans doute Camillo Ruini). Le Pape lui doit donc beaucoup.

Lopez Trujillo espère profiter de cette gratitude pour renforcer sa position. En effet, il manoeuvre habilement et continuellement pour que le Pape durcisse encore son discours et tranche la question, en déclarant l’illicéité totale, dans tous les cas, du condom. Ce à quoi, même Jean Paul II s’était pourtant refusé.

Or, selon nos sources, le pourtant très conservateur Joseph Ratzinger ne serait pas convaincu du bien-fondé de la position intransigeante. Une guerre d’influences intellectuelles se joue en ce moment. Lopez Trujillo a pris une avance stratégique ; à long terme, il n’est pas certain que Benoît ne finisse pas par s’en irriter.

D’après nos informations puisées aux meilleures sources romaines, le nouveau pape rencontre une résistance sourde au niveau des services de traduction du Vatican. Dans les premiers mois de son pontificat, Benoît XVI s’est concentré essentiellement sur les célébrations liturgiques et le « ministère de la parole » : homélies, Angelus, catéchèses, discours et enfin l’encyclique « Dieu est Amour ». Toutefois, pour que ces messages parviennent à tous les fidèles, faudrait-il encore qu’ils soient traduits et diffusés dans les principales langues de la planète.

Or, un discours d’importance capitale comme celui prononcée par le pape à la curie romaine le 23 décembre dernier - et pour les deux tiers consacrés à l’interprétation du concile Vatican II - était disponible durant huit jours sur le site web du Vatican, mais seulement dans sa version italienne. Vint après la version française, quelques jours après la version espagnole, puis l’anglaise et enfin l’allemande. Bref, il a fallu presqu’un mois pour que le texte soit enfin disponible, encore manquait-il la version portugaise...

On remarquera le même phénomène de lenteur pour les traductions des autres discours du pape et ce depuis son arrivée Place St-Pierre.

Pourtant le Vatican est l’Etat le plus polyglotte du monde, bourré de traducteurs et surabondant en organismes spécialisés en communication. Organismes qui sont aujourd’hui plutôt défavorables à Benoît XVI.

D’autant que ce dernier n’a pas hésité à manifester en public son désappointement au sujet du mauvais fonctionnement de la « machine vaticane des traductions ». Le 18 janvier, en annonçant aux fidèles de l’audience générale que le 25 janvier il publierait sa première encyclique, Benoît XVI a laissé échapper un « finalement » qui en disait long sur la qualité des rapports entre le nouveau pape et l’appareil de traduction du Vatican. Et Benoît XVI d’en rajouter une couche, en se plaignant qu’"avant que le texte soit prêt et traduit, il a fallu beaucoup de temps..."

Enfin, outre la lenteur des traducteurs, Benoît XVI n’apprécie absolument pas l’imprécision d’un certain nombre de traductions que lui-même a dû corriger de sa main. Ambiance !

En tête de liste devrait figurer Mgr William Levada, le successeur de Joseph Ratzinger à nla Congrégation pour la doctrine de la foi. Parmi les prélats de Curie on parle surtout de l’archevêque slovène Franc Rodé, le préfet de la Congrégation des Religieux, et de l’archiprêtre de Saint Pierre, Mgr Angelo Comastri, unj italen plein d’avenir. On cite aussi le nom de l’ancien Nonce en Israel, Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, 81 ans, actuellement archiprêtre de Saint Paul Hors les Murs et de Mgr Gabriele Montalvo, ancien Nonce aux Etats Unis

Absents de la pourpre, car mal vus du Souverain Pontife, Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem, jugé politiquement imprudent et Mgr Francesco Monterisi, le Secrétaire de la Congrégation des Evêques (azuquel reviendrait de tradition la pourpre après l’élection d’un nouveau Pape) .

Sera créé ceretainement cardinal Mgr Stanislas Dziwisz, 67 ans, archevêque de Cracovie et ancien Secrétaire privé de Jean PAul II.

Parmi les archevêques résidentiels, on évoque, les titulaires des sièges de Paris, Bologne, Barcelone, Tolède, Boston, Asuncion, Quito, Manille, Dublin ou Armagh ’(l’un des deux), Dakar et Cape Coast, .

Le Pape pourrait créer aussi des cardinaux récompensés pour services rendus, dont le choix pourrait être particulièrement significatif car le pouvoir discrétionnaire du Pontife est plus vaste que pour les archevêques déjà en place à des sièges importants. Voici les noms que porte la rumeur :

* Mgr Domenico Bartolucci, 89 ans, ancien maestro de la Sixtina, un traditionnel convaincu, évincé par le lobby réformiste autour de Mgr Piero Marini ; une façon de souligner l’importance de la musique liturgique et de réhabiliter un vaincu ;

* le Père Candido Pozo, 91 ans, théologien espagnol conservateur, un jésuite de l’ancienne école, longtemps membre de la Commission théologique internationale ;

* le Père Pierre Blet, 88 ans, historien jésuite français très traditionaliste, défenseur convaincu de la cause de Pie XII qui serait ainsi relancée ;

* le Père Servais Théodore Pinckaers, dominicain, né à Liège en 1925, moraliste, longtemps professeur à l’Université de Fribourg, membre de la Commission Théologique Internationale et consulteur de la Congrégation pour l’éducation catholique, défenseur de la thèse des actes intrinsèquements mauvais qui justifie l’intransigeance en morale sexuelle ;

* le Père Umberto Betti, 84 ans, un ami de Camillo Ruini, franciscain, spécialiste de la théologie de l’Eglise, chargé de minimiser la collégialité et le rôle des conférences épiscopales, ancien Recteur de l’Université du Latran, où il redressa la barre à droite ;

* le jésuite Albert Vanhoye, 83 ans, un français, modéré, bibliste et longtemps collaborateur estimé de Ratzinger en qualité de Secrétaire de la Commission Biblique, l’un des rares candidats à ne pas incarner une quelconque forme de restauration ;

* Mgr John Leonard, 85 ans, ancien évêque anglican de Londres, rallié au catholicisme suite à l’ordination de femmes dans son Eglise d’origine, une candidature qui serazit jugée offensante par bien des anglicans et pourrait contribuer à sonner le glas de l’oecuménisme ;

* Mgr Walter Brandmuller, 77 ans (le seul qui deviendrait donc électeur) historien bavarois ultra-conservateur chargé de mener à bien le projet de révision du Concile Vatican dans le sens que l’on sait.

Il n’est pas exclu que ce consistoire futur réserve d’autres surprises. Par exemple la création d’un prélat résidentiel plus jeune ou n’occupant pas un siège trtaditionnellement cardinalice. Ainsi l’évêque de Trèves, Mgr Reinhardt Marx, 53 ans, très conservateur, l’archevêque de Salzbourg, Mgr Alois Kothgasser 69 ans (un modéré, pour redonner confiance à l’Eglise d’Autriche, secouée ces dernières années), l’archevêque de Moscou ou celui de Dijon, Mgr Roland Minnerath, 60 ans cette année, un homme qui semble promis à une carrière désormais fulgurante. Enfin, un nom commence à circuler : celui de Mgr Bruno Forte, 57 archevêque de Chieti. Ce choix dérouterait les experts. Forte ne passe pas pour conservateur. Au contraire, son choix donnerait à penser que Joseph Ratzinger, malgré tout, entend échapper aux classifications.

L’éminent théologien dominicain, de renommée internationale, papabile remarqué quelques mois auparavant, d’ordinaire très loyal envers les déclarations des Pontifes Romains avait surpris un peu tout le monde. Comme si, sur cette question également, le Vatican désirait faire marche arrière. En réalité, il semblerait que Schonborn soit intervenu un peu à la demande de son protecteur et ami Joseph Ratzinger. Sa remise en cause de ce qui semblait être devenu un acquis intellectuel au sujet de l’évolution avait sans doute valeur de ballon d’essai. En même temps, Schonborn confortait ainsi les théologierns de pente concordiste qui se voyaient encouragés dans leur désir par le mouvement d’idées, aux Etats Unis, en faveur de l’hypothèse dite « ID » : « Intelligent design ». Selon cette hypothèse, en effet, le commencement du monde ne peut s’expliquer qu’à la lumière d’un dessein immanent à la création. Cette nouvelle forme de concordisme diffère de celui reposant sur la thèse du bing bang. En effet, elle peut favoriser aussi bien une sorte de panthéisme, de déisme que la vision du Dieu créateur. Il n’empêche, elle fait peser la balance du côté spiritualiste et rend donc service à tous ceux qui sont partis en guerre contre l’hypothèse, à vrai dire plus philosophique que véritablement scientifique,"du hasard et de la nécessité" (pour reprendre l’expression du philosophe grec Démocrite pérénnisée par Jacques Monod il y a une trentaine d’années). Le Cardinal Schonborn fut vivement critiqué dans le monde scientifique pour ses « oeillades » à l’égard des fondamentalistes. Il semble que le Vatican a voulu mettre un peu d’eau dans son vin. Un article du Professeur Fiorenzo Facchini, dans l’"Osservatore Romano" semble revenir à la position de la théorie comme plus qu’une hypothèse. Un signe d’une volonté retrouvée d’un dialogue éclairé avec les scientigiques ?

En effet, selon l’une, la mauvaise, le Concile marque une rupture avec l’histoire qui précède, ou du moins un tournant décisif. Selon l’autre, au contraire, le véritable Concile Vatican s’inscrit en parfaite continuité avec l’héritage. La mauvaise herméneutique serait celle de l’Ecole de Bologne et des historiens Giuseppe Alberigo et Alberto Melloni. Au contraire, la bonne lecture, continuiste, minimise les changements et opère un certain tri entre ce qui fait véritablement autorité dans le Concile et ce qui au contraire semble imputable à l’esprit du temps, à l’euphorie des sixties, à une vision trop superficielles des exigences du christianisme, à une idéologie mondaine liée à mai 1968.

Cette lecture révisionniste de Vatican II n’est pas nouvelle, surtout pas sous la plume de Joseph Ratzinger. Ce dernier en effet, la propose déjà dans son « Entretien sur la foi » avec Vittorio Messori de 1985. Il se justifie de sa prise de distance avec les théologiens qui défendent une interprétation progressiste de Vatican II, comme Hans Küng ou Edward Schillebeeckx. « Ce n’est pas moi qui ai changé, ce sont eux ». Pour Joseph Ratzinger, le véritable Concile est celui de « Dei Verbum » et de « Lumen Gentium » et non celui de « Gaudium et Spes » qui fait preuve d’une vision trop positive à l’égard du monde corrompu par le péché. Cette opinion était déjà exprimée, justement, par le protecteur de Ratzinger au Concile, le Cardinal Josef Frings, archevêque de Cologne. Elle a été défendue au fil des années soixante-dix et quatre vingt par Hans Urs Von Balthasar, et d’anciens experts progressistes repentis du Concile comme les Cardinaux Jean Daniélou et Henri de Lubac, Mgr Philippe Delhaye. Ce dernier, historien brillant de la philosophie médiévale et moraliste audacieux, était devenu Secrétaire Général de la Commission Théologique internationale. Pour lui aussi il fallait distinguer le vrai Concile du faux. Mgr Delhaye critiquait « Gaudium et Spes », une simple constitution pastorale, donc de moindre autorité, trop euphorique et négligeant le conflit permanent ente l’Eglise et le monde.

Ce qui est nouveau, c’est que désormais cette lecture minimalisante de Vatican II, avec l’idée d’un tri entre documents plus ou moins importants en fonction de la continuité avec la tradition, constitue presque une exigence incontournable absolue. Qui s’en écarte, sera fustigé. Le Cardinal Camillo Ruini prend le relais de ce révisionnisme néo-conservateur : il se plait à distinguer le noyau, ce qui au fond n’est pas neuf dans le Concile, et des aspects plus périphériques et plus discutables, comme le dialogue interreligieux ou l’évaluation positive des pensées sécularisées. Cette grille de lecture rejoint celle proposée jadis à Mgr Marcel Lefebvre par le même Ratzinger : interpréter les textes de Vatican II à la lumière de la Tradition.

D’un point de vue historique, cette interprétation révisionniste et minimalisante pose de redoutables problèmes. En particulier, on se demande pourquoi, alors, justement, il a été nécessaire de tenir u Concile ? Pourquoi ce Concile constitue un tel évènement ? Cette relecture occulte la véritable nature des textes conciliaires qui sont des textes de compromis entre tendances opposées. En outre, au-delà du contenu, c’est la trajectoire qui est significative. De toute évidence, des hommes déjà âgés et marqués par une formation du passé ne vont pas, du jour au lendemain, tenir des discours diamétralement opposés. On retrouvera donc des expressions, des préjugés, des atavismes, des traces anciennes. Mais le plus significatif ne se trouve pas dans ces passage qui reprennent ce qu’il aurait été inutile de simplement répéter, sur les concessions accordées à ceux qui répugnent à aller franchement de l’avant : au contraire, l’attention herméneutique doit se porter prioritairement sur les points nouveaux, les audaces suggérées, les déplacements esquissées. Sans quoi l’évènement Vatican II devient insignifiant. Inutile. Un Concile pour rien.

Née en 1951, la nouvelle élue, grande travailleuse devant l’éternel, est aussi agnostique (dans ce pays très catholique) et féministe. Le grand perdant de cette élection est le général Pinochet dont la mémoire devient un boulet : ainsi en-a-t-il été pour le candidat conservateur Joaquim Lavin, éliminé dès le premier tour. Lavin est proche de l’Opus Dei. Cette confirmation de l’avancée des idées de progrès (depuis l’élection il y a cinq ans de Ricardo Lagos) est perçue comme une menace par l’Oeuvre. De plus, cet évènement politique pourrait avoir des répercussions importantes pour l’Eglise : en effet, la ligne dure, celle incarnée par Medina et l’Opus, perd de sa crédibilité, alors que la ligne centriste du Cardinal Errazuriz Hossa, lui aussi jadis en poste, en sort renforcée commez seule susceptible de limiter la perte de terrain qui s’aggrave. Or, l’archevêque de Santiago est également actuel Président du CELAM. Il y a donc à envisager une forte répercussion dans l’Eglise sud-américaine toute entière de l’élection de Michelle Bachelet. Un relatif désaveu de la position la plus dure au profit d’une ligne conservatrice teintée d’un certain pragmatisme mais doctrinalerment fidèle à Joseph Ratzinger. Celle précisément de Errazuriz Hossa, qui se positionne ainsi pour un futur Conclave (même si son âge pourrait le préserver de l’élection, il auira 73 ans cette année). A l’intérieur même du petit monde vatican, cette élection est une gifle pour Angelo Sodano, cardinal Secrétaire d’Etat, longtemps Nonce au Chili et qui était connu pour l’appui, parfois peu discret, qu’il apportait à Pinochet. Une page se tourne.

Romano LIBERO

Des membres de l’épiscopat polonais dénoncent l’engagement de cette radio, basée à Torun, dans la vie politique de la Pologne. Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) a bénéficié du soutien de la radio catholique lors des législatives du 25 septembre et la présidentielle du 23 octobre dernier, faisant campagne pour le président Lech Kaczynski.

La nonciature à Varsovie a rappelé aux prêtres polonais la nécessité d’obéir au code de droit canonique, soulignant que si l’on viole ses règles, on commet une activité « illégale, nuisible à l’Eglise et passible des sanctions en vertu du dro